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Item-girls : 1945-1960, Cuckoo ou l’âge d’or de Bollywood

Publié vendredi 2 octobre 2015
Dernière modification samedi 3 octobre 2015
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Par Mel

Dossier Item-girls
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Devika Rani épouse un peintre russe et quitte la scène en 1945, au moment où les restrictions de la guerre sont levées. K. L. Saigal meurt en 1947, l’année de l’indépendance et de la partition. Noor Jehan, Khursheed, Azurie et tant d’autres partent s’installer au Pakistan. Au milieu des années 40, un vent nouveau souffle sur l’Inde. Le champ est libre pour une nouvelle génération d’artistes à Bombay. Raj Kapoor, Nargis, Meena Kumari, Geeta Bali, Madhubala, Dev Anand ou encore Dilip Kumar sont prêts à crever l’écran. Les sœurs Mangeshkar, Geeta Dutt, Mohammed Rafi, Mukesh ou encore Manna Dey seront leurs voix inoubliables. Le renouveau du cinéma de Bombay est tel qu’on appellera la période qui s’étend de 1945 au tout début des années 1960, l’âge d’or de Bollywood.


Cuckoo

Le 4 août 1945, une petite jeune femme se fait remarquer dans Mun-Ki-Jeet qui sort au Kamal Talkies de Bombay ce jour là. Elle arbore un corsage provoquant et danse en « chantant » des paroles équivoques par la voix de Zohrabai Ambalewali. Il s’agit de Cuckoo, 17 ans. La voilà lancée. Elle sera la danseuse incontournable des 15 années à venir.

Il n’est pas possible aujourd’hui de voir la fameuse More Jubna Ka Dekho. À défaut, voici la toute première danse de Cuckoo disponible. Elle est tirée de Hum Ek Hain sorti en juin 1946. Il s’agit de Ho Nadiya Kinare Mora Gao Re chantée par Manik Varma, sur une musique du duo Husnlal-Bhagatram et des paroles de P.L. Santoshi. La chorégraphie est du jeune Guru Dutt. Ce numéro champêtre, typique de l’époque, nous présente trois danseuses qui charment des voyageurs. Cuckoo mène la danse au point d’irriter l’épouse du spectateur visiblement séduit…

Cuckoo a participé à plus de 150 films au cours de sa carrière. À chaque fois, elle n’apparaissait que quelques minutes pour une danse, parfois deux. Très rarement, elle a tenu un second rôle comme dans Andaz, Shair ou Dilruba. Au contraire d’Azurie qui avait pu s’essayer à la comédie dans Maya en 1936, Cuckoo a été réduite à un personnage de danseuse muette.

En général, elle était l’attraction d’un spectacle auquel venaient assister les héros du film. Ce pouvait être une danse folklorique comme dans Hum Ek Hain, un numéro de music-hall, une chanson dans un bar, dans un cabaret plus ou moins mal mal famé, ou la cour d’un prince arabe pour n’en citer que quelques-uns. L’imagination des scénaristes n’avait pas de limite. Il arrivait souvent que l’action se déroule sans paroles pendant sa chanson.

C’est justement le cas de Tu Mere Dil Me Tu tirée de Kali Ghata de Kishore Sahu sorti en salles en 1951. Lata Mangeshkar prète sa voix à Cuckoo sur cette chanson du Shankar-Jaikishan avec des paroles de Hasrat Jaipuri. Ram (Kishore Sahu) vient assister à une petite fête avec son ami Thakur Saab (Gope). On vient juste de lui présenter Chand (Asha Mathur). Pendant que la délicieuse danseuse délivre sa petite ritournelle, Chand lui fait les gros yeux et l’invite à faire un tour qu’on devine charmant…

Le premier film indien entièrement en couleur, Kisan Kanya de Moti B. Gidwani a été présenté en grande pompe le 24 décembre 1937 [1]. Ce fut un échec commercial cuisant comme toutes les tentatives suivantes. Ce n’est qu’avec Aan sorti en juillet 1952 que la malédiction colorée sera levée. La technique de projection était enfin au point, le public était près pour cette nouveauté et Mehboob Khan était à la direction. Cette très grosse production avec Dilip Kumar en vedette se devait naturellement d’avoir un passage dansé. Ce sera Cuckoo.

