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Ugly

Traduction : Affreux

Année2014
LangueHindi
GenresPolar, Drame
RéalisateurAnurag Kashyap
Dir. PhotoNikos Andritsakis
ScénaristeAnurag Kashyap
ActeursRonit Roy, Vineet Kumar Singh, Tejaswini Kolhapure, Rahul Bhat , Anshikaa Shrivastava, Siddhant Kapoor
Dir. MusicalG. V. Prakash Kumar, Brian MComber
ParolierGaurav Solanki
ChanteursShilpa Rao, G. V. Prakash Kumar, Bharka Swaroop Saxena, Christopher Stanley
ProducteursDAR Motion Pictures, Phantom Productions
Durée128 mn

Bande originale

Suraj Hai Kahan
Papa
Ni Chod De
Money

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Alineji - le 3 juin 2014

Note :
(4.5/10)

Article lu 1626 fois

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Le dernier film d’Anurag Kashyap est sorti sur les écrans français le 28 mai 2014, il avait été présenté au festival de Cannes en 2013 et remarqué par la critique. Il a ensuite été vu dans d’autres festivals dont celui d’Extravagant India ! à Paris en automne de la même année.

Résumons : Rahul (Rahul Bhat), père divorcé, acteur raté en quête de grand rôle, vient récupérer sa fillette Kali dont il a la garde pour le week-end chez son ex-femme, Shalini (Tejaswini Kolhapure). Cette dernière remariée à un policier est à moitié abrutie par un mélange de médicaments et de whisky. La fillette d’une dizaine d’années, à qui son père demande qu’elle l’attende dans la voiture pendant qu’il fait une course de quelques minutes, a disparu à son retour. S’en suit évidemment une recherche immédiate par le père, puis une enquête de police dont le beau-père de la fillette Shumik Bose (Ronit Roy), comme par hasard, prend les rênes…

Une fois n’est pas coutume, cette chronique sera à la première personne et c’est uniquement la vue des affiches dans le métro ou le RER qui m’a poussée à l’écrire. Catharsis ? Certains aiment recevoir des coups de matraque ou des coups dans la figure, moi pas. Rarement, ou même jamais, un film ne m’avait mise aussi mal à l’aise depuis Salò ou les 120 journées de Sodome de Pasolini. Sauf que dans Salò, il y avait un scénario rigoureux, une leçon philosophique, qu’on apprécie ou pas, et même une infime lueur d’espoir dans l’abjection, à la toute fin, et une image impeccable.

Chez Kashyap, il n’y a que de la noirceur et tous les protagonistes sans exception sont abjects, veules. Le metteur en scène semble détester le monde entier et ce qui est plus grave ses personnages. Même la pauvre gamine, avant de se faire kidnapper, a le temps de faire un caprice. Avec un entourage pareil, elle est bien la seule à avoir des excuses. D’aucuns ont évoqué pour ce film des références coréennes. Ne connaissant pas ce cinéma, je m’abstiendrai. D’autres ont parlé d’influences tarantinesques. Ce n’est pas mal vu, si l’on se réfère au Tarantino de Reservoir Dogs et à l’ultra violence dans laquelle il se complaisait à l’époque. C’est judicieux aussi en ce qui concerne la culture cinématographique et la connaissance parfaite des techniques narratives chez les deux auteurs, apprises pour l’une dans les films de série Z hollywoodiens et mexicains, pour l’autre dans les masalas violents des années 90 à Bollywood.

Le rapprochement s’arrête dès qu’il s’agit d’humour et de distanciation. Kashyap en est totalement dépourvu et reste au ras de son sujet… ou de son scénario. Parlons-en donc ! Il est passablement embrouillé et confus, avec une construction qui use et abuse de ficelles, de flashbacks pas toujours judicieux et qui laissent perplexe. A trop vouloir insister sur la laideur, intérieure des personnages et extérieure de la ville, Kashyap par son maniérisme tortueux oublie souvent son scénario en route. Au lieu d’une mise en abîme ou de digressions significatives sur la middle-class de Bombay dans laquelle se déroule l’action, le résultat est l’éparpillement. Ce qui est un des travers fréquents de Bollywood quand les scénaristes se lâchent.

