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Bollywood en chansons : 1965-1969

Publié jeudi 26 octobre 2017
Dernière modification mardi 24 octobre 2017
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Par Mel

Dossier Bollywood en chansons
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Gumnaam

Année : 1965
Réalisation : Raja Nawathe
Avec : Manoj Kumar, Nanda, Pran, Helen et Mehmood
Box-office : n°8, Hit

Le film : Gumnaam (« Anonyme ») est un film très singulier dans le paysage de Bollywood du milieu des années 1960. Dérivé des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie, il s’agit d’un des premiers multi-starrer du cinéma indien. Sept personnages se trouvent mystérieusement abandonnés sur une île déserte à la suite d’un tirage au sort au cours duquel ils avaient gagné des vacances paradisiaques. Après avoir erré quelques temps dans la jungle, ils finissent par trouver leur destination : une grande bâtisse tenue par un étrange majordome. Là, ils sont assassinés chacun à leur tour pour une raison inconnue. Dans un cinéma qui évite de tuer les « gentils », doit-on en déduire qu’ils sont finalement tous des « méchants » ?

Mais cette histoire de meurtres n’a finalement pas beaucoup d’importance. C’est avant tout un prétexte à des chansons d’anthologie et à des morceaux de bravoure savoureux de la part d’acteurs au sommet de leur art.

La chanson : Hum Kaale Hain To de Shankar-Jaikishan et Shailendra
Kitty Kelly (Helen) a sèchement rembarré le majordome (Mehmood) qui lui faisait des avances. Elle l’a vexé en lui disant qu’il était un rustre bien trop noir pour elle qui est si belle avec son teint si clair. Le majordome rêve tout éveillé à sa revanche…

Cette chanson intemporelle peut être vue et entendue de multiples façons et à de multiples niveaux. On peut également lui faire dire tout et son contraire. Elle est ainsi un plaidoyer contre la dictature de la blancheur, mais aussi une charge contre les hommes trop pressants. À l’inverse, elle stigmatise ceux qui ont la peau foncée en les faisant passer pour des brutes en rut. Les femmes ne sont pas en reste avec la merveilleuse Helen dans le rôle d’une gourgandine qui torture les faibles hommes soumis à leurs hormones. Bref, quelque soit la façon de la prendre, Hum Kaale Hain To constitue un monument de la chanson filmée.

Elle eu d’ailleurs un tel succès que Mohammed Rafi a enregistré une version anglaise titrée The She I Love. Sa mise en scène a été reprise presqu’à l’identique en 1968 dans Mehbooba Mehbooba de Sadhu Aur Shaitan, toujours chantée par Mohammed Rafi. Et puis on la retrouve également dans Brahmachari

Hum Kaale Hain To chantée par Mohammed Rafi et interprétée par Helen et Mehmood


Phool Aur Patthar

Année : 1966
Réalisation : O.P. Ralhan
Avec : Meena Kumari, Dharmendra, Madan Puri et Shashikala
Box-office : n°1, Blockbuster

Le film : Le plus gros succès de l’année raconte l’histoire de Shaaka (Dharmendra), un voleur multi-récidiviste à qui son receleur (Madan Puri) propose de dépouiller une riche famille. Par chance pour le bandit risque-tout, un état de peste est déclaré au village lorsqu’il s’apprête à commettre son forfait. Tous les habitants ont fui et la maison est désertée. Il ne trouve pas les bijoux espérés, mais à l’étage il tombe sur Shanti (Meena Kumari), une veuve très malade que ses beaux-parents ont abandonné seule. Pris de pitié, Shaaka la fait soigner.
Quelques temps plus tard, la crainte de la peste s’étant éloignée, sa belle-famille revient et, désolée qu’elle soit encore vivante, martyrise la malheureuse. Shaaka décide alors de l’emmener chez lui pour la mettre à l’abri. À son contact, il se réforme peu à peu…

Phool Aur Patthar (« La Fleur et le Roc »), dont le titre fait référence à la pureté de Shanti (la fleur) et à la crapulerie de Shaaka (le roc), ne se contente pas de montrer ostensiblement le droit chemin. Il présente deux personnages principaux forts et totalement antinomiques. Meena Kumari, malgré les premiers ravages de l’alcool et un visage de cire outrageusement fardé, incarne la bonté et l’innocence désespérée. De son côté, Dharmendra est un authentique mauvais garçon qui exsude la virilité comme rarement. Il tombe même la chemise dans une scène qui a fait date et l’a propulsé au sommet. Plus encore, Phool Aur Patthar fait voler les conventions en éclats en présentant peut-être pour la première fois, et la seule dans cette série de 80 films, un couple lié par une amitié dénuée d’arrière-pensée. Il ne cherche pas à l’épouser et elle ne veut pas plus se marier. Les deux réprouvés (il est un voyou, elle est veuve) se retrouvent solidement attachés l’un à l’autre comme si un frère et une sœur pouvaient se choisir.

