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Nom : Om Puri
Né en 1950 au Pendjab.
Fonction : acteur
Situation familiale : divorcé de Seema Kapoor, est actuellement marié à Nandita Puri.
En 1992, les spectateurs occidentaux de La Cité de la Joie se sont demandé qui était cet acteur au corps chétif, au visage grêlé mais au sourire franc et chaleureux qui volait la vedette à Patrick Swayze. L’interprète d’Hazari le tireur de rickshaw était pourtant connu depuis longtemps en Inde, où il a été, pendant toutes les années quatre-vingt, le visage du renouveau du cinéma d’auteur hindi. Un succès qui n’était pas gagné d’avance, car lorsqu’Om Puri part étudier le théâtre puis le cinéma, il a pour seuls atouts son talent et sa détermination.
Une enfance très loin de l’usine à rêves de Bombay
Om naît au Pendjab de parents pauvres et peu éduqués. Il passe ses journées à les aider en lavant les tasses des clients du dhaba dans lequel ils travaillent. Il ne commence l’école qu’à huit ans, grâce à l’aide financière d’un membre de sa famille. Au lycée, il finance ses études en donnant des cours particuliers. A cet âge, il a déjà le visage grêlé qu’on lui connaît, séquelle d’une varicelle.
Bien décidé à devenir acteur, il joue dans une troupe punjabie avant de partir à Delhi suivre les cours de la National School of Drama aux côtés de Naseeruddin Shah (qui l’hébergera lorsqu’il s’installera à Bombay). Il étudie ensuite au Film and Television Institute of India de Pune où il suit les cours de l’acteur et réalisateur Girish Karnad, le seul des professeurs à avoir estimé que son physique peu conventionnel ne l’empêcherait pas de devenir acteur.
Un autre cinéma
Lorsqu’Om Puri finit ses études, naît en Inde un courant qu’on a parfois appelé New Cinema, qui regroupe réalisateurs, scénaristes et acteurs désireux de proposer une alternative au cinéma commercial qui s’était imposé dans les années 1970. C’est au sein de ce courant qu’Om fait ses débuts. Il y côtoie Shabana Azmi, Naseeruddin Shah, et surtout Smita Patil, qui a joué à ses côtés dans beaucoup de films marquants.
Des rôles d’opprimés
Les réalisateurs de ce nouveau cinéma s’opposent à un cinéma commercial qu’ils jugent très sévèrement, et veulent (en théorie du moins) proposer des rôles non stéréotypés, qui exigent un véritable travail d’acteur. Ils souhaitent donc choisir leurs acteurs plus en fonction de leur talent, et moins selon leur popularité, leur beauté ou leur famille. L’idéal pour Om, qui a du talent à revendre mais est alors inconnu, et ne dispose ni d’un physique d’Apollon, ni d’une famille bien implantée dans le milieu du cinéma.
Il travaille avec tous les grands noms de ce courant, et très vite se spécialise dans les rôles d’opprimés : intouchables, Adivasis (membres de tribus aborigènes), habitants d’un bidonville (Dharavi), paysans sans terre (Arohan, de Benegal)… Beaucoup des films de cette époque ont en effet un thème social, et cherchent à faire entendre la voix de populations souvent réduites au silence. Aucune sensiblerie dans ces personnages souvent rugueux, toujours dignes, qu’il interprète sans pathos, mais avec une très grande intensité.
Parmi ses rôles les plus marquants, celui de Lahanya Bhiku dans Aakrosh (1980, Govind Nihalani), un Adivasi accusé du meurtre de sa femme qui refuse de prononcer le moindre mot pour sa défense, malgré les efforts de son avocat plein de bonne volonté. Un rôle quasiment muet pour Om, qui exprime par son seul regard l’impuissance, le désespoir et la colère de son personnage.