Un bon point pour Ugly : le titre est parfait. L’image est volontairement laide, sinistre, et les couleurs brumeuses, dans des demi-tons glauques qui collent à l’ambiance générale. J’ai dit que Kashyap avait du métier, il le montre. Il le montre même un peu trop à mon sens, mais j’y ai été sans doute plus sensible que les spectateurs qui ont adhéré à sa vision et sont rentrés dans son histoire. Des images comme celle ci-dessous, prise d’une grue, qui montre la foule grouillante et désorganisée d’une rue de Bombay, en dit plus long que tout commentaire sur son savoir-faire. Et on a envie d’applaudir souvent à plusieurs plans, à plusieurs scènes, tous très maîtrisés, mais comme on applaudit un élève doué : maintenant que tu as montré que tu as appris ta leçon, oublie la et fais-nous un vrai film !

Après le scénario, la musique est à mon sens ce qui rattache le plus Kashyap au cinéma populaire indien dont il a l’honnêteté de se réclamer, ayant déjà déclaré en substance à propos de son précédent film, GOW (Gangs of Wasseypur), qu’il avait voulu faire un film commercial et n’avait pas bien compris l’emballement des critiques occidentaux. Nombre d’entre eux s’extasient sur ses œuvres et parlent d’un cinéma qui enfin s’éloigne de Bollywood. Ce sont les mêmes qui ne le connaissent pas et n’en ont en général pas vu un seul, se limitant à dénoncer les clichés qu’ils entretiennent soigneusement : les aspects sirupeux des intrigues, l’eau de rose, etc. Non Kashyap ne s’en éloigne pas, il détourne simplement des codes qu’il a intégrés certainement depuis son enfance. Il les retourne juste pour les utiliser au service de sa narration et de sa vision pessimiste des choses.

La musique, donc, en est le meilleur exemple : dans les romances ou dans les films noirs hindis, elle ne coupe pas l’intrigue, au contraire, elle signale au spectateur un changement d’état d’esprit des héros, une émotion intense, positive ou négative. Bien sûr, chez Kashyap, pas de chorégraphie mais une bande musicale agressive, et très racoleuse, qui ponctue les rebondissements et joue excessivement sur l’effet de surprise. Il nous fait à plusieurs reprises le coup très crispant du Bououh ! lancé de derrière la porte. Il en use beaucoup plus que ne le font les plus médiocres films commerciaux indiens. Cela seul confirme à mes yeux que Kashyap est aujourd’hui un metteur en scène très surestimé, au vu de son oeuvre distribuée en France.

Mais, il faut lui rendre cette justice, comme précédemment chez Kashyap, il n’y a pas de rôles trop secondaires pour être négligés dans son cinéma. Les acteurs sont tous très bons et se surpassent. Dans des rôles peu gratifiants, leur qualité de jeu est encore plus visible et c’était un défi pour eux. Kashyap est un vrai dénicheur de talents, c’est incontestable, il l’a déjà montré et a pas mal contribué par exemple à la reconnaissance de celui de Nawazuddin Siddiqqui, grâce au rôle qu’il lui a fait tenir dans la seconde partie de GOW. Une mention spéciale ici pour Vineet Kumar Singh dans l’emploi difficile de Chaytanya, l’ami ignoble et l’agent de Rahul, et aussi pour l’acteur principal Rahul Bhat qui pourrait bien y trouver un tremplin pour sa carrière.

En conclusion, à mes yeux Ugly est un film racoleur, pour ne pas employer un terme plus vulgaire, et surtout inabouti, confus. Certes, il prend réellement aux tripes, au sens fort et réel de l’expression et on a vraiment l’estomac au bord des lèvres à la fin. C’est voulu a dit Kashyap. En ce sens, c’est réussi. Mais est-ce du grand cinéma ? Je ne le crois sincèrement pas et je souhaite que le metteur en scène apprivoise son talent et surtout le mette au service de récits plus subtils, plus nuancés et moins manichéens dans la noirceur et l’abjection. On l’attend avec son prochain film qui mettra en scène Anushka Sharma et Karan Johar entre autres.

Un dernier mot sur la catégorie dans laquelle intégrer Ugly, film indépendant par le financement, lequel a été très difficile à trouver d’après Anurag Kashyap, et on n’a pas de mal à le croire. S’il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être gênée par nos propres classifications « bollywood », « kollywood »… et « autres cinémas », c’est sans état d’âme que je classe ce film dans « bollywood », et pas dans le meilleur puisqu’il avance masqué, tout en lui empruntant beaucoup.

