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Arth

Traduction : Signification

Année1982
LangueHindi
GenreFilms sociaux
RéalisateurMahesh Bhatt
Dir. PhotoPravin Bhatt
ScénaristesMahesh Bhatt, Sujit Sen
ActeursShabana Azmi, Smita Patil, Kulbhushan Kharbanda, Gulshan Grover, Dalip Tahil, Om Shivpuri, Shammi, Dina Pathak, Raj Kiran, Rohini Hattangady
Dir. MusicalJagjit Singh, Chitra Singh
ParoliersKaifi Azmi, Rajinder Nath « Rehbar », Iftikhar Imam Siddiqi
ChanteursJagjit Singh, Chitra Singh
ProducteurKuljit Pal
Durée123 mn

Bande originale

Jhuki Jhuki Si Nazar
Koi Yeh Kaise Bataye
Tere Khushboo Mein Base
Too Nahin To Zindagi Mein
Tum Itna Jo Muskura Rahe

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Maya - le 8 février 2008

Note :
(8.5/10)

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Un film qui prône l’indépendance de la femme, ce n’est pas si courant, surtout à Bollywood. Lorsque ce film est tout en sensibilité, en dignité, en finesse, sans jamais tomber dans le mélodrame ou la caricature, on l’apprécie d’autant plus. Il devient inoubliable grâce à l’interprétation de Shabana Azmi, qui a d’ailleurs reçu pour ce rôle le National film Award et le Filmfare Award de meilleure actrice.

Arth met en scène l’histoire de Puja (Shabana Azmi) : son mari Inder (Kulbushan Kharbanda) représente tout pour elle ; orpheline, elle souffre de ne pas avoir un appartement vraiment à eux, après des années de galère. Un jour enfin son mari réussit et lui offre la stabilité dont elle a toujours rêvé. Mais il est de plus en plus absent…
Il la trompe puis la quitte pour vivre avec sa maîtresse, Kavita (Smita Patil). Elle se retrouve seule. Là où le film est tout sauf banal, c’est que Puja ne se laisse pas faire, refuse toute aide financière pour se prendre en charge et décide de construire sa vie, seule déjà puis avec l’aide du chevaleresque Raj (Raj Kiran).

Là où le scénario étonne encore, c’est que la jeune et jolie maîtresse souffre de désordres mentaux insoupçonnés. Dans la première moitié du film, il semble que le seul personnage « conventionnel » soit hélas la servante de Puja (Rohini Hattangadi) qui subit les avanies de son ivrogne de mari. Mais la suite de l’histoire n’est pas si convenue…

Rien ne se passe vraiment comme on pourrait s’y attendre, Arth est plein de scènes surprenantes, comme si le réalisateur nous emmenait sciemment à la limite du cliché, pour mieux nous dérouter avec les décisions d’une femme douce mais déterminée, qui suit son propre chemin sans se limiter à ce qu’on attend d’elle.

Le scénario de Mahesh Bhatt a reçu lui aussi un Filmfare Award amplement mérité. Les rôles de Kulbushan Kharbanda et Smita Patil, sont plutôt originaux et loin des stéréotypes, Smita Patil est impressionnante dans ce rôle difficile, allant d’une fragilité touchante à un déséquilibre effrayant. Lorsqu’on apprend que l’histoire serait inspirée de la liaison de Mahesh Bhatt et Parveen Babi, elle n’en est que plus troublante.

Mais le personnage de Puja reste le pivot du film, on ne sait qu’admirer le plus : l’écriture du rôle ou le talent de Shabana Azmi. Le rôle est admirable parce qu’il est à la fois exemplaire et très humain. Puja est une femme résolue et courageuse mais elle est loin d’être une icône féministe, elle voulait de toutes ses forces créer un foyer, une famille, elle aimait son mari, elle voulait être une bonne épouse. Une fois seule elle traverse des phases de désespoir, ses efforts lui coûtent, elle encaisse les épreuves comme elle le peut, elle n’est pas une « superwoman » … mais ses victoires sur l’adversité et sur elle-même n’en sont que plus belles, plus authentiques.

On s’identifie facilement à Puja, Arth a du aider bien des femmes à traverser ce genre de drame personnel. L’interprétation de Shabana Azmi est tout aussi splendide, à la fois fragile et forte, on ressent dans son regard, dans sa voix et sa gestuelle, toute une gamme de sentiments, d’émotions, alors même que son attitude reste mesurée, toute en retenue, en dignité. Mais lorsque son personnage perd la mesure sous l’effet de l’alcool et du désespoir, elle sait aussi être vindicative, crier, tout en étant extrêmement émouvante.

Chitra & Jagjit Singh signent trois jolies mélodies plutôt mélancoliques intégrées à l’histoire, il n’y a pas vraiment de clip. Arth ne dure que 2h20 et s’il est sorti en 1982, il étonne encore par sa modernité, même si l’image a un peu vieilli, l’éclairage surtout laissant à désirer (en tout cas sur mon DVD, même s’il est en principe "original"). Cela est amplement compensé par une sorte de plongée en apnée dans l’ambiance de l’Inde urbaine des années 70-80. Les appartements n’ont rien de bollywoodiens, même celui de la starlette (Kavita) qui se veut luxueux montre surtout un modernisme frigorifiant ; en revanche l’appartement de Puja reflète bien une certaine classe moyenne, et le foyer est criant de vérité avec ses murs brunâtres. Dans ces décors qui ressemblent si bien à la vraie vie, il y a des prises électriques en plein milieu du mur et des pièces si petites que les fauteuils en osier encombrent, ou bien pas ou très peu de meubles avant que la richesse n’arrive.

Les dernières productions de Mahesh Bhatt sont d’un intérêt très inégal, même si Gangster en 2006 a relevé la barre, on lui doit aussi le regrettable Duplicate, c’est vraiment dommage de gâcher un pareil talent. Pourtant, au début de sa carrière, le réalisateur faisait des films d’auteur, dans la veine de la "nouvelle vague" française dont Truffaut et Godard étaient les réalisateurs les plus renommés, y compris dans les écoles de cinéma en Inde. Arth est le plus connu de ses films de cette époque. Il semblerait aussi qu’il porte une immense admiration à Shabana Azmi, actrice phare du cinéma art & essai des années 70, engagée dans la lutte pour les droits des femmes et des minorités, membre du parlement, célèbre aussi pour sa liberté d’expression. Ce film fort et sensible semble construit tout exprès pour elle. Il fait partie de la liste des « 25 must see Bollywood Movie » d’IndiaTimes.

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