C’est après avoir vu Aakrosh que Satyajit Ray propose à Om le rôle principal dans Sadgati, un moyen métrage en hindi qu’il réalise pour la télévision et qui constitue une féroce dénonciation de l’intouchabilité. Dukhi, un intouchable, accomplit pour un brahmane une série de tâches qui finissent par le tuer. Om raconte combien il était intimidé de travailler avec un si grand réalisateur. Le premier jour du tournage, Satyajit Ray lui demande d’entrer "précautionneusement" dans la maison du brahmane. De plus en plus nerveux, Om lui avoue qu’il ne connaît pas le sens de ce mot. Le réalisateur lui explique alors : "lorsqu’un chien ou une chèvre entre dans une maison qu’il ne connaît pas, il y entre précautionneusement". C’est cette chèvre apeurée qui a inspiré le langage corporel de Dukhi le tanneur.

- Sadgati
Mais pas seulement...
Om a tourné avec tous les réalisateurs marquants de ce mouvement : Shyam Benegal, Gautham Ghose (Paar), le Bengali Mrinal Sen (Genesis), Ketan Mehta, la réalisatrice Sai Parajpye (Sparsh), et surtout Govind Nihalani, qu’Om considère comme son ami et son mentor et qui lui a offert quelques-uns de ses rôles les plus intéressants. Outre dans Aakrosh, Om apparaît aussi brièvement dans Party, un huis clos assez théâtral sur le thème de l’engagement politique, dans le rôle d’un militant de la cause adivasie. Mais le rôle le plus important est celui d’Anant, le héros d’Ardh Satya, un policier consciencieux, haïssant la corruption, mais fragile et violent. Un rôle de policier très original, car la violence est ici présentée comme la preuve de la fragilité psychologique de son personnage, à l’opposé de la glorification de la brutalité policière si fréquente dans les films de cette époque (voir les rôles de Sunny Deol). Difficile d’imaginer que le rôle avait été écrit pour Amitabh Bachchan ! Il a aussi le premier rôle dans le feuilleton TV très controversé que Nihalani a réalisé sur la Partition, Tamas (1987). En tout, Om a joué dans pas moins de la moitié des films de Nihalani.
A l’extrême opposé des rôles dramatiques qui l’ont fait connaître se trouve celui qu’il interprète dans la comédie satirique Jaane Bhi Do Yaaron de Kundan Shah. Ahuja est un promoteur immobilier nouveau riche, rustre, violent, corrompu, et tellement alcoolisé qu’il peut parler cinq minutes à un cadavre sans même se rendre compte que son interlocuteur est mort. Om interprète avec entrain ce personnage comique, et se plie volontiers au jeu du slapstick et des gags visuels. Cheveux gominés, vêtement criards et sourire charmeur, il continue dans la veine comique la même année dans Mandi de Benegal, en photographe de charme prêt à tout pour approcher les prostituées qui lui servent de modèles. On a néanmoins le droit de le préférer dans un registre plus réaliste.

Il épouse en 1990 Seema Kapoor, mais leur mariage ne dure que huit mois, et leur séparation se passe très mal. Seema le quitte, Om, désespéré, rencontre celle qui sera sa seconde épouse, Nandita Puri, et demande le divorce en accusant Seema d’adultère, ce qu’il reconnaît aujourd’hui être une accusation mensongère.
Des premiers rôles à l’étranger, des seconds rôles dans les films commerciaux indiens
L’étudiant qui n’osait pas parler anglais devant ses camarades de la National School of Drama de peur qu’ils se moquent de son accent est aujourd’hui un des acteurs indiens qui ont le plus tournés dans des films étrangers.
Sa première apparition dans un film non indien remonte à 1982 : dans le Gandhi de Richard Attenborough, il joue un hindou qui se repent d’avoir participé aux violences contre les musulmans de Calcutta et vient supplier le Mahatma de mettre fin à son jeûne.

