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Bollywood en chansons : 1995-1999

Publié jeudi 7 décembre 2017
Dernière modification lundi 11 septembre 2017
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Par Mel

Dossier Bollywood en chansons
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Dilwale Dulhania Le Jayenge


Année : 1995
Réalisation : Aditya Chopra
Avec : Shah Rukh Khan, Kajol, Anupam Kher, Amrish Puri et Farida Jalal
Box Office : n°1 , All Time Blockbuster

Le film : On peut encore voir Dilwale Dulhania Le Jayenge (« L’homme de cœur emmènera la mariée », titre tiré d’une chanson de Chor Machaye Shor sorti en 1974) tous les jours au Maratha Mandir de Bombay. La belle salle présente le film en matinée sans discontinuer depuis sa sortie, il y a maintenant près de 22 ans. Ce n’est pas un record mondial (The Rocky Horror Picture Show est encore à l’affiche à Paris par exemple) mais cette durée exceptionnelle montre l’attachement du public indien à une comédie romantique qui a marqué son temps.

Elle raconte l’histoire de deux jeunes NRI (Non Resident Indian, des émigrés indiens) londoniens, Raj (Shah Rukh Khan) et Simran (Kajol), qui se rencontrent par hasard lors de vacances en Europe. Il a échoué à ses examens et part voir du pays avant de rejoindre les bureaux de son père (Anupam Kher). Elle s’offre un voyage de découverte avant d’aller se marier au Pendjab avec l’inconnu que ses parents (Amrish Puri et Farida Jalal) lui ont trouvé. Ils tombent amoureux l’un de l’autre mais déjà vient le moment de la séparation.
Simran part avec sa famille en Inde pour ses noces. Raj la suit en secret. Il ambitionne d’obtenir sa main de son père autoritaire pétri de traditions…

Dilwale Dulhania Le Jayenge utilise des ingrédients souvent vus. Les vertes vallées suisses étaient ainsi devenues une spécialité de Yash Chopra, le père du réalisateur Aditya Chopra. Une petite statue a d’ailleurs été érigée en son honneur à Interlaken non loin des lieux de tournage du film. Le triomphe de l’amour est une constante depuis que des films sont produits en Inde (et ailleurs). L’abdication d’un patriarche qui fini par reconnaître à sa fille le droit de vivre sa vie est moins fréquente mais est loin d’être exceptionnelle. La recette est connue mais sa mise en œuvre parfaite est bien plus rare. C’est justement ce qu’à réussi Aditya Chopra, aidé en cela par un couple magique à la complicité évidente. Shah Rukh Khan-Kajol sont entrés au panthéon du cinéma indien avec ce film devenu culte en grande partie grâce à eux.

La chanson : Ho Gaya Hai Tujhko de Jatin-Lalit et Anand Bakshi
Les vacances sont finies. Raj et Simran se quittent sur le quai de la gare King’s Cross à Londres. Elle l’a invité à son mariage, il a répondu d’un air mystérieux qu’il ne s’y rendrait pas. Tandis qu’elle rentre chez elle, elle se remémore la Suisse et se rend compte qu’elle l’aime…

Ho Gaya Hai Tujhko chantée par Lata Mangeshkar et Udit Narayan


Raja Hindustani


Année : 1996
Réalisation : Dharmesh Darshan
Avec : Aamir Khan, Karisma Kapoor, Suresh Oberoi et Johnny Lever
Box Office : n°1 , All Time Blockbuster

Le film : Pour son second film, Dharmesh Darshan s’est inspiré de Jab Jab Phool Khile, une comédie romantique de 1965 avec Shashi Kapoor et la merveilleuse Nanda en tête d’affiche. Il en a repris la trame de départ : au cours d’un voyage lointain, une jeune et riche citadine s’éprend d’un jeune villageois modeste et orphelin. Naturellement, la famille de la jeune femme est hostile à cette union. Lui-même comprend qu’il ne peut être accepté par un monde si lointain du sien. Les tourtereaux arriveront-ils à briser les barrières sociales ?