La chanson : Sun Le Pukar de Ravi et Shakeel Badayuni
Un gigantesque incendie s’est déclaré dans une maison voisine. N’écoutant que son courage, Shaaka s’est précipité pour sauver une petite fille piégée par les flammes. Il a réussi à l’extirper saine et sauve du brasier, mais il a été lui-même très gravement brûlé. Le médecin appelé à son chevet a perdu l’espoir et propose de s’en remettre à Dieu. Shanti comme tout le quartier reconnaissant prient pour le salut de celui qu’ils considéraient jusqu’alors comme une canaille…

Sun Le Pukar chantée par Asha Bhosle pour Meena Kumari


Ram Aur Shyam

Année : 1967
Réalisation : Tapi Chanakya
Avec : Dilip Kumar, Waheeda Rehman, Mumtaz, Pran et Nirupa Roy
Box-office : n°2, Super Hit

Le film : En 1967, Dilip Kumar est sur le devant de la scène depuis plus de 20 ans déjà. Cette immense vedette était connue pour choisir soigneusement ses films, de préférence tragiques. C’est donc probablement avec surprise que le public le retrouve dans Ram Aur Shyam (« Ram et Shyam »), une comédie totalement invraisemblable où il incarne un double-rôle. Il est Ram, un riche héritier martyrisé par son beau-frère Gajendra (Pran) qui ne pense quà lui voler sa fortune. Mais il est aussi Shyam, un paysan haut en couleurs qui taquine la charmante Shanta (Mumtaz). Ram est aussi pleutre que Shyam est courageux et il est difficile de les confondre.

Pourtant, par un hasard de circonstances, Shyam se retrouve à endosser la vie de Ram. Ce dernier avait été promis à la très belle Anjana (Waheeda Rehman), c’est donc Shyam qui va se voir dans l’obligation d’épouser une femme qu’il ne connait pas. D’un autre coté, Ram a fui son terrible beau-frère et se retrouve à la campagne dans la peau de Shyam poursuivi par les assiduités de Shanta. À son contact, il reprend peu à peu goût à la vie…

Les spectateurs ont fait une fête à cette histoire compliquée où, malgré son âge, Dilip Kumar séduit deux ravissantes jeunes femmes qui manquent singulièrement de personnalité. Ils n’ont pas été rebutés par l’impression de voir par moments un film du Sud. Au contraire, peut-être savaient-il que Ram Aur Shyam est le remake hindi de Ramudu Bheemudu, un grand succès telugu sorti en 1964 et déjà réalisé par Tapi Chanakya.

La chanson : Aaj Ki Raat Mere de Naushad et Shakeel Badayuni
Le dénouement est proche. L’affreux Gajendra a fini par comprendre que Ram et Shyam ont échangé leurs vies. Bien décidé à se débarrasser d’eux pour récupérer leur fortune, il organise l’invitation de Shyam/Ram à l’anniversaire d’Anjana. Shyam se retrouve alors dans l’obligation de chanter en l’honneur de celle qu’il n’a pu se résoudre à épouser peu de temps auparavant. Il interprète un morceau où il exprime sa tristesse à la veille de s’éloigner définitivement…

Aaj Ki Raat Mere chantée par Mohammed Rafi pour Dilip Kumar


Brahmachari

Année : 1968
Réalisation : Bhappi Sonie
Avec : Shammi Kapoor, Rajshree, Pran, Mumtaz et Mehmood Junior
Box-office : n°7, Hit

Le film : Le personnage joué par Shammi Kapoor est un enfant trouvé. Il n’a pas de nom. Aussi, il se fait appeler Brahmachari (dérivé de brahmacharya, la première étape de la vie selon le Veda. Une traduction commode de ce nom est « Célibataire »). Il a le cœur sur la main et recueille lui-même les orphelins dans sa grande maison. Son emploi de photographe de presse ne suffit pas à nourrir ses enfants, mais par chance, son patron lui propose une grosse somme d’argent s’il peut prendre une photo à sensation.

Alors qu’il se promène au bord de mer à Bombay, il aperçoit Sheetal (Rajshree), une jeune femme qui tente de se suicider. Son mariage était arrangé de très longue date avec Ravi Khanna (Pran), mais ce dernier venait de la rejeter brutalement arguant qu’ils ne font désormais plus partie du même monde. Brahmachari fait la photo mais ne peut se résoudre à laisser Sheetal se noyer. Il l’invite dans sa maison et prépare un plan pour qu’elle séduise Ravi Khanna. L’infâme est un coureur de jupons qui a des vues sur Roopa (Mumtaz) et il semble certain qu’il ne saura pas résister à la nouvelle Sheetal…

Brahmachari tire un peu en longueur, peut-être pour permettre à Shammi Kapoor de montrer toute l’étendue de son talent. C’est une fois encore un vrai « gentil » qui sauve les filles perdues et les orphelins. Il est opposé à Pran qui joue lui aussi son rôle habituel de « méchant » sadique. Rajshree, la fille du réalisateur V. Shantaram, est adorable dans son avant dernier film, tandis que Mumtaz n’incarne en réalité qu’un personnage secondaire. Il lui vaudra pourtant le seul BFJA Award de sa carrière.
Le film fait de nombreuses références au cinéma de Bombay ce qui deviendra une habitude des années plus tard. Il donne par exemple l’occasion unique d’entendre le fameux chorégraphe Herman Benjamin prononcer deux mots et de voir Hum Kaale Hain To reprise dans la durée.

