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Baabul

Traduction : Père

Bande originale

Bebasi Dard Ka Alam
Come On Come On
Come On Come On (Remix)
Keh Raha Hai
Har Manzar
Baawri Piya Ki
Gaa Re Mann
Kehta Hai Baabul
Baabul Bidaai Song
Har Manzar (Remix)
Vaada Raha

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La critique de Fantastikindia

Par Laurent - le 3 août 2010

Note :
(7/10)

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Balraj Kapoor (Amitabh Bachchan) et sa femme Shobhna (Hema Malini) forment un couple aisé et heureux… d’autant plus que leur fils Avinash (Salman Khan) vient de rentrer en Inde après sept années passées aux Etats-Unis, un événement qui se fête. Il s’éprend vite de la belle Malvika Talwar (Rani Mukherjee), et elle ne tarde pas à accepter de l’épouser, au grand dam de Rajat Varma (John Abraham), son meilleur ami, secrètement amoureux d’elle depuis longtemps. L’oncle paternel d’Avinash, Balwant (Om Puri) est lui aussi mécontent de ce mariage hâtif qui ne respecte pas la tradition à ses yeux. Tout cela n’empêche pas Malvika de vivre heureuse avec Avinash, à qui elle donne bientôt un fils. Un beau jour, cependant, un malheur s’abat sur la famille…

Ce résumé du début du film, qui peut paraître très conventionnel, en constitue en fait toute la première moitié : car ce mélodrame à l’ancienne, réalisé par le sexagénaire Ravi Chopra et produit par son père, le patriarche de Bollywood d’alors B.R. Chopra, a besoin de près d’une heure et demie pour présenter les nombreux personnages et les liens qui les unissent ou les séparent, une longue exposition classique, entrecoupée bien entendu de belles chansons soignées, que l’on retrouve dans les masala familiaux traditionnels, comme La Famille Indienne ou Mohabbatein, toutes proportions gardées. A l’instar de ce dernier, en effet, il faut attendre la moitié du métrage pour qu’un coup de théâtre (cela peut être un rebondissement comme une simple révélation) vienne rehausser voire, comme ici, complètement chambouler les enjeux affectifs de l’œuvre, l’émotion exacerbée étant bien entendu le moteur scénaristique principal de ce genre de cinéma très codifié. Dans le cas de Baabul, il est ainsi indispensable, si l’on veut parler du vrai sujet du film et de sa (relative) originalité, d’en dire un peu plus sur le fameux coup de théâtre central qui fait tout l’intérêt du long-métrage, et sur ses conséquences dans le second acte du film (autrement dit, les allergiques à tout SPOILER devraient peut-être arrêter leur lecture ici s’ils n’ont pas encore vu le film).

Le malheur qui arrive est simple : le personnage interprété par Salman Khan, qui partageait le rôle principal avec Rani Mukherjee jusqu’ici, est bêtement tué dans un accident. Rani se résout alors à une vie de veuve, son seul souci étant d’élever son fils mais, à sa grande stupeur, ses beaux-parents lui demandent de se remarier.

Là est donc le vrai sujet du film, le remariage des veuves. Car si le cruel dilemme auquel fait face l’héroïne (est-elle condamnée à rester veuve jusqu’à sa mort, est-ce dans son intérêt, ou bien peut-elle, voire doit-elle s’autoriser à se remarier ?) ne se poserait même pas, ou en tout cas de façon beaucoup plus anecdotique dans un film occidental, sa simple présence et la gravité extrême avec laquelle il est traité prouvent qu’il est encore un tabou chez certains hindouistes traditionnels. Si cela peut en rassurer certains, toutefois, la morale de Ravi Chopra est tout de même moins intransigeante ici, par exemple, que celle d’un réalisateur plus conservateur comme Suraj R. Barjatya dans Vivah, qui semblait d’avance connaître la réponse à la question morale que ses personnages se posaient, et même que son précédent film, le très beau Baghban, au dénouement sans pardon ni concession.

