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Bollywood en chansons : 2010-2014

Publié jeudi 28 décembre 2017
Dernière modification mercredi 20 septembre 2017
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Par Mel

Dossier Bollywood en chansons
◀ Bollywood en chansons : 2005-2009

Dabangg


Année : 2010
Réalisation : Abhinav Kashyap
Avec : Salman Khan, Arbaaz Khan, Sonakshi Sinha et Sonu Sood
Box Office : n°1 , Blockbuster

Le film : Au début des années 2000, Abhinav avait partagé avec son grand-frère Anurag Kashyap les années de vaches maigres et la désillusion de voir Paanch, où il jouait un petit rôle, interdit de diffusion. En 2008, après quelques dialogues et scénarios pour le cinéma, il rencontre Arbaaz Khan, le petit frère de Salman, afin de lui proposer un petit rôle dans un film qu’il vient d’écrire et qu’il voudrait réaliser. Arbaaz est emballé. Il décide de le produire lui-même et l’aide à convaincre son grand-frère d’en être l’acteur principal. Chulbul Pandey, le héros charismatique de Dabangg (« Intrépide ») était né.

Plus qu’un film, Dabangg est un festival à la gloire de Salman Khan, sa vedette masculine. Chulbul Pandey (Salman Khan) est un policier tout à la fois intrépide, corrompu, héroïque, invincible et au cœur pur. Il roule des mécaniques et lâche des coups de poings de mammouth sur les méchants comme personne, mais il cache une blessure qui remonte à l’enfance, lorsque sa mère (Dimple Kapadia) s’est remariée avec Prajapati Pandey (Vinod Khanna). Il le méprisait et lui préférait son demi-frère Makkhi (Arbaaz Khan). Le temps a passé, mais les relations entre le fils et le beau-père ne se sont pas arrangées.

Chulbul en vient à s’opposer à Chedi Singh (Sonu Sood) un politicien chef de gang qui ne rêve que de pouvoir et d’argent. Pour compliquer l’affaire, son frère le vole et son beau-père se met en cheville avec le bandit pour gagner de l’argent. L’embrouille arrive à son paroxysme quand Chedi Singh tue la mère de Chulbul. Il va devoir dénouer l’écheveau et faire rendre gorge (littéralement) à la crapule tout en faisant sa cour puis épousant Rajjo (Sonakshi Sinha) rencontrée pendant une intervention musclée (forcément)…

Dabangg est un masala d’action excessif à tous points de vue mais qui va comme un gant au sur-jeu permanent de Salman Khan. Celui qu’on appelait déjà affectueusement Bhai (« Frère » au sens large) en devient incontournable dans le paysage de Bollywood. Le film a un tel impact qu’il propulse également la carrière de Sonakshi Sinha, la fille de Shatrughan Sinha, qui obtient même un Filmfare Award alors qu’elle n’a qu’un rôle décoratif.
Malheureusement pour lui, Abhinav Kashyap se brouille avec les Khan et ce n’est pas lui qui réalise le second volet des aventures de Chulbul Pandey.

La chanson : Munni Badnaam Hui de Lalit Pandit
De nombreux consommateurs se sont empoisonnés avec l’alcool frelaté produit par la distillerie de Chedi Singh. Chulbul Pandey et ses hommes viennent faire chanter le voyou pendant qu’il se divertit dans le « quartier rouge ».

Inspiré par Larka Badnaam Hua, un qawwalî tiré d’un film pakistanais de 1992, cet item-number chorégraphié par Farah Khan a contribué, s’il en était besoin, à la popularité du film. Il nous présente Munni sous les traits de Malaika Arora, alors l’épouse d’Arbaaz Khan, qui joue les courtisanes de cinéma. Elle fait plusieurs références à Bollywood en citant par exemple Kareena Kapoor (surnommée « Bebo ») ou Saif Ali Khan (« Saifu ») pour bien rappeler dans quel univers fantasmé se situe la chanson. Mi-danseuse, mi-prostituée, Munni n’hésite pas à se comparer à du Zandu, un baume apaisant normalement utilisé pour les pieds, mais qui peut avoir d’autres usages bien moins conventionnels.