La chanson : Hum Kaale Hain To de Shankar-Jaikishan et Shailendra
Sheetal est très inquiète à l’idée de suivre le plan de Brahmachari. Pour lui changer les idées, ses enfants décident de lui offrir un petit spectacle. Amit danse une chanson tirée d’un film…

Mehmood Junior, qui tient le rôle du petit Amit, avait tout juste un peu plus d’une dizaine d’années au moment du tournage. Cela ne l’a pas empêché d’être l’élément comique principal du film. Il danse ici Hum Kaale Hain To en imitant la caricature d’un musulman modeste d’Hyderabad interprétée par Mehmood dans Gumnaam. Il a même repris le costume et le maquillage foncé de celui qui lui avait choisi son nom de scène l’année précédente.
Grâce à son naturel inimitable, le petit garçon a fait une carrière d’acteur comique très importante à Bombay. Et bien qu’il se fasse plus rare aujourd’hui, il n’a jamais quitté le cœur du public indien.

Hum Kaale Hain To chantée par Mohammed Rafi pour Mehmood Junior


Aradhana


Année : 1969
Réalisation : Shakti Samanta
Avec : Sharmila Tagore, Rajesh Khanna, Sujit Kumar et Farida Jalal
Box-office : n°1, Blockbuster

Le film : Aradhana (« Dévotion ») est un film en deux époques inspiré d’À chacun son destin qui valu l’Oscar à Olivia de Havilland en 1947. Il raconte l’histoire d’Arun (Rajesh Khanna), un pilote dans l’armée de l’air indienne qui tombe amoureux de Vandana (Sharmila Tagore). Elle habite seule avec son père près de Darjeeling dans les contreforts de l’Himalaya. La nature étant ce qu’elle est, les deux jeunes se laissent aller par une nuit d’orage alors qu’ils étaient isolés dans la montagne. Ils pensent se marier dans les jours qui suivent, juste après le retour de mission d’Arun. Mais son avion s’écrase et il se tue, laissant Vandana désespérée et enceinte.

Par peur du déshonneur, elle imagine abandonner son fils nouveau-né pour l’adopter le jour-même. Ainsi, elle en serait officiellement la mère sans que personne sache qu’elle était célibataire. Malheureusement, en raison d’un contretemps de quelques minutes, il est adopté par une famille sans enfants. Vandana supplie le mari de lui rendre son fils, mais rien n’y fait. Il consent cependant à l’engager comme gouvernante lui permettant ainsi de le voir grandir. Ainsi commence la vie d’une étrange famille composée de M. et Mme Prasad Saxena, leur petit garçon Suraj et de la gouvernante Vandana.
Quelques années plus tard, l’oncle de Suraj se jette sur Vandana et tente de la violer. Suraj se précipite et tue l’agresseur. Même s’il s’agit de légitime défense, Vandana endosse le crime et se retrouve condamnée à 12 ans de prison…

Comme son titre l’indique, Aradhana présente l’histoire d’une femme toute à la dévotion de son fils et de son amant d’un soir. Elle est mue par deux ressorts : l’amour maternel et la peur du déshonneur. On remarquera cependant que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, elle est la seule à considérer avec effroi la perspective d’avoir un enfant sans être mariée. Dans Aradhana, comme dans la plupart des films de Bombay, les personnages sont bienveillants vis-à-vis des mères célibataires. De Kismet (1943) à Professor (1962) ou Brahmachari (1967), la fille-mère inspire la pitié mais on ne la méprise pas.

Sharmila Tagore est le personnage principal de ce film lacrymal, mais c’est Rajesh Khanna qui tire son épingle du jeu en devenant la première superstar du cinéma indien. Son premier double rôle (il joue le père Arun et le fils Suraj) fut un tel succès que tous ses projets dans les deux années suivantes se sont transformés en or.

La chanson : Mere Sapno Ki Rani de S.D. et R.D. Burman et Anand Bakshi
Arun et son ami Madan (Sujit Kumar) sont sur la route en voiture. Alors qu’il chante son rêve d’amour, Arun aperçoit une jeune femme dans le train qui passe. Son rêve est en passe de devenir réalité…

Cette célèbre chanson qui nous présente le premier regard échangé entre les deux amants avait été initialement composée par S.D. Burman (S.D. pour Sachin Dev). L’enregistrement ne s’est pas passé comme prévu : S.D. n’était pas satisfait et finalement il a été question d’abandonner le titre. Son fils, R.D. Burman (R.D. pour Rahul Dev) qui jouait déjà la partie à l’harmonica dans l’orchestre a voulu sauver le morceau et a écrit en tout fin de session un nouveau prélude. Il est très probable que les arrangements modernes, qui incluent des accords de guitare électrique, soient également de lui. Kishore Kumar n’a plus eu qu’à poser sa voix sur la musique. Le résultat fut un immense succès qui est resté dans toutes les mémoires.

Mere Sapno Ki Rani chantée par Kishore Kumar pour Rajesh Khanna

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