En revanche, je mettrais 10 sur 10 à la bande annonce que voici :
 

Commentaires
28 commentaires
En réponse à vijay ouest - le 18/08/2014 à 08:41

Oui, un film intéressant, dont le message est clair, cf. la page française de wikipedia sur ce film : "Ce drame provoque une série de reproches, d’humiliations, de mensonges et de révélations qui mettent à jour le délitement de la vie des personnages ainsi que leur égocentrisme."

Sur la page anglaise wikipedia du film, quelques explications sur le fait que le film n’ait toujours pas été distribué en Inde : The Indian Censor Board required a "Smoking is Injurious to Health" sign to be posted in the lower right corner of the frame whenever a character in the film is shown smoking. Kashyap fought this regulation stating " it’s the Health Ministry that should take the responsibility of curbing use of tobacco and work towards measures to control it and films should not be a medium to advertise non-smoking." For a while Kashyap stated that he was not going to release the film until the Board decided to get rid of the rule, but after several months of negotiations, Kashyap decided that he would release the movie with the "Smoking is Injurious to Health"

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Mel le 05/01/2015 à 02:10

Je l’ai enfin vu. Formidable ! La bande-son : fantastique ! C’est avec un très grand plaisir qu’il nous passe Reckoning Song d’Azaf Avidan par exemple. Je ne me serais jamais attendu à entendre cette chanson extraordinaire dans un film indien. Je n’ai pas remarqué un seul "bouh derrière la porte". Par contre des riffs de guitare saturée, oui. La musique fait exactement ce que la critique demande : "elle signale au spectateur un changement d’état d’esprit des héros, une émotion intense, positive ou négative."

A lire la critique, je m’attendais à de l’ultra-violence ou de l’ultra-glauque. Je n’aime pas du tout, j’étais donc très inquiet. Mais rien de tout ça. Black Friday contient une scène insupportable, ce n’est pas le cas ici. That Girl in Yellow Boots est bien plus glauque, et j’ai été bien plus dérangé par Dev D.

Non, c’est un film sensible et intelligent sur la solitude, la perte du lien humain et l’égocentrisme. Tout ça poussé à son paroxysme. Les personnages ne sont pas tous abjects ou veules, ils sont humains. Qu’on aime ou pas, c’est bien un côté de nous qu’il montre. C’est la même chose pour la ville. Elle n’est pas spécialement laide, elle est comme ça et il la montre.

Il ne parle pas non plus spécifiquement de Bombay ni même de l’Inde d’ailleurs. L’histoire aurait pu être transposée ailleurs.

Moi, j’aurais mis au moins 8/10 :)

Swiss le 05/01/2015 à 16:19

Nous sommes d’accord :-) C’est un excellent film ! Un miroir de ce que nous sommes ou pouvons être. Glauques peut-être mais surtout très humain….

Maya le 18/08/2014 à 01:14

Il y a quelques semaines, je retrouvais un collègue indien avec lequel nous échangeons nos derniers avis ciné. Il m’a dit que Ugly n’est pas sorti en Inde. Etonnant, non ? vous avez des infos là-dessus ? c’est trop glauque, trop inconvenant par rapport aux belles valeurs indiennes que le cinéma hindi "se doit" de véhiculer ??? Personnellement, j’ai trouvé Ugly très dérangeant, méritant bien son titre, et en même temps un bon film, très (trop) convaincant, des êtres qui ont tellement perdu de vue leur humanité qu’ils n’arrivent même plus à aimer leur enfant, leur frère, leur soeur, leur ami, leur conjoint. Un film horrible, mais pas un mauvais film.

vijay ouest le 18/08/2014 à 08:41

Oui, un film intéressant, dont le message est clair, cf. la page française de wikipedia sur ce film : "Ce drame provoque une série de reproches, d’humiliations, de mensonges et de révélations qui mettent à jour le délitement de la vie des personnages ainsi que leur égocentrisme."