Raja Hindustani est une version aux stéroïdes de cette histoire. Le héros (Aamir Khan) ne s’appelle pas seulement Raja (« Roi ») mais Raja Hindustani (« Roi Indien »). La belle héritière Aarti (Karisma Kapoor) transgresse la consigne paternelle (Suresh Oberoi) et épouse Raja. Elle a même un enfant avec lui, ce qui était difficilement concevable en 1965.
L’obstacle de la différence de statut social ne suffit pas en 1996. Aarti est orpheline de mère et sa belle-mère Shalini complote pour lui voler son héritage. Les deux amoureux doivent donc en plus affronter les manigances de Shalini qui ne visent qu’à les séparer. Elle finit même par y parvenir en utilisant la fierté exacerbée de Raja…

Le film peut paraître daté à cause du sur-jeu de certains personnages comme celui de Shalini (Archana Puran Singh qui interprète Miss Breganza dans Kuch Kuch Hota Hai) et des numéros « comiques » irritants du trio emmené par Johnny Lever. Le cinéma indien avait toujours fait appel à des comiques comme Charlie dans les années 1930, V.H. Desai dans les années 1940, Johnny Walker pendant l’âge d’or de Bollywood ou Mehmood dans les années 1960. Mais ils étaient déjà nettement en perte de vitesse à partir de la fin des années 1980. Dans les années 1990, Johnny Lever tenait un flambeau qui vacillait de plus en plus…
De même, les acteurs indiens ont toujours un peu sur-joué, mais cette tendance s’est nettement accentuée à partir de la fin des années 1980. Ici, comme dans Beta par exemple, le jeu de certains est tellement excessif qu’il en devient ridicule.

Heureusement pour Raja Hindustani, Karisma Kapoor est parfaitement en place. Elle est jolie comme un cœur et son interprétation est particulièrement juste. Elle obtiendra un Filmfare Award très mérité pour sa performance. Par ailleurs, le film a été un immense succès, peut-être grâce à Aamir Khan qui transformait déjà à l’époque tout ce qu’il touchait en or.

La chanson : Tere Ishq Mein Nachenge de Nadeem-Shravan et Sameer
L’infâme frère de la belle-mère d’Aarti a bien jugé Raja. Il a compris que la moindre égratignure à sa amour-propre pouvait le faire sortir de ses gonds. Il conçoit donc le plan machiavélique de demander à Aarti de lui faire porter un costume à la place de ses vêtements traditionnels à l’occasion de sa grande fête d’anniversaire. Il ne restera plus ensuite qu’à lui faire croire qu’Aarti lui a fait l’aumône de ses vêtements parce qu’elle a honte de lui. La machination se déroule comme prévue. Les danseurs appointées pour la soirée arrivent, Raja se met à boire et fait un scandale.
Aarti voit son mariage s’effondrer sans comprendre. Son père, qui avait fini par accepter Raja comme son gendre, se doit de protéger sa fille adorée et se prépare à agir.

Tere Ishq Mein Nachenge chantée par Kumar Sanu, Alisha Chinai et Sapna Mukherjee


Dil To Pagal Hai


Année : 1997
Réalisation : Yash Chopra
Avec : Shah Rukh Khan, Madhuri Dixit, Karisma Kapoor et Akshay Kumar
Box Office : n°2 , Super Hit

Le film : Yash Chopra s’était retiré de la réalisation depuis quatre ans lorsqu’il se lance dans Dil To Pagal Hai (« Le cœur est fou »), une variation épurée sur l’amour dont le seul obstacle est le cœur des protagonistes. Traditionnellement, les amoureux sont en butte aux conventions, à des personnages malfaisants où même empêchés de s’aimer par les circonstances comme la mort ou la maladie.

Ici rien de tout cela. Rahul (Shah Rukh Khan) prépare Maya, sa nouvelle comédie musicale. Nisha (Karisma Kapoor), sa danseuse vedette secrètement amoureuse de lui, doit incarner le rôle titre mais se casse la jambe. Rahul choisi alors Pooja (Madhuri Dixit), une jeune femme qu’il a rencontré par hasard. Ils tombent amoureux l’un de l’autre mais Pooja est déjà promise à Ajay (Akshay Kumar), un ami d’enfance reparti pour Londres. Pooja renoncera-t-elle à Ajay ? Nisha parviendra-t-elle à séduire Rahul ?