La célébrité de Munni n’a d’égale que celle de Sheila de Sheila Ki Jawani dans Tees Maar Khan, sorti la même année et également chorégraphié par Farah Khan. Cette dernière donnera d’ailleurs une suite à Munni Badnaam Hui avec Fevicol Se dans Dabangg2. Kareena Kapoor jouera elle aussi pour l’occasion la tawaif d’opérette.

Munni Badnaam Hui chantée par Mamta Sharma et Aishwarya Nigam


Bodyguard


Année : 2011
Réalisation : Siddique
Avec : Salman Khan, Kareena Kapoor, Raj Babbar et Hazel Keech
Box Office : n°1 , Blockbuster

Le film : Depuis 2010, Salman Khan est incontestablement le roi du box-office. Tous ses films sont des événements qui précipitent les spectateurs en masse dans les salles obscures. Ainsi Dabangg en 2010, Bodyguard en 2011 ou Ek Tha Tiger en 2012, sont autant de n°1 dans les listes des revenus générés par le cinéma, la seule chose qui compte en Inde. « Sallu » incarne pourtant toujours le même personnage de redresseur de tords surpuissant doublé d’un petit garçon timide au cœur fragile lorsqu’il s’agit de compter fleurette, mais le public en redemande et les producteurs s’exécutent ; qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

C’est exactement la situation de Bodyguard (« Garde du corps »). Siddique avait écrit et réalisé ce masala d’action en malayalam en 2010. La succès n’a pas été formidable mais il a eu la bonne idée de « l’améliorer » pour d’autres marchés indiens. Il a ainsi réalisé la version tamoule avec Vijay dans le rôle titre, et donc en hindi avec Salman, mais il a laissé le soin à d’autres de se positionner derrière la caméra pour les versions telugu et kannada. Si elles sont toutes très proches, seul Salman a réussi la transformation du plomb en or.

Six versions avec les plus grandes vedettes locales en tête d’affiche, en incluant le film produit au Bengladesh, et pourtant, l’histoire manque un peu de corps : Lovely Singh (Salman Khan) est un bodyguard très efficace assigné à Divya (Kareena Kapoor), la fille d’un politicien (Raj Babar). Irritée d’être suivie partout par son ange-gardien, Divya lui fait croire qu’une fille s’intéresse à lui lors un canular téléphonique. Le benêt court mais l’amour, le drame et les méchants ne sont jamais bien loin…

La chanson : Bodyguard de Himesh Reshammiya et Shabbir Ahmed
Bodyguard introduit le personnage de Lovely Singh, le garde du corps héros du film…

Cette chanson fait un clin d’œil à Shera (de son vrai nom Gurmeet Singh), le garde du corps personnel de Salman Khan. C’est le colosse barbu derrière son patron et que Katrina Kaif appelle affectueusement Bauji (papa).

Bodyguard chantée par Band of Power et Salman Khan


Rowdy Rathore


Année : 2012
Réalisation : Prabhu Deva
Avec : Akshay Kumar, Sonakshi Sinha, Nasser et Supreeth Reddy
Box Office : n°3 , Blockbuster

Le film : Salman Khan n’est pas le seul acteur de Bollywood à profiter de la popularité des masala d’action dérivés du cinéma du Sud. Ajay Devgan avait eu la bonne idée d’incarner Bajirao Singham en 2011 et Akshay Kumar obtient son plus grand succès personnel l’année suivante avec Rowdy Rathore. Le film avait déjà été refait trois fois en Inde et une fois au Bangladesh depuis une première version en telugu qui remonte à 2006.

L’histoire est difficile à résumer, non parce qu’elle regorge de circonvolutions alambiquées, mais parce qu’elle défie totalement la logique. Comme souvent, elle ne vise qu’à mettre le personnage principal (Akshay Kumar) dans des situations connues que le public adore. Il y a donc en vrac les bagarres d’anthologie avec une multitude de costaux qui se précipitent sur le héros à tour de rôle, la cour timide d’une belle écervelée (Sonakshi Sinha), le bourru qui fond pour une enfant qui ne s’en laisse pas compter, l’opposition avec un don (Nasser) charismatique, les voitures qui explosent en sautant en l’air, et bien sûr, le combat atomique contre le « boss de fin de plateau » ici incarné par un Supreeth Reddy génial. Le tout est entrecoupé de chansons entraînantes et de danses de groupe qui constituent autant de respirations avant de repartir à l’attaque. L’humour est présent grâce à un personnage comique stéréotypé. Mais en ces années 2010, c’est surtout l’autodérision de la vedette principale qui imprime un franc sourire sur le visage des spectateurs.