Sur la page anglaise wikipedia du film, quelques explications sur le fait que le film n’ait toujours pas été distribué en Inde : The Indian Censor Board required a "Smoking is Injurious to Health" sign to be posted in the lower right corner of the frame whenever a character in the film is shown smoking. Kashyap fought this regulation stating " it’s the Health Ministry that should take the responsibility of curbing use of tobacco and work towards measures to control it and films should not be a medium to advertise non-smoking." For a while Kashyap stated that he was not going to release the film until the Board decided to get rid of the rule, but after several months of negotiations, Kashyap decided that he would release the movie with the "Smoking is Injurious to Health"

vijay ouest le 16/06/2014 à 22:42

Toute analyse critique de film suppose un minimum d’effort d’objectivité, alma. Il est donc impossible d’accepter le concept de "critique à la première personne" incompatible avec un tel effort. Je note que démolir le film "Ugly" a nécessité au préalable l’invention de ce concept polémique.

vijay ouest le 08/06/2014 à 11:55

L’expression critique-à-la-première-personne, inventée pour l’occasion, reste incompréhensible. Il nous est expliqué qu’une telle critique se caractériserait par le fait qu’elle n’engage-que-son-auteur mais c’est le cas de toute critique ! Au lieu d’inventer une expression impossible à justifier par la suite, il faudrait faire l’effort de convenir d’un certain nombre de principes, sinon on va avoir droit à d’autres discussions surréalistes comme celle qui a lieu maintenant. Le principe essentiel à convenir devrait être qu’une critique repose sur un minimum d’objectivité, un minimum d’effort d’argumentation. Sinon ce n’est pas une critique et inventer une expression n’y changera rien, ça n’apportera qu’encore plus de confusion. Les reproches contenus dans l’article auquel nous réagissons ne tiennent pas debout, ils reposent sur des accusations imaginaires (Kashyap aurait prétendu faire un thriller mais ça n’a jamais été le cas !) ou en soi aberrantes (il ne faudrait pas traiter un sujet sombre comme celui de l’indifférence !). Toute la confusion vient de ce que le texte n’est pas une critique (pas d’effort d’objectivité et d’argumentation) mais est présentée quand même comme une critique ! En fait, le but du texte était de démolir le film pour "punir" le réalisateur d’avoir été très apprécié pour ses autres films, ça n’a aucun rapport avec l’analyse critique d’un film. Dans le forum, il y a une rubrique "Arène de la mort qui tue", c’était la place légitime du texte.

alma le 16/06/2014 à 08:52

Pourquoi ne devenez-vous pas vous-même critique chez Fanta pour faire une contre-critique (je me souviens avoir lu des "autres avis" notamment sur Devdas) au lieu d’incendier l’auteur de celle-là ?

Une critique est forcément subjective. A mon avis, c’est un exercice très difficile surtout si on ne veut pas spoiler le film. Et je trouve qu’Alineji a parfaitement argumenté la sienne.

clem le 16/06/2014 à 11:31

Très bien, voilà ma critique du film : http://eshabollywood.centerblog.net/1932-ugly-2013. Je ne demande pas que le film ait une note aussi élevée que la mienne, une critique réussie n’est pas forcément une critique qui pense la même chose que nous. Si les arguments étaient bien amenés et suffisants, j’aurais accepté, cependant je trouve que certaines erreurs sont flagrantes (ugly a de l’humour et de la distanciation, il est tout sauf racoleur - d’ailleurs il n’y a aucun argument sur ce point, etc). Je ne demande pas l’unanimité mais juste le respect d’une œuvre qui a reçu de très nombreux prix dans des festivals du monde entier…alors oui, 4,5/5 pour un tel film et un tel réalisateur me semble indécent. Même si on n’aime pas, il faut au moins juger de la qualité artistique de l’œuvre (exemple : qu’on n’aime ou pas the lunchbox, ça reste du grand art). Mais bon, même des films considérés comme cultes aujourd’hui sont cités en exemple par les mêmes critiques qui les avaient descendus à leurs sorties. Et il me semble que Ugly restera dans les mémoires pour avoir apporté quelque chose que l’on avait jamais vu avant au cinéma en Inde.

edoli le 07/06/2014 à 18:48

Merci Alineji pour cette critique avec laquelle je suis cependant en désaccord total. En effet, j’ai apprécié "Ugly", qui n’est pas un thriller, mais dans lequel ce qui intéresse Anurag Kashyap est de montrer comment un drame -l’enlèvement de la petite Kali- au lieu de ressouder sa famille afin de la retrouver, porte à leur paroxysme les tares qui sont déjà présentes chez chacun des personnages. Cela donne un film glauque et violent justifié par l’abjection dans laquelle tous s’enfoncent de plus en plus. Bien que rare, l’humour n’est pas absent du film en particulier dans la scène du dépôt de plainte où le réalisateur souffle le chaud et le froid d’une manière des plus jouissives :)

A2line le 07/06/2014 à 17:27

J’ai beaucoup aimé cet Ugly.

