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Agni Sakshi

Traduction : Avec le feu pour témoin

Bande originale

O Piya O Piya
Tu Meri Gulfam Hai
O Yaara Dil Lagana
Wada Karo Dil
Mere Kaleje Se
Mujhko Dilbar Yaar

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La critique de Fantastikindia

Par Laurent - le 27 avril 2010

Note :
(7/10)

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Suraj Kapoor (Jackie Shroff) est un riche célibataire très occupé. Un jour, il fait la rencontre de Shivangi (Manisha Koirala) et ils ne tardent pas à tomber amoureux. Peu après, et encouragé par son jeune frère qui refuse de se marier tant qu’il n’a pas trouvé son âme-sœur, Suraj épouse Shivangi. Un soir, dans un hôtel, un homme, Vishwanath (Nana Patekar) aborde le couple et affirme que Shivangi est sa femme, et qu’elle s’appelle en vérité Madhu. Suraj, hors de lui, le somme de partir. Mais Vishwanath, têtu, va commencer à les harceler…

Agni Sakshi est le premier des trois films que Nana Patekar a tournés dans les années 90 avec le Bengali Partho Ghosh (les suivants sont Ghulam-E-Musthafa et Yugpurush), peut-être son réalisateur fétiche. Pourtant, l’acteur n’apparaît pas à l’écran avant quarante bonnes minutes ; avant cela, on a en effet droit à une exposition longue et extrêmement convenue, bien que pas tout à fait dénuée de charme, qui nous présente le couple Jackie-Manisha avec toutes les conventions du cinéma commercial hindi de l’époque : coup de foudre entre un riche businessman et une jeune inconnue, lune de miel dans des paysages paradisiaques (l’île Maurice), situations et dialogues très "premier degré", sous-intrigue annexe du frère du héros qui est prétexte à une baston avec de vieux bruitages, musique extra-diégétique mélodramatique, chansons rétro… Heureusement, les quatre clips sont expédiés dans la première heure, la grosse deuxième partie du film basculant dans un thriller nerveux beaucoup plus prenant.

On l’a compris, la franche réussite du film n’est pas due au sympathique Jackie Shroff (on aurait toutefois préféré en protagoniste Anil Kapoor, son compère moustachu des années 80 qui aurait eu plus d’épaisseur), ni à la belle Manisha, au demeurant convaincante dans son rôle de femme tourmentée, mais à Nana Patekar, qui éclipse tous ses partenaires en homme psycho-rigide et instable. Un long flash-back intimiste assez fin nous éclaire d’ailleurs sur la fêlure de son personnage : enfance perturbée, bavures meurtrières quand il était militaire, goût immodéré pour les armes à feu (que partage justement l’acteur dans la vie, tout comme le prénom Vishwanath) poussé à l’extrême… Si le rôle n’est pas propice de sa part à une prestation géniale comme le gangster psychotique ayant peur du feu de Parinda et le sourd-muet impulsif de Khamoshi-The Musical, il est quand même psychologiquement plus complexe que celui d’un simple "méchant", et le comédien fait, comme à son habitude, une très forte impression. Car si le robuste Jackie Shroff est officiellement la vedette d’Agni Sakshi, il n’est guère plus qu’un faire-valoir lors de ses confrontations avec le personnage central (c’est aussi clair sur l’affiche) incarné par Patekar, qui a reçu le National Award du meilleur second rôle pour le film (il l’avait déjà eu pour Parinda).
Côté interprétation, il faut également mentionner le second couteau Alok Nath, impeccable lui aussi dans son rôle fétiche, celui du père de la mariée chaleureux et compréhensif, qu’il a repris avec succès depuis (La Famille Indienne, Vivah).

Le scénario n’est pas d’une grande originalité, certes, il n’a pas autant de rebondissements qu’un film antérieur sur un obsédé dangereux comme Baazigar avec Shah Rukh Khan, mais il a au moins le mérite de refuser la demi-mesure, et de réussir à nous tenir en haleine en alternant (et même en combinant) flash-backs et révélations sur le passé des personnages… Et grâce à l’intensité de Patekar, le film est quasiment aussi réussi que Baazigar, qui avait une interprétation moins sobre. Ici, presque aucun effet gore, mais un acteur possédé par son rôle de sadique suicidaire, qui nous met mal à l’aise à chacune de ses apparitions à l’écran, qu’il pratique un safari improvisé en chassant l’antilope dans la brousse indienne à l’arrière d’un pick-up, ou bien qu’il joue avec ses armes en nous refaisant avec Manisha, dans une scène jubilatoire, le coup de Guillaume Tell et de la pomme.

Malgré quelques petites imperfections vite oubliées, Agni Sakshi est ainsi un divertissement complet, l’un de ces masala qui n’hésitaient pas à allier la romance musicale au suspense violent, genre qui, grâce à l’un des comédiens les plus singuliers du cinéma indien, élève ce qui aurait pu ressembler à un triangle amoureux basique au rang de film majeur, un drame humain chargé de tension avec plusieurs scènes-chocs vraiment dérangeantes et un final très fort… Sûrement l’un des meilleurs films de l’excellent Nana Patekar.

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