La recette est plaisante et Prabhu Deva, anciennement danseur, chorégraphe et accessoirement acteur, l’applique à merveille. Les innovations ne sont faites qu’à la marge mais c’est est justement ce qu’on attend de lui. Akshay Kumar qui avait commencé sa carrière dans les films d’action décérébrés vingt ans auparavant montre qu’il tient encore parfaitement la route à 44 ans. Mieux-même, il se bonifie.

La chanson : Chinta Ta Ta Chita Chita de Sajid-Wajid et Sameer
Après avoir dépouillé les habitants du quartier, Shiva et 2G (Paresh Ganatra) se sont partagés le butin. Shiva chante alors une chanson où il voit Paro (Sonakshi Sinha) pour la première fois.

Chinta Ta Ta Chita Chita est un peu la chanson emblématique de Rowdy Rathore car elle se retrouve sous une forme ou une autre dans les six autres versions du film. Sajid-Wajid n’en sont donc pas les auteurs, ce qu’ils ont d’ailleurs admis. On la doit en fait probablement à M. M. Keeravani qui a signé la musique de la première version du film. Le gimmick avec les mains ou le gag de la crise cardiaque du gros homme ne sont pas plus de Prabhu Deva. Par contre, il est certainement possible de le créditer pour l’invitation de plusieurs artistes sur la chanson. Il apparaît ainsi accompagné de Vijay, de Kareena Kapoor et même de le chanteuse Sophie Choudry qui arpente le podium.

Chinta Ta Ta Chita Chita chantée par Mika Singh pour Akshay Kumar


Yeh Jawaani Hai Deewani


Année : 2013
Réalisation : Ayan Mukherjee
Avec : Deepika Padukone, Ranbir Kapoor, Kalki Koechlin et Aditya Roy Kapur
Box Office : n°4 , Blockbuster

Le film : Quatre amis d’enfance, Bunny (Ranbir Kapoor), Naina (Deepika Padukone), Aditi (Kalki Koechlin) et Avi (Aditya Roy Kapur), se retrouvent pour un trek dans l’Himalaya. Ils sont jeunes, de la classe moyenne aisée et à l’aube de se lancer dans le grand bain de la vie adulte. En attendant, ils se cherchent un peu. Bunny rêve de partir voir le monde, Naina poursuit des études médecine tellement prenantes qu’elles l’étouffent, Aditi se voit un peu en artiste tandis qu’Avi ne cherche que les plaisirs simples comme l’alcool, les filles ou le jeu.

La « polarde » qui n’a jamais levé le nez de ses livres de classe, découvre l’amour en Bunny. Il n’est pas indifférent mais il a d’autres plans puisqu’il doit partir faire des études à Chicago à l’issue du trek. Aditi en pince aussi pour lui mais il est trop tard, il va s’en aller. Avi de son côté regrette déjà son meilleur ami. Se reverront-ils ?

Ce court résumé de la première partie de Yeh Jawaani Hai Deewani (« Cette jeunesse est folle ») dont le titre est celui d’une chanson de Jawani Diwani, parait probablement bien fade, mais cette comédie romantique réalisée par un cousin de Kajol a constitué le succès surprise de 2013, dépassant même de grosses productions tape-à-l’œil telles que Krrish 3 ou Race 2. Elle le doit certainement à un couple vedette extrêmement attachant. Ranbir Kapoor est magique alors que Deepika Padukone toujours aussi belle vole la lumière comme rarement.

La romance au cinéma s’inscrit traditionnellement presque exclusivement dans la perspective d’un renforcement des valeurs familiales telles que le respect dû aux anciens ou la nécessité d’avoir des enfants. Yeh Jawaani Hai Deewani ne déroge pas à la règle mais nous montre une évolution très importante de la société indienne. À première vue, les jeunes qui nous sont présentés pourraient être de n’importe-où sur terre. Ils vivent dans un confort moderne, parlent un hindi mâtiné d’anglais et ont des ambitions que pourraient très bien partager des Français du même âge. Bollywood nous décrivaient auparavant ces personnages à l’étranger, en Australie ou aux États-Unis par exemple, ou vivant dans un luxe invraisemblable déconnecté des réalités. Ici, ils sont résolument indiens, vivant en Inde, mais aussi dans un monde qui nous est très proche. Cette Inde mondialisée n’est pas frileuse, elle accompagne le changement sans pour autant renoncer à son héritage culturel millénaire.