J’avais adoré GOW, qui prouvait (s’il en était besoin) qu’il était possible de faire un film très inventif tout en respectant le format des films commerciaux indiens, trop souvent perçu (en France en tout cas) comme un carcan sclérosant.

Ugly est moins magistral, mais reste un excellent film de genre. Le sujet n’est pas tant l’enlèvement de la petite fille que ce qu’il révèle de la société indienne, et de la nature humaine. Le portrait n’est pas tendre, et je comprends que tant de noirceur puisse rebuter. Il me semble cependant qu’il y a toujours une certaine ironie (sauf à la toute fin, qui du coup me paraît être le point faible du film) et un côté un peu grotesque (le personnage qui danse avec ses billets de banque dans le slip) qui font passer la pilule : un traitement purement réaliste serait totalement déprimant. Cette outrance, qui sert aussi de mise à distance face à une réalité très très sombre, est moins présente que dans GOW, mais elle est bien là, et cela me semble être un des traits caractéristiques du style Kashyap.

BALK le 07/06/2014 à 14:36

J’ai lu cette critique avec intérêt mais je n’adhère pas à cette note trop faible à mon avis . La moyenne est méritée et on reste jusqu’au bout du film pour connaître le dénouement de l’histoire. De plus, les enlèvements d’enfant en Inde sont malheureusement trop fréquents et ils arrivent aussi en occident ! Je vous renvoie au film " Captive" d’Atom Egoyan, en sélection officielle du Festival de Cannes 2014 ! Le thème est sérieux et il est important d’en parler et de rester vigilents ! Entrer dans les débats sur la notoriété méritée ou non de Kashyap est un peu superflu. On lui demande juste de faire son travail : nous délivrer un film intéressant, où on se connecte aux personnages et qui nous apprend quelque chose. Personnellement, j’ai marché et c’est ce que je demande à un film. Je suis d’accord avec Swissbolly ! J’aimerais revenir sur la prestation du policier joué par Ronit Roy, qui est , pour moi, LA révélation du film. Il y a une telle charge émotionnelle retenue dans son attitude que j’ai été totalement bouleversée. Il passe par la jalousie et l’envie, le retour vers sa droiture intérieure et son envie de faire souffrir celle qui le blesse. Son jeu était tout en retenu mais on percevait tous ses sentiments, j’ai adoré ce personnage ! Ronit Roy, quel acteur ! Rien que pour lui, je reverrai le film avec grand plaisir !

vijay ouest le 06/06/2014 à 23:03

Habituellement, quand je ne suis pas d’accord avec une critique c’est sur un point ou deux ou bien. En tout cas, ça a été comme ça pendant de longues années (je lis fanta depuis 10 ans y compris pendant la période fantastikasia). Ce qui est étonnant ici, c’est que je ne suis d’accord avec aucun des reproches. Par exemple, comment peut-on dire que le réalisateur déteste ses personnages ? Le personnage du policier simplet est traité avec un tel humour qu’il en devient sympathique. Les personnages « égoïstes » ne sont pas si facilement méprisables : on voit qu’ils sont prisonniers de leurs objectifs (par exemple, le héros veut faire carrière). Et que vient faire l’idée qu’il faudrait dénoncer le fait que Kashyap serait considéré comme un génie ? Finalement, ça sent le règlement de compte : il fallait « prouver » que Kashyap était mauvais et puisque la thèse était écrite d’avance, pas difficile de faire coller la critique du film avec la thèse, il suffit d’interpréter de façon négative toutes les spécificités du film. Et que vient faire aussi la notion inédite de critique-à-la-première-personne ? cette notion, inventée pour l’occasion ( !), permet de tout justifier mais ça enlève toute pertinence à la critique qui, ainsi, ne se réfère qu’à soi sans vraiment chercher à argumenter, sans chercher à dépasser sa première impression.

