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Biriyani


Bande originale

Biriyani
Nahna Na Nah
Pom Pom Penne
Mississippi
Run for your Life
Edhirthu Nil
Nahna Na Nah (New Jack Swing Mix)
Nahna Na Nah (Extended Dance Mix)

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La critique de Fantastikindia

Par Savoy1 - le 24 janvier 2014

Note :
(5/10)

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On pensait certains seuils atteints par le cinéma masala tamoul, ces derniers temps, avec des bandes comme Singam II. C’était sans compter sur Biriyani qui, aux ingrédients de la romance et du thriller, ajoute une bonne couche de comédie bien épaisse.

D’ailleurs, au départ, c’est en tant que comédie qu’on est censé s’être déplacé pour cette séance. Une accroche publicitaire, une affiche et quelques images, qui laissaient deviner les péripéties survenues à deux copains en virée, après une soirée bien arrosée, en quête du fameux plat titre. On s’attend à un film style Delhi Belly, version tamoule.

On a donc la bande d’amis aux caractères typés, les copines de drague, les discussions assez vaines, avachis sur le canapé. Le héros, d’ores et déjà maqué, se comporte pourtant en séducteur patenté, celui qui rameute les filles pour animer les soirées. Mais surtout, il a la particularité de casser systématiquement les approches esquissées par son meilleur copain en direction de la gent féminine, s’accaparant attention et coordonnées téléphoniques. Au cours d’une de ces réceptions, il est surpris par sa dulcinée dans les bras d’une amie trop entreprenante, et c’est le clash. Et c’est parti pour un premier acte centré sur les manœuvres de reconquête sentimentale, parasitées par l’acolyte, et les nombreuses filles qui ne cessent de croiser alentours.

C’est parfois léger, très souvent lourd. L’occasion pour notre duo de mâles de rivaliser dans un jeu d’acteur parfois outrancier. On pense à ces binômes de la comédie polissonne italienne des 70’s, grimaçant et se tirant la bourre, en quête ne serait-ce que d’un regard de la bombe féminine en titre. L’énorme différence étant que nos figures ritales n’étaient que des faire-valoir, des seconds rôles, bonshommes ingrats et libidineux destinés à être ridiculisés. Ici, le héros moustachu est bien l’élément central, il accapare toute l’attention, il est viril et malin. Et l’on sait pertinemment qu’il ne finira pas le nez dans la farine. Tout est question d’approche.
On n’en ressort pas moins aussi épuisé dans les deux cas, saoulé par la logorrhée incessante des personnages, et l’absence de répit imposée par un rythme en roue libre. On se doit de rire et faire rire, quitte à en laisser plus d’un sur le côté. On peut aussi avoir du mal à trouver sympathique le comportement de notre Roméo, enamouré repenti d’une scène, qui, l’instant d’après, piétine allègrement les plates-bandes de son ami. Revirements de caractérisation qui ne semblent là que pour faire tourner la machine.

Cela commence vraiment à devenir lassant, toutes ces intrigues de parade amoureuse ne proposant aucun approfondissement, ni social ni mélodramatique, qui ne sont là que pour remplir une heure de métrage. Engeance bâtarde du ciné Bollywood et de la rom-com US, qui ne fait guère honneur à l’industrie cinématographique.

Tout juste est-on abasourdi par ces pas de danse esquissés dans une rue populeuse, qui débouchent sur un superbe numéro musical sur fond de décors carton-pâte colorés. Reprenant toute une imagerie kitch que n’aurait pas désavoué le Gene Kelly d’Un Américain à Paris, les costumes froufroutant et une Tour Eiffel « so frenchie ».

On se prend alors à rêver à une véritable comédie musicale made in India. Les talents sont là, qu’attendent les producteurs ???