Cela ne veut pas dire cependant que Baabul est un film réaliste aux personnages naturels : bien au contraire, ces derniers sont pour la plupart des stéréotypes, incarnés par des acteurs de talent bien distribués, certes, mais dont les réactions paraissent parfois artificielles. Ce mélodrame-là, loin d’user de finesse et de non-dits pour émouvoir, utilise des ficelles épaisses comme des cordes de marine, et donnera aux spectateurs trop exigeants l’impression d’être pris en otage par un dispositif tire-larmes… Pourtant, bien que l’on ait conscience de l’artifice du film, on peut très bien aussi opter pour les critères plus modérés du spectateur de série B bollywoodienne, et se laisser manipuler par l’habile artisan qu’est le réalisateur, entre sourire amusé devant des scènes à l’emphase vraiment too much, et réelle émotion lors des séquences les plus réussies.

Car la réussite globale du film revient avant tout à ses acteurs : dans la première partie gaie, Salman est ainsi plutôt charmant pour une fois ; il y est moins drôle que dans les films où il pratique vraiment l’auto-dérison en jouant à fond la carte du playboy imbu de sa personne (Lucky : No Time For Love, Jaan-E-Mann), mais son alchimie avec Amitabh est vraiment rafraîchissante dans les scènes de complicité entre le père et le fils proches de la comédie, qui rappellent la relation entre Amitabh et Akshay Kumar dans Waqt : The Race Against Time, un beau film sorti juste l’année précédente. La manière typiquement bollywoodienne dont Salman fait la cour à Rani Mukherjee, en se faisant passer pour un homme modeste alors qu’il vient d’une famille aisée, est également plaisante. Toutefois, les deux véritables stars du film sont Rani et Amitabh Bachchan, deux valeurs sûres quand il s’agit de rendre crédible une histoire simple et bouleversante très "premier degré", qui ne s’embarrasse pas de demi-mesure.

Dommage par contre que le couple Amitabh-Hema Malini ne retrouve pas la magie de Baghban, dans lequel les deux acteurs vieillissants interprétaient, il est vrai (et rare à Bollywood), les rôles principaux. Quant à John Abraham, il n’a pas encore l’intensité qu’il aura un peu plus tard dans un film comme No Smoking, et sa prestation, peu mémorable, ne va guère au-delà de son image de "beau gosse". Enfin, Om Puri, sans être mauvais, paraît assez forcé dans son rôle d’oncle intransigeant ; le réalisateur avait d’ailleurs écrit le rôle à l’origine pour Amrish Puri, son cousin dans la vie apparemment, mais ce dernier est mort en 2005. Si l’on sait, en outre, que c’est Kajol qui devait incarner le personnage de Rani Mukherjee (encore un cousinage, décidément…), on se prend à rêver de ce qu’aurait été Baabul avec deux tempéraments de feu comme ceux-là, peut-être tout simplement le grand film qu’il n’est pas parvenu à devenir.

Malgré quelques défauts, et si l’on n’est pas trop regardant sur la finesse psychologique des personnages, Baabul est ainsi un film assez riche, drôle et divertissant dans sa première partie, et émouvant dans la seconde, avec une grande distribution, pour les rôles importants comme pour les plus secondaires. Si l’on apprécie les beaux mélodrames à l’ancienne qui prennent leur temps pour mieux suivre les aspirations et les respirations de leurs personnages, on passera un bon moment avec ce travail d’honnête artisan doublé d’un sujet qui sort un peu des sentiers balisés du cinéma commercial hindi, comme Baghban du même Ravi Chopra, qui était encore plus réussi.

A noter que le réalisateur produira par la suite Bhoothnath, toujours avec Amitabh Bachchan dans un rôle de patriarche, si l’on peut dire, un film qui, outre son caractère fantastique, possède aussi le côté "comédie dramatique" attachant des derniers films de Ravi Chopra.

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