Munna

| Langue | Telugu |
| Genre | Film d’action |
| Dir. Photo | C. Ram Prasad |
| Acteurs | Prakash Raj, Prabhas, Rahul Dev, Ileana D’Cruz |
| Dir. Musical | Harris Jeyaraj |
| Paroliers | Ananth Sreeram, Bhaskarabhatla Ravikumar, Kandikonda |
| Chanteurs | Kailash Kher, KK, Sadhana Sargam, Benny Dayal, Shankar Mahadevan, Chinmayee, Karthik, Naresh Iyer, Haricharan, Anushka Manchanda, Shalini, Sujatha, Blaaze, Sriram Parthasarathy |
| Producteur | Dil Raju |
| Durée | 166 mn |
Avertissement : cet article aurait pu se trouver dans la rubrique "Cuisine" mais, par souci de cohérence, nous avons préféré l’intégrer dans la section "Films", qui semble mieux correspondre à son profil. Nous espérons du reste qu’il sera à votre goût.

Faire un film telugu, c’est pas compliqué. Il faut simplement suivre une recette qui a fait ses preuves, et changer les noms des personnages à défaut des ingrédients. Nous allons nous appuyer sur un cas concret, le film telugu Munna, sorti mi-2007. Doté d’un budget de 10 crores, il a obtenu un relatif succès, et comporte les qualités nécessaires pour comprendre cette formule si souvent déclinée.

/ ! Attention, bien suivre l’ensemble des étapes de la recette sous peine de ne pas obtenir le résultat escompté.
1. Le héros (souvent très photogénique et à la moustache naissante ou confirmée)
Prendre un héros qui, en plus d’être imbattable au combat, dispose d’une classe naturelle qui dépasse l’entendement, de quoi faire pâlir n’importe quel super-héros Marvel. Ensuite, lui offrir toutes les grandes répliques du film (vous saurez les compter, elles ne sont pas si nombreuses), et le doter d’une faculté à garder un teint frais même après un combat. En l’occurrence, notre héros qui n’a aucune pitié avec les méchants s’appelle Munna (Prabhas). Depuis sa plus tendre enfance, il a été intraitable lorsqu’il s’agit de combattre, mais en plus il a perpétré deux tentatives d’assassinat contre Kakha (Prakash Raj) pendant son adolescence.

2. Le méchant (de préférence très méchant)
Kakha est bien sûr le méchant de la partie. Pour obtenir un bon méchant (selon la recette de cuisine du bon masala telugu), s’assurer qu’il soit d’une cruauté à faire frémir Hulk Hogan. Il doit donc profiter des faiblesses des pauvres gens pour leur asséner le coup de grâce, de préférence dans le dos, pour que la traîtrise soit totale. Eh bien Kakha correspond à ce profil, puisqu’il s’est servi de sa famille, de ses "amis" et de la population pour asseoir son pouvoir et diriger un gang très influent.
3. La poupée glamour (le port du short est obligatoire)
Mais dans un monde peuplé de brutes, une jolie demoiselle qui sourit quand on lui demande, qui va chercher de l’eau à la fontaine, et qui sait aussi faire la moue lorsqu’elle est contrariée, c’est une aubaine pour un chef-réalisateur ! Dans Munna, c’est Illeana D’Cruz qui s’y colle en interprétant Nidhi, une jeune fille qui ne se laisse pas faire par les garçons, mais qui ne peut rien contre le charme dévastateur et l’attitude classieuse de Munna. A ce titre, elle fait preuve de bonne volonté et d’une envie réelle de jouer la comédie. Attention toutefois à ne pas laisser trop de place à ce genre de rôle, cela pourrait éclipser le héros.

4. Un packaging qui a fait ses preuves
Saupoudrer ensuite d’une B.O. signée d’un compositeur en vogue, comme Harris Jayaraj, qui nous propose ici de mélodies assez agréables, sans toutefois tutoyer les sommets de son art. L’idéal est bien sûr de réaliser des clips agréables à l’œil, qu’ils soient filmés sur une plage, dans une boîte de nuit ou dans un studio. Munna ne déroge pas à la règle et nous gratifie d’une qualité chorégraphique au dessus de la moyenne.

S’entourer d’une équipe technique compétente est un "plus". Ainsi, dans Munna, les cascades sont plutôt bien réalisées, les combats moins ridicules que la moyenne, et le travail photo léché. Il ne faut donc pas hésiter à mettre la main à la poche pour acquérir des produits frais de première catégorie.
5. Des conseils de pro pour réussir vos masalas telugus
Pour que la sauce prenne vraiment, injecter quelques rebondissements (dont certains inattendus, il faut l’avouer), pour que le spectateur frissonne des papilles et ne s’endorme pas dans son canapé moelleux.
Par exemple, placer un trublion au centre de la partie d’échecs exercée entre le héros et le méchant, comme dans Munna. C’est Rahul Dev qui a obtenu ce rôle qui réserve quelques surprises.
Servir chaud ! Hé oui, ne pas laisser reposer le plat. Munna était prêt pour fin 2006 mais un travail de post-production trop conséquent a retardé le film. Ainsi, il a eu moins d’impact au niveau technique en sortant quelques mois après.

Vous êtes un chef débutant, vous avez peu d’expérience dans ce secteur ? Ne paniquez pas ! Le chef-réalisateur de Munna, Vamsi Paidipally, réussit très bien à appliquer cette formule pour son premier film. On peut espérer qu’il utilisera une recette plus élaborée pour son prochain film.
Munna est donc un peu comme un plat servi dans votre restaurant préféré. Son goût vous est déjà familier, mais l’union des ingrédients et son dosage sont tellement bien maîtrisés que vous appréciez ce plat que vous connaissez par cœur. Vous ne vous en rappellerez pas toute votre vie, mais vous passerez un bon moment en vous délectant d’un bon repas.

Il y a des choses justes dans cette critique. Mais bien qu’habituelle, utiliser la métaphore de la cuisine pour parler de cinéma n’a pas grand sens. En effet, en cuisine, y compris en gastronomie, il est tout à fait légitime d’appliquer des recettes alors que, dans le domaine artistique, c’est peu légitime. Oui, comme toute activité commerciale, le ciné indien commercial utilise des recettes mais on peut faire un bon film même en appliquant des recettes à condition, bien entendu, de ne pas s’arrêter à l’application automatique de recettes et donc d’ajouter une touche personnelle. Des grands films (Sangam, Sholay, Deewaar, Kuch Kuch Hota Hai, etc.) utilisent des recettes mais adoptent aussi un point de vue, fourmillent de trouvailles novatrices et surtout ont un bon scénario.
Pour en revenir à Munna, j’ai vu ce film, je me suis ennuyé, je trouve qu’il ne présente aucun intérêt parce qu’il n’y a pas de vrai scénario, ni même d’idées originales (certes, je connais surtout Bollywood, je connais fort peu Tollywood). Il est vrai qu’un film sans scénario et sans idée originale, c’est assez fréquent dans le ciné indien (au hasard : Ek Tha Tiger) mais il y a tellement de films indiens qu’un cinéphile avisé peut quand même arriver à voir beaucoup de films commerciaux indiens de bonne qualité (c’est-à-dire avec un scénario et un minimum d’originalité)