Oui, on est en pleine gaudriole, et la route qui doit mener au fameux biriyani se présente enfin (il était temps, serait-on tenté d’écrire). Ainsi qu’une call-girl qui appâte nos deux compères à la sortie du restoroute. Et les voilà embarqués pour un plan à trois alcoolisé, eh oui, plus que suggéré par une séquence musicale endiablée et clownesque dans une chambre de motel.

Le réveil n’en sera que plus rude, lorsqu’est découvert, dans le coffre de la voiture, le cadavre d’un homme politique soupçonné de magouille. Un personnage croisé quelques séquences plus tôt, en compagnie de son entourage, amorces parallèles coutumières du genre masala, qui ne révèlent leur importance qu’au moment de l’ « intermission ». Les caméras de l’hôtel montrent bel et bien notre héros aviné, titubant en compagnie de la personnalité : la police, débarquée sur les lieux, ne peut donc se méprendre. S’ensuit une bagarre spectaculaire, toute en mobiliers fracassés et verre brisé, que n’aurait pas désavouée le Jackie Chan de la grande époque de Police Story. Prélude à la fuite en avant des deux amis, face à une situation dont la gueule de bois leur interdit tout souvenir.

Et contre toute attente, le deuxième acte qui démarre, va quasiment abandonner toute velléité humoristique, pour bifurquer complaisamment vers le thriller pur et dur. Sur ce coup-là, l’auteur de ces lignes était loin de s’y attendre. Mais tant mieux, serait-il tenté d’ajouter, puisque vu la tournure que prenait le métrage, les rebondissements et twists à gogo qui s’enchaînent dès lors vont permettre de relancer l’intérêt du spectateur avide de cinoche d’action. Surtout si c’est réalisé avec professionnalisme.

Évidemment rien d’original, rien que du déjà-vu, mais l’entrée en scène d’une tueuse experte en arts martiaux, par exemple, fait toujours plaisir dans ce contexte. Les personnages de « méchants », entre le neveu intéressé du politicard, et le flic magouilleur de rigueur, ne sont pas en reste, ce qui permet à l’intrigue de suivre son cours sans faillir. On aura donc droit à de la baston en apesanteur, à un peu de poursuite automobile, et encore du revirement de situation… étonnant, non ?

Bon, soyons honnête, le film reste toujours aussi épuisant à suivre, et semble durer plus que de raison. Jusqu’à s’embrouiller dans notre esprit. Là encore, reviennent en mémoire certaines bandes survoltées issues d’une certaine école hong-kongaise. Trop, c’est trop. La coupe est pleine, et pourra dégoûter plus d’un curieux non averti, qui serait venu là découvrir une « comédie » tamoule. Sûr que le visionnage de The Lunchbox, la même semaine, sera d’évidence un efficace contrepoison à ce genre de spectacle pour boulimique !

Biriyani fait par ailleurs partie de ce courant contemporain d’œuvres conscientes de la planète cinéma, tant du point de vue mondial, que de celui des codes locaux. Ici, extrait et références à la trilogie Very bad trip / The Hangover, qui font dire aux protagonistes que ce genre de situation n’est guère plausible, que ce ne peut être que de la fiction, notre film ne tardant pas à y plonger allègrement. Là, un personnage fixant la caméra pour déclarer venu le moment de l’intermède chanté, ou un troisième rôle réclamant son instant de gloire dans la baston qui s’annonce. Mise en abyme et clins d’œil, quand vous nous prenez par la main…

Restent l’abattage et les aptitudes physiques de Karthi, artiste pour le moins complet. Secondé il est vrai par un tout aussi sympathique Premji, qui pourrait n’être que simple remorque. Quelques semaines après All in All, Azhaguraja, la mécanique de l’acteur se dévoile pleinement, personnalité écrasant tout sur son passage (il n’est certes pas le seul sur ce créneau), qui semble ne tenir le coup que grâce à un emballement sans limites. Attention dès lors à ne pas exploser en vol, sous les rires et vivats des familles devant l’écran.


Bande-annonce

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