Elle apparaît sous la forme d’une courtisane s’appliquant à divertir un prince. Justement le méchant Shamsher Singh (Premnath) vient de jeter Mangala (Nimmi) au fond d’un cachot. Pourquoi ne pas s’amuser un peu avant de retourner faire le mal ? Comme souvent, le personnage de Cuckoo n’a aucune base historique. C’est une chimère de cinéma destinée à enchanter le spectateur. Que le rouge lui va bien…

En 1955, Cuckoo occupe les écrans du cinéma hindi depuis 10 ans. À l’exception des films religieux, en perte de vitesse à cette époque, elle a été de tous les genres : policiers, comédies, drames, films sociaux, peplums etc. Elle n’a pas tourné que dans des chef-d’œuvres ou des succès commerciaux, mais trois de ses films ont été en tête du box-office annuel. Le public qui ne se lassait pas de la voir accueillait ses prestations avec des hourras et en jetant des pièces de monnaie à l’écran en signe de satisfaction.

C’est cette même année que Guru Dutt lui offre un passage original [2] dans Mr. & Mrs. ’55 : celui d’une chanteuse calées derrière son micro. Il n’y a pas ici d’œillades assassines comme dans Aan, pas de corsage étoilé à faire sourciller les pudibonds comme dans Kali Ghata, pas de jeu de séduction sur des paroles à double sens comme dans Hum Ek Hain. Cuckoo se contente de jouer à chanter Neele Aasmani avec la voix de Geeta Dutt (l’épouse de Guru) sur une musique d’O. P. Nayyar et des paroles de Majrooh Sultanpuri. Le spectateur attentif remarquera la chance du danseur moustachu qui prend des ses bras successivement Cuckoo et Madhubala…

Cuckoo semble s’éloigner des écrans en 1957. C’est peut-être ce qui explique que le passage dansé du film de la décennie, Mother India, soit effectué par Sitara. Toujours est-il qu’elle revient en 1958. Elle a 30 ans ce qui commence à être un âge avancé pour les danseuses du cinéma hindi. La même année, Helen n’a que 20 ans et va obtenir un énorme succès avec son sautillant Mera Naam Chin Chin Chu dans Howrah Bridge.

À l’évidence les producteurs commencent à douter que les spectateurs vont continuer à se ruer dans les salles pour applaudir les danses « suggestives » de Cuckoo comme c’était le cas dix ans plus tôt. Bientôt ils iront jusqu’à lui trouver des costumes peu seyants qui dissimulent son charmant ventre plat. Trois ans plus tard, elle subira même le sort de Sitara dans Mother India : être habillée en homme. En attendant, ils trouvent divers artifices comme de la présenter en duo avec une autre danseuse. Justement, quelle meilleure partenaire qu’Helen, l’étoile montante du moment.

C’est le choix adopté dans Yahudi. Lata Mangeshkar et Geeta Dutt prêtent leurs voix à Helen et Cuckoo dans Bechain Dil Khoyi Si Nazar sur une musique de Shankar-Jaikishan et des paroles de Shailendra. Il s’agit d’un pur intermède dansé sans autre objectif que de divertir. Les deux danseuses sont apparues par un coup de baguette magique et disparaîtront tout aussi soudainement.


[1Il y avait eu une tentative précédente avec Sairandhri en 1933, mais ce fut un échec technique et le film n’est sorti qu’en noir-et-blanc.

[2la vidéo est issue d’une bande diffusée sur Channel 4 dans les années 80 et restaurée par Thomas Daniel. Elle est donc sous-titrées en anglais. Il s’agit de la plus belle version qui existe du film, c’est pourquoi elle a été choisie à la place de celles issues des DVD Moser Baer ou Ultra.

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