Ce grand succès de 1997 surprend par sa modernité de son propos. Les familles des protagonistes sont (presque) absentes et les conventions n’interfèrent en aucune façons dans leurs relations amoureuses. Dil To Pagal Hai fait souffler un vent de fraîcheur en racontant une jeunesse indépendante qui a jeté la tradition aux oubliettes.

La chanson : Le Gayi de Uttam Singh et Anand Bakshi
Le Gayi est la chanson d’ouverture du film. Nisha l’interprète et Rahul, le chef de la troupe, tarde à entrer en scène.

Shahid Kapoor fait sa toute première apparition à l’écran comme danseur dans un des tableaux de cette chanson. Il est dans la troisième rangée, à gauche derrière Karisma Kapoor, mais il faut reconnaître qu’il est difficile d’apercevoir le tout jeune homme.

Le Gayi chantée par Asha Bhosle et Udit Narayan


Ghulam


Année : 1998
Réalisation : Vikram Bhatt
Avec : Aamir Khan, Rani Mukherjee, Deepak Tijori et Sharat Saxena
Box Office : n°8 , Above Average

Le film : Même dans les années 1990, Bollywood ne présente pas que de douces comédies romantiques dans des décors immaculés. Ainsi, Ghulam (« Esclave ») s’inspire de Sur les quais d’Elia Kazan pour raconter l’histoire de Siddharth (Aamir Khan), une petite frappe boxeur à ses heures, qui se révolte contre un parrain local (Sharat Saxena) qui tient en coupe réglée un quartier pauvre de Bombay.

Si l’honneur est l’objet du film, il présente aussi une historiette d’amour entre Siddharth le voyou, et Alisha (Rani Mukherjee) la fille de famille qui se pique de rebellion en menant une équipe de bikers au demeurant plutôt sages. Ghulam est le premier film hindi de la jeune femme, cousine de Kajol. Pour la seule fois de sa carrière, elle est doublée ce qui nous empêche d’entendre sa voix admirable. Malheureusement à cette époque dans le cinéma de Bombay, les rôles féminins sont secondaires, et Alisha n’est qu’un ravissant faire-valoir.

La violence au cinéma qui avait explosé dans les années 1980, s’était un peu perdue de vue dans la décennie suivante. Ghulam va a contre-courant en faisant beaucoup couler le colorant rouge. Le choix d’un certain réalisme qui s’oppose à une tendance à la mièvrerie en cette fin des années 1990, convient très bien à un Aamir Khan comme toujours très investi. Il réalise d’ailleurs lui-même une cascade particulièrement dangereuse qui lui vaudra le Filmfare Award de la meilleure scène. On peut juste regretter qu’elle soit si mal filmée qu’on ne réalise pas qu’il n’y a pas de trucage.

La chanson : Aati Kya Khandala de Jatin-Lalit et Nitin Raikwar
Siddharth a escaladé par l’extérieur les 22 étages de l’immeuble d’Alisha pour récupérer son blouson abandonné lors d’une intervention de la police. Un premier moment d’émoi passé, ils discutent gentiment lorsque le père de la jeune femme rentre saoul au bras d’une conquête d’un soir. Le ton montre rapidement et il finit par gifler sa fille. Le cœur gros, Alisha quitte la maison suivie par Siddharth qui cherche à lui remonter le moral.

Aamir Khan chante lui-même cette chanson si célèbre que Rani Mukherjee a un temps été surnommée la Khandala girl. Le Khandala vanté ici est un lieu de villégiature dans les collines du Maharashtra, à environ 100 km au sud-est de Bombay.

On pourra remarquer que la version de cette chanson dans Sudhandhiram, le remake tamoul de Ghulam où Sharat Saxena reprend son rôle, plagie sans vergogne Ek Ladki Bhigi Bhagi Si tiré de Chalti Ka Naam Gaadi sorti en 1958. La copie indue n’est pas l’exclusivité de Bollywood…

Aati Kya Khandala chantée par Aamir Khan et Alka Yagnik


Hum Dil De Chuke Sanam


Année : 1999
Réalisation : Sanjay Leela Bhansali
Avec : Aishwarya Rai, Salman Khan, Ajay Devgan et Zohra Sehgal
Box Office : n°3 , Semi Hit