La chanson : Badtameez Dil de Pritam et Amitabh Bhattacharya
Huit années ont passé depuis le trek au cours desquelles Bunny n’est pas revenu en Inde. Aditi se marie et a invité ses trois amis à la fête. Naina et Avi sont là bien sûr, mais Bunny n’a pas donné signe de vie. Et puis…

Les paroles de cette chanson évoquent les voyages innombrables de Bunny pendant les huit années qu’il a passé loin de Naina et des ses amis. Le débit extrêmement rapide constitue un défit au sous-titrage. Mais puisque j’arrive à la fin de cette série, qu’il me soit donné de remercier mon ami Salim pour son aide inestimable, aussi bien dans des traductions de paroles de chansons que pour le choix de certains films. Et pour Badtameez Dil en particulier, c’est à lui que nous devons certains raccourcis indispensables à la lecture.

Badtameez Dil chantée par Benny Dayal et Shefali Alvares


PK


Année : 2014
Réalisation : Rajkumar Hirani
Avec : Aamir Khan, Anushka Sharma, Sanjay Dutt et Saurabh Shukla
Box Office : n°1 , All Time Blockbuster

Le film : Rajkumar Hirani, le réalisateur, et Vidhu Vinod Chopra, son producteur, pouvaient être fiers de leur quatrième collaboration. PK (« Saoul » ou « Ivre », acronyme créé à partir de Peena Kay raccourci en Peekay qui signifie littéralement « A bu ») fut non seulement un succès commercial retentissant mais leur a valu aussi un grand nombre de prix. Comme 3 Idiots, ils s’attaquent à un problème sociétal sur un ton doux-amer en offrant à Aamir Khan un one-man show irrésistible.

Il joue le rôle d’un extraterrestre débarqué sur terre pour étudier notre planète. Dès son arrivée, un gredin lui vole sa « télécommande » qui lui permet de communiquer avec les siens. Coincé seul et dans l’incapacité de demander une évacuation, il doit s’acclimater à notre vie, à commencer par trouver des vêtements et apprendre de la langue des humains. Mais les coutumes terrestres lui paraissent bien obscures et il en vient à croire que le seul moyen de récupérer sa « télécommande » consiste à s’en remettre à Dieu.

Il étudie alors de nombreux cultes mais sans succès. Et puis un jour, il découvre que Tapasvi (Saurabh Shukla), un homme de Dieu plus vrai que nature, détient sa « télécommande » qu’il prétend être un cadeau divin personnel et bien sûr refuse de la lui rendre. C’est alors que celui qu’on appelle P.K. à cause de son comportement étrange, rencontre Jaggu (Anushka Sharma), une journaliste de télévision qui voit en lui une « bonne histoire » avant de proposer de l’aider à retourner sur sa planète…

Comme toujours dans le cinéma grand-public, PK mélange les genres. Il ajoute de l’humour et de la romance à une dénonciation en bonne et due forme. On pourrait croire qu’il exagère, mais la condamnation pour viol de Gurmeet Ram Rahim Singh, un gouru qui revendique des dizaines de millions d’adeptes, la semaine même où ces lignes sont écrites, montre que la réalité est parfois bien pire que la fiction.

La chanson : Love Is a Waste of Time de Shantanu Moitra et Amitabh Varma
Le show télévisé de Jaggu contre les abus de la religion est un grand succès mais son père, lui-même un dévot de Tapasvi, vient de lui envoyer un texto lui disant qu’elle lui fait honte. Elle en est grandement affectée et pour lui remonter le moral, P.K. lui montre sa technique et en vient à chanter une petite chanson…

P.K. parle avec un fort accent bhojpuri. Dans le même esprit, Sonu Nigam et Shreya Ghoshal, les deux interprètes de la chanson, déforment volontairement les courts passages en anglais de Love Is a Waste of Time.

Love is a Waste of Time chantée par Sonu Nigam et Shreya Ghoshal

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