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Aagey Se Right

Publié vendredi 4 septembre 2009
Dernière modification vendredi 18 septembre 2009
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Par Jordan White

Rubrique Albums
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Aagey Se Right est le genre de production très discrète sortant avec un minimum de promos, même si son producteur n’est nul autre que Ronnie Screwvala, un des pontes de l’industrie hindi. Sa discrétion et son apparente humilité ne doivent pas vous écarter de l’écoute d’un disque contenant plus d’une surprise.

Alors que la mélodie ne semble plus être la priorité numéro un des compositeurs qui font de plus en plus appel à une forme de facilité électronique et aux samples pour toute dynamique (quand ce n’est pas de la repompe punjabie), la BOF d’Aagey Se Right qui vient apporter un vent de fraîcheur inattendu fait le pari inverse, en allant même proposer des sonorités héritées des années 90 comme pouvait l’être par intermittence celle de Luck (une des plus réussies de l’année dans le genre rock fm 80’s-90’s rétro) mais aussi en s’attachant à rester dans la musique traditionnelle. Les musiciens du sud nous proposent régulièrement des mélodies vraiment superbes (Mickey J Meyer avec Happy Days ou Kotha Bangaru Lokam et ses chansons accrocheuses et mélodiques, Devi Sri Prasad avec quelques-uns de ses derniers morceaux, le maestro Illayaraja qui donne un souffle carnatique avec Naan Kadavul, ou encore les chansons pop réussies de Mani Sharma (pour Ready entre autres). Harris Jayaraj nous avait époustouflés avec sa déjà légendaire BOF de Vaaranam Aayiram mais nous déçoit avec Aadhavan. Les choses sont plus compliquées au nord. Les BOF manquent de variété et semblent appliquer le même schéma : "rythmes et hinglish basiques". Certains trustent même les places depuis des mois, Pritam notamment. Néanmoins, Sajid-Wajid, habitués des productions de Salman Khan, nous offrent des petits moments de détente avec Wanted. Et présentement Amartya Rahut avec son originale Aagey Se Right.

Quelques claps de doigts et un air vaguement "westernien" accompagnent d’entrée la voix sublimée de Shilpa Rao pour ce qui se révèle être le titre d’ouverture, Maahi Ya. Un léger riff rétro voire vintage et quelques notes de synthé entraînent l’auditeur dans ce qui semble être un délire semi-parodique de chanson pop. Sans le cynisme. La voix de Shilpa procède par quelques modulations. Très douce et enveloppante, elle se permet de pousser légèrement dans les aigus sans toucher au trémolo classique (on sent qu’elle pousse un peu sa voix, et ce d’une façon délicieuse avant le dernier refrain). La chanteuse joue de concert avec Clinton Cerejo. Le pont est marqué par une présence aiguë de la basse (une ligne parfaitement claire) avant que le retour à l’harmonie de base nous emballe derechef. Un morceau très efficace et surtout mélodique ce qui mine de rien n’est plus vraiment une donne obligée aujourd’hui.

Dans un registre très différent, proche du hip-hop avec son intro tout en flow et son rythme binaire, Daav Laga, une fois les premières paroles de Sona Mohapatra (impressionnante), flirte avec la pop égyptienne, la musique panarabique en général. Mélange de modernité frappante, entre les Black Eyed Peas pour la rythmique, un soupçon là encore rétro (les notes planantes de synthé et de violon) et de sons "hindustani", ce morceau s’apprécie également pour son refrain maîtrisé, poussé par les choeurs masculins, ce qui n’est pas si courant. Un mix réussi d’Orient et d’Occident en quelque sorte, qui donne une certaine idée de ce que pourrait être la rencontre entre la pop/funk d’Elephunk, celle de la Libanaise Nancy Ajram, un léger zeste de Bengü du côté de la Turquie ou encore le Hips don’t lie de Shakira, toutes proportions gardées. Et la durée du morceau, 3 min 02 s, en fait un single idéal. Bien que ce rôle semble avoir échu à Maahi Ya.

Désireux de se classer aussi à sa manière dans les charts des clubs, avec ironie et second degré, d’où la tonalité de la chanson, Aagey Se Right sur un rythme de dancefloor nous propulse sur cette même scène avec Hippie Tu Jhoom, titre dansant qui ne se prend vraisemblablement pas au sérieux. Ce qui n’empêche nullement de laisser quelques subtilités s’intaller au fil de son écoute : les violons tziganes, les dhols d’inspiration indienne durant le pont, bref un mélange de folklores qui laisse respirer une basse une nouvelle fois bel et bien présente. C’est cette alternance entre rythmes percutants et ligne harmonique qui redonne du souffle aux BOF avant les passages obligés par les morceaux romantiques (qui à l’instar des morceaux bhangra ont pris une place de plus en plus importante dans la musique contemporaine, même si du temps de RD Burman, Bappi Lahiri, Op Nayyar et autres musiciens de légende, les morceaux romantiques des années 70 étaient bien entendu une part prépondérante de la production). Le pont de 1 min 40 s à 2 min 16 s remet même les pendules à l’heure : en trente secondes, il y a plus d’inventivité que sur l’intégralité de Dil Bole Hadippa.

Même quand la BOF semble en faire des tonnes et proposer des rythmes avant la mélodie, en gros baser les morceaux uniquement sur la présence des instruments plutôt que sur leur utilisation, Aagey Se Right nous propose une chanson qui ressemble à Hippie Tu Jhoom au niveau de sa construction (en moins trépidant) avec Love Flashback, qui fait sonner le son du funk et du disco 70’s couplé au son 80’s radio tout en prolongeant l’esprit humoristique déjà présent sur la chanson précédente. C’est fun et enjoué. L’intérêt de la chanson vient de son refrain transcendé par la voix de Suzanne D’Mello. Une forme d’innocence, de petite folie sonne sur ce morceau, mais aussi ce goût de l’enfance. Etonnant. Certes, Aagey Se Right n’est pas aussi traditionnelle dans l’âme que peut l’être Gulaal, mais Amartya signe une BOF énergique, qui se permet une conclusion sous forme de bossa-nova avec More Piya.

En dépit d’une promo minimaliste voire inexistante, qu’on se le dise : la BOF d’Aagey Se Right est une belle surprise à l’heure de la redite.


Année : 2009

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