Mais c’est La Cité de la Joie (1992) qui le fait connaître du public occidental. Une anecdote qu’il raconte au sujet de son rôle de tireur de rickshaw en dit long à la fois sur sa façon de travailler et sur son statut un peu à part dans le cinéma indien. Om a commencé à se préparer pour ce rôle bien avant le début du film. Il est allé à Calcutta et a appris à tirer un rickshaw avec des rickshaw-wallah professionnels. Rapidement, il s’est aperçu qu’aucun d’entre eux ne portait de chaussures. Il renonce donc aux siennes, non sans mal. Un jour, alors qu’il s’était arrêté pour boire un thé, il remarque que deux clients l’observent. Le premier dit à son ami : "Tu ne trouves pas qu’on dirait Om Puri ?", l’autre approuve. Om finit son thé, puis va confirmer aux deux clients incrédules qu’il est bien Om Puri, avant de récupérer son rickshaw. En partant, il les entend dire derrière lui : "Pauvre homme. Quelle tristesse de le voir ainsi. C’était un si bon acteur. Et aujourd’hui il tire un rickshaw, tu imagines ?"
Cinq ans plus tard, il inaugure une série de rôles d’immigrés pakistanais en Angleterre avec My Son The Fanatic d’Udayan Prasad. Il est Parvez, père de famille on ne peut plus intégré qui doit faire face au fondamentalisme de son fils. Son interprétation toute en finesse, notamment lorsque Parvez est face à Bettina, la prostituée qui est sa seule amie, est vraiment le point fort du film. Le revoilà en père de famille dans East is East (1999, le titre "français" est Fish and Chips), qui traite aussi de la problématique de l’intégration et du conflit entre générations. L’action est située dans les années soixante-dix et c’est à l’occidentalisation et au désir d’émancipation de ses enfants que son personnage s’oppose. Le film a eu une suite sortie en 2010, West is West. On l’aperçoit aussi en imam intégriste dans Shoot on Sight, un film sans grand intérêt sur la psychose qui a suivi les attentats de 2005 à Londres.

Parmi ses autres rôles notables, celui de Ghulam Mohammed, dans l’adaptation britannico-canadienne Un si long voyage de Rohinton Mistry. Un personnage mystérieux, tantôt chauffeur de taxi serviable, tantôt dangereux agent spécial. Om a aussi interprété le général Zia, qui dirigea le Pakistan de 1976 à 1988, dans La Guerre selon Charlie Wilson, avec Tom Hanks.
Et le cinéma indien pendant ce temps ? Eh bien le déclin du New Cinema au début des années 1990 diminue les opportunités pour un acteur au physique aussi peu commun. Et voici qu’Om Puri, comme tant d’autres acteurs aux parcours similaires, se met à accumuler les seconds rôles, que ce soit dans un registre plutôt sérieux, comme dans Rang de Basanti (le père d’Aslam), ou dans des comédies (Singh is Kinng). Il apparaît aussi dans Chachi 420, réalisant ainsi son rêve de jouer avec l’acteur qu’il admire le plus, Kamal Hassan. D’autres rôles sont franchement négatifs, tel l’inspecteur qu’il joue dans Dabangg. Parfois il n’est présent que par sa voix si particulière : il est le narrateur, entre autres, de Mangal Pandey. Parmi ses rares premiers rôles des années 1990, China Gate de Rajkumar Santoshi : il y joue le leader d’une bande de militaires retraités venus éliminer le bandit qui terrorise un village. Mais il faut dire que bien que Santoshi ait réuni un ensemble d’excellents acteurs (Amrish Puri, Naseeruddin Shah, Danny Denzongpa, Kulbhushan Kharbanda), China Gate n’a pas de star à proprement parler.
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On pense souvent, à tort, qu’Om Puri est de la famille d’Amrish Puri. Comme cet autre grand acteur à l’apparence peu commune, Om aurait pu se retrouver cantonné à un seul type de rôles, de plus en plus stéréotypés. Il s’est heureusement trouvé des réalisateurs, au premier rang desquels Govind Nihalani, pour explorer toutes les facettes de son talent. Om, de son côté, a saisi toute les occasions de diversifier ses rôles, en jouant beaucoup en anglais, mais aussi, régulièrement, dans sa langue maternelle, le punjabi. S’il n’a jamais eu de rôle typique de héros de films commerciaux, il a en revanche réussi à s’imposer comme un acteur incontournable du cinéma d’auteur, avant de devenir un second rôle apprécié de films grand public.
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