Alineji le 06/06/2014 à 23:43

Cher Vijay ouest, ça veut juste dire que je n’engage que moi ! Rien de plus, et ce n’est pas inventé pour l’occasion, cela permet de dire à mon interlocuteur "d’où je parle", c’est une notion élémentaire et vieille comme le monde du débat ! Par conséquent, qu’au sein même de Fantastikindia, et en dehors (vous le prouvez), certains ne seront pas d’accord avec moi et que je l’accepte à l’avance. C’est tout le contraire d’une critique omnisciente et omnipotente. Soyez donc rassuré, je ne demande à personne de dénoncer quoique ce soit, ni qui que ce soit ! Quant au règlement de compte, désolé, je ne comprends pas la pique. Je n’ai aucun compte à régler avec Anurag Kashyap que je ne connais pas personnellement et qui a l’air d’être un homme parfaitement délicieux dans la vie. J’attends simplement qu’il fasse des films à la hauteur de sa réputation, que je persiste à trouver surfaite. Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord. Si votre opinion diffère, elle n’en sera pas invalide pour autant à mes yeux, si elle est argumentée. Si vos arguments ne me convainquent pas, je ne dirai pas pour autant qu’il n’y en a pas. Inutile d’aller jusque là, n’est-ce pas ?

Alineji le 06/06/2014 à 19:37

Pour répondre à tous ceux qui ont laissé des commentaires et que je remercie :

1. c’est vrai que tout le monde peut s’exprimer comme dit Vijay et dans les limites indiquées, et je m’attendais à beaucoup de réactions sur ma critique que je sais ne pas être partagée par tous.

C’est pourquoi, les arguments que j’avance sont donnés à la première personne, ce que j’ai bien pris la peine de souligner. J’ai vu ce film il y a 8 ou 9 mois, mais j’ai attendu pour en faire la critique qu’il sorte au cinéma, pour lui laisser sa chance et me serais même volontiers dispensée de l’écrire, car je préfère, et de beaucoup, aimer et recommander un film plutôt que le descendre, mais la belle unanimité autour de Kashyap, cinéaste génial, porte-drapeau d’un cinéma indépendant indien…, me semble tellement hors de propos et porter tort finalement à beaucoup d’autres qui émergent, avec plus de finesse (merci Gandhi Tata au passage ;) pour ta réaction). Typiquement français de "découvrir" un génie et de s’en tenir là, pour s’éviter notamment une vraie curiosité et un intérêt plus prolongé pour le cinéma indien.

2. Concernant la note de 4,5, que Clem trouve limite indécente, c’est vrai j’ai exagéré ; voulant être plus neutre, je l’ai augmentée un peu. J’ai tenu compte des quelques qualités que je signale, du savoir-faire de l’artiste et du talent des acteurs, etc. Au départ, j’avais plutôt envie de lui mettre 3. J’aurais peut-être dû suivre mon premier mouvement :)

3. Oui, il y a peut-être bien une femme flic qui est positive, ça ne change rien au fond. C’est seulement l’effet exhausteur de goût (juste une pincée de sucre dans le fiel), le goût reste le même.

4. C’est vrai qu’on n’a pas dû voir le même film et heureusement ! C’est en général ce qui arrive (non ?) et c’est ce qui fait toute la magie du cinéma.

vijay ouest le 06/06/2014 à 17:52

Présenter fanta comme un site de fans me semble réducteur, Tamil, c’est bien mieux que ça, c’est un site qui s’adresse à ceux qui aiment ou s’intéressent au cinéma indien. La richesse de fanta est de laisser la possibilité à chacun de s’exprimer (dans les limites du respect mutuel). C’est dans l’intérêt de chacun (rédacteur, lecteur) de faire en sorte que les critiques soient suffisamment argumentées, cela donne la possibilité de voir un film d’une façon autre à la lumière de nouveaux arguments.

Tamil le 06/06/2014 à 15:28

Arrêter d’être dur avec Fantastikindia. J’ai lu aussi les commentaires sur la critique de Queen. Fantastikindia est un site de fans conçu par des fans. Je comprendrai que l’on casse les critiques si c’était sur un site professionnel. C’est pas le cas. Je parle surtout pour Vijay. Tu devrais lire plûtot la presse si tu veux des avis éclairés et argumentés. C’est déjà sympa que fantastikindia poste des critiques et news pour nous mais est-ce que t’irais dégommer les commentaires des spectateurs d’Allocine ? Perso, Ugly est un thriller et les amateurs aimeront.

alma le 06/06/2014 à 11:55

Je n’ai pas aimé Gangs of Wasseypur et n’ai pas compris les critiques dithyrambiques qu’il a suscitées. Du coup, je suis méfiante envers les films de ce réalisateur estampillé "cinéma indépendant". Très vite, j’ai compris que je n’irai pas voir Ugly (trop glauque et malsain pour moi) et j’ai donc lu la critique, très bien écrite d’ailleurs, avec grand intérêt. Je ne peux pas juger pour ce qui a trait au film mais sur le reste, je suis bien d’accord avec ce qui est dit.