Le film : Sanjay Leela Bhansali fait partie de ces réalisateurs indiens qui confondent romantisme et guimauve. Mais la guimauve, c’est aussi un délice, surtout quand elle est bien présentée. Or dans Hum Dil De Chuke Sanam (« Chérie, j’ai déjà donné mon cœur »), il s’est surpassé avec une direction artistique de tout premier ordre et des images par moments à couper le souffle. Elles n’ont guère d’égales que celles de Mughal-E-Azam ou de Pakeezah, deux œuvres majeures qui ont réussi à franchir la barrière du temps justement grâce à leur beauté formelle. Il invente ici un genre original basé sur la magie visuelle qu’il reprendra avec succès par exemple dans Devdas deux ans plus tard.

Le film raconte l’histoire de Sameer (Salman Khan), un apprenti-chanteur qui est invité à loger chez Pandit Darbar, un chanteur classique indien renommé, pour étudier la musique. Là, il rencontre Nandini (Aishwarya Rai), la fille du maître. Les deux jeunes ne tardent pas à tomber amoureux l’un de l’autre, mais Pandit Darbar avait d’autres plans pour sa fille. Il voulait la marier avec Vanraj (Ajay Devgan) que Nandini avait subjugué à l’occasion des noces de sa cousine Anu.
Lorsqu’il comprend la nature de la relation entre Sameer et Nandini, Pandit Darbar chasse le jeune homme et force sa fille à épouser Vanraj. Ce dernier est au désespoir de voir sa femme se refuser à lui. Homme d’honneur, il se décide à agir…

L’histoire est assez faible même si certains lui ont trouvé une ressemblance avec Na Hanyate, une nouvelle autobiographique de l’auteure bengalie Maitreyi Devi qui décrit ses amours avec le philosophe roumain Mircea Eliade. Les personnages sont peu attachants et Salman Khan sur-joue comme à son habitude. Mais Ajay Devgan est étonnamment juste et Aishwarya Rai est formidable en plus d’être une femme extrêmement belle.

La chanson : Nimbooda de Ismail Darbar et Mehboob
Nandini danse une chanson à l’occasion du mariage de sa cousine Anu. Vanraj, qui est invité à la noce, vient assister au spectacle avec sa sœur. Celle-ci ne cesse de lui vanter les mérites de la fille du maître de maison…

Les paroles méritent quelques explications car elle sont probablement obscures pour un spectateur occidental. En hindi, « nimboo » est un citron. « nimbooda » est le diminutif qu’on donne à ce fruit. Ce concept n’existe pas en français ce qui fait que le titre de la chanson est intraduisible. Si on veut s’y risquer, « pt’it citron » ou « citronette » est peut-être ce qui s’en rapproche le plus.
En Asie et notamment en Inde, le citron est utilisé pour se délivrer du mauvais œil. On dit qu’il aspire les « mauvaises ondes » et qu’en le déposant à la croisée de quatre routes, elles partiront. Mais le mauvais œil dont parle la chanson n’est pas un méchant sort jeté par une vilaine sorcière. Il s’agit de la mauvaise influence qu’ont les amoureux l’un envers l’autre et qui fait qu’ils se querellent. Le citron n’a ici comme objectif que d’apaiser les tensions entre Nandini et Sameer.
Par ailleurs dans le film, Nandini compare souvent Sameer à un citron. La chanson fait donc aussi référence au personnage joué par Salman Khan.

Nimbooda a fait l’objet d’une sérieuse controverse de droits d’auteur. Sanjay Leela Bhansali souhaitait une tonalité rajasthanie qui se marie avec les décors et les costumes. Au lieu d’écrire un morceau original, Ismail Darbar s’est contenté d’adapter et réarranger une chanson folklorique du Rajasthan interprétée depuis des lustres par les chanteurs itinérants du « pays des rois ». Le succès du film a été important et l’interprétation de Kavita Krishnamurthy a marqué les esprits, ce qui fait que les chanteurs locaux se sont sentis dépossédés d’une chanson qu’ils considéraient comme faisant partie de leur patrimoine.

Nimbooda chantée par Kavita Krishnamurthy pour Aishwarya Rai

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