En tout cas, la critique me conforte dans mon idée. Au vu de ce que je lis là, je suis à 90% sûre que ce film n’est pas pour moi…

vijay ouest le 05/06/2014 à 13:19

Les présupposés sur lesquels reposent certains reproches envers ce film sont très étonnants. En quoi serait-il scandaleux de raconter une histoire où tout le monde (ou presque) se moque de ce qui a pu arriver à une pauvre gamine ? En quoi serait-il illégitime d’utiliser ses compétences de réalisateur de thrillers pour faire un film qui n’est pas un thriller. Le film "Ugly" est intéressant sur deux plans : sur le plan cinématographique (bonne utilisation des acteurs tous talentueux, déroulement intéressant du scénario qui tout en se complexifiant reste rythmé et intelligible) et sur le plan du thème lui-même puisqu’il amène à se poser des questions assez inédites notamment sur l’indifférence. Un film à recommander tout en avertissant le spectateur que certaines scènes ou situations peuvent être éprouvantes.

vijay ouest le 05/06/2014 à 01:46

Je n’ai pas du tout eu la même perception que toi de Ugly, Gandhi Tata. D’une certaine façon, j’ai eu la perception inverse. A aucun moment, je n’ai eu la sensation que le film prétendait être un thriller ou une enquête policière. Tu écris "on a l’impression que tout le monde s’en fout de la pauvre gamine". Ben oui, l’indifférence est le thème du film. Le film n’écorne pas tant le système indien (le mode d’organisation) que la société indienne (les gens). Le propos ne peut pas avoir été "surligné au stabylo jaune fluo" puisque nous avons eu la perception exactement inverse.

clem le 05/06/2014 à 12:34

Tout à fait ! La prétention d’être un thriller n’est qu’une illusion que le cinéaste "s’amuse" à contourner pour aller vers un genre bien plus profond, à aucun moment on n’assiste à un thriller (tout comme le premier volet de Gangs of Wasseypur nous promettait une vengeance qui n’arrivait jamais vraiment)… Et comme tu le dis vijay ouest, cette indifférence est le thème du film. Appréciez le ou non, mais Ugly brille à démontrer ce qu’il doit montrer, et c’est certainement plus utile qu’un banal thriller !

Gandhi Tata le 05/06/2014 à 01:35

J’ai été voir Ugly la semaine dernière, et personnellement, on s’embête de bout en bout. D’accord, c’est une critique sociale qui met en lumière les travers de la société indienne, mais Kashyap en fait des tonnes et ça manque sérieusement de finesse. Il y a un tas d’autres films qui critiquent et écornent, le système indien, en étant plus efficace et moins lourd. Ugly est un film qui se perd, en cours de route, après avoir mis en avant ses prétentions.

Au départ, ça se prétend être un thriller, doublé d’une enquête policière et d’une critique sociale. Alors au niveau du thriller, zéro pointé, car on s’ennuie ferme, c’est une succession de fausse piste, et une répétition de coup foireux. Kashyap nous prend pour des neuneus, car au bout de la Xième personne qui rançonne, on a envie de se tirer de la salle. Ensuite, on paume complètement l’enquête, et on a l’impression que tout le monde s’en fout de la pauvre gamine. Et pour finir, la critique manque de subtilité et de poid, en gros, Kashyap réussi davantage à lasser son public avec un propos surligné au stabylo jaune fluo, que de retenir son attention avec une idée aussi intelligente que corrosive.

Bref, Ugly est un loupé qui ne mérite pas sa seconde semaine au cinéma… c’est un peu du gâchis, car Lunchbox avait fait un joli boulot pour replacer les productions indé venant de l’Inde.

gt

clem le 04/06/2014 à 21:27

"Racoleur, vulgaire, inabouti, confus" ?? Je n’ai pas du voir le même film ! Anurag Kashyap est un des plus grands cinéastes indépendants du cinéma indien actuel. Bien sur, Ugly met mal à l’aise, dérange, fait mal au ventre…c’est l’objectif de son film, un miroir déformant (pas tant que ça si on y réfléchit) de sa société. Tous les films n’ont pas le même objectif, et celui-ci a choisi de choquer afin de révéler une vérité : l’humain qui sacrifie l’innocence au profit de l’argent, l’adulte prétentieux qui se construit un monde fait d’horreurs et se prétend civilisé. L’histoire est inspirée de faits réels, et il est triste de penser à quel point l’orgueil et l’argent peuvent pousser les gens de choses si terribles. Rien que pour ce message fort je trouve abusif de ne même pas mettre la moyenne à ce film. En suite, artistiquement parlant, tu évoques l’esthétique de Salo, je dirais que Ugly n’a rien à lui envier car (bien que totalement différente) son esthétique est extrêmement recherchée et aboutie. Enfin bon, je ne vais pas écrire tout un pavé, mais je trouve assez choquant de voir une critique si dure d’un tel film sur Fanta…même si on peut être déçus, il faut faire la différence entre un film auréolé dans les festivals du monde entier et un nanar qui mérite un 4,5…c’est limite indécent.

vijay ouest le 04/06/2014 à 16:19

Je voulais placer mon propos en commentaire de la critique du film "Ugly" mais j’ai confondu avec l’article annonçant la sortie du film. Par conséquent, je le place à nouveau, cette fois-ci en réaction à la critique publiée sur fanta : J’ai vu le film "Ugly" l’année dernière et je l’avais apprécié. Je ne me souviens pas de tous les détails. J’avais perçu le film comme traitant des blocages et errements de la société indienne actuelle. Je suis étonné par cette critique à ce point défavorable publiée sur fanta. Par exemple, si la plupart des personnages - mais pas tous - sont "négatifs", c’est cohérent avec le thème du film et, si je me souviens bien, la policière qui mène l’enquête dans la bonne direction est un personnage positif. De même, oui, Kashyap joue des codes de bollywood mais je ne vois pas en quoi ce serait un problème et ça me paraît logique de le faire dans la mesure où le thème du film est la façon dont la société indienne se pense.

Timoon (Bollyciné) le 03/06/2014 à 12:15

Critique très bien construite et très juste…. Je la partage totalement. Je pense en effet que Kashyap est surestimé. Je partage aussi le passage sur le fait qu’il ne s’échappe par de Bollywood mais qu’il en détourne simplement les codes. Certes il est très doué par de nombreux côtés mais je n’ai pas du tout accroché à ce film. Il nous en est resté à ma meilleure amie et moi un profond malaise. Et alors que le film était applaudi à CANNES l’an dernier il nous avait été impossible de suivre ces applaudissements. Du reste Anurag Kashyap est une personne adorable, sensible, enjouée et chaleureuse qui dénote totalement avec l’univers de ses films. Une jolie rencontre qui avait pu sauver ce mauvais moment passé.

Alineji le 03/06/2014 à 20:22

Merci Timoon. Je suis sûre que Kashyap est évidemment une personne tout à fait adorable, c’était confirmé par notre reporter de choc Brigitte qui l’avait rencontré aussi à Cannes. j’ai un peu regretté de ne pas avoir pu me libérer lorsqu’il est venu à Paris récemment, parce que j’aurais bien aimé lui poser quelques questions sur son pessimisme, notamment.

Timoon (Bollyciné) le 06/06/2014 à 17:00

En effet ce paradoxe est totalement troublant…. Il nous avait bien déstabilisées lol….

Swiss le 03/06/2014 à 11:44

Bon et bien moi j’ai beaucoup aimé ! :-) Voici ma mini critique : http://www.imaginariumdudocteurcinema.com/article-ugly-123644898.html

Alineji le 03/06/2014 à 20:35

Désolée et bonsoir Swiss, Je viens de lire ta critique. Il faut bien des amateurs, mais pour ma part, je n’aime pas les cauchemars, surtout quand ils se veulent réalistes ! Et surtout ce n’est pas un critère suffisant pour en faire un réalisateur-phare. Mais, il donne des coups de poing à l’estomac de l’industrie endormie du cinéma indien à sa manière, bien sûr. Heureusement il n’est pas le seul aujourd’hui et d’autres (Onir par exemple) ont une vision beaucoup plus humaniste, qui peut être tout aussi désespérée, mais elle est humaniste.