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Cinémas marathi et malayalam : aux sources du cinéma indien

Publié lundi 14 septembre 2009
Dernière modification dimanche 20 septembre 2009
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Par Maya

Dossier L’Eté indien 2009 : Cinémas marathi et malayalam
◀ Les films de L’Eté indien 2009 au Musée Guimet
▶ Interview de Martine Armand et Hubert Laot

En introduction de L’Eté indien 2009, consacré aux cinémas marathi et malayalam, Martine Armand explique lors de sa conférence du 9 septembre, ce qui rend ces cinémas à la fois emblématiques du cinéma indien, et originaux. Il s’agit d’un véritable voyage aux sources du cinéma indien.

Martine Armand et Hubert Laot, organisateurs de L'été Indien au Musée Guimet

La naissance du cinéma en Inde

En 1896, les frères Lumière sont en Inde pour promouvoir leur cinématographe. Le premier public est composé d’Anglais et de Parsis propriétaires de théâtres, qui voient vite l’intérêt de ce nouveau moyen d’expression. Très vite, des séances de cinéma sont organisées en plein air ou dans les théâtres, avec des films européens, esentiellement des documentaires sur la mort de la reine Victoria, la révolte des Boers, des courses de chevaux, des corridas, la vie du Christ… En 1911, Dadasaheb Phalke, photographe du Maharashtra, assiste à sa première séance de cinéma et c’est le coup de foudre ! Il part en Angleterre, achète une caméra, et revient tourner en Inde, en 1913 : Raja Harishchandra est le premier film indien, et c’est un film marathi.

Raja Harischandra, 1er film indien

Le cinéma marathi

Il faut préciser que le Maharashtra a pour capitale actuelle Mumbai, mais pour capitale historique et culturelle, Pune. C’est là que se développe le cinéma marathi.

Ce cinéma est directement inspiré du théâtre traditionnel, qui a deux rôles essentiels : raconter les légendes et mythologies hindoues, et promouvoir l’identité nationale, le mouvement swadeshi de Gandhi.
Phalke ne tournera que des films muets, jusqu’en 1936 et même si les premiers films parlants indiens sont tournés en 1931. D’autres cinéastes prendront la relève. Dans les années 30 apparaissent les grands studios à Mumbai, à Pune, à Calcutta et Chennai. A Pune, ils s’appellent les Prabhat Studios. A cette époque, les cinéastes apprennent en expérimentant, tout le monde fait un peu tout : décorateur, scénariste, réalisateur, acteur, monteur… La tendance est double : d’une part les films mythologiques et d’autre part les films sociaux et patriotiques, même s’il faut prendre garde à la censure britannique. Le célèbre cinéaste V. Shantaram est marathi, il est issu de cette mouvance de films réalistes et sociaux, comme Kunku (l’inattendu) en 1937, qui fait partie du programme de l’Eté indien 2009. Le film le plus connu de V. Shantaram est Do Aankhen Barah Haath qui a reçu l’Ours d’argent à Berlin en 1958.

C’est dans les locaux des Prabhat Studios que s’installe en 1960 le renommé Film and Television Institute of India (FTII), de Pune (ou Poona), créé à l’initiative du gouvernement indien.

Dès les années 50 le cinéma marathi s’affirme comme cinéma d’auteur, comme le cinéma bengali. Il est incarné notamment par le réalisateur Jabbar Patel et son scénariste Vijay Tendulkar, célèbre auteur de théâtre marathi, scénariste du film Umbartha en 1982, projeté dans le cadre de L’Eté indien cette année. Les films de Patel sont souvent portés par des personnages féminins forts qui se battent contre les injustices faites aux femmes. C’est le cas d’Umbartha (le seuil), dont l’héroïne incarnée par Smita Patil (Arth), quitte sa famille pour s’occuper d’un centre de réhabilitation de femmes.

Le cinéma marathi ce sont aussi des femmes cinéastes, la plus connue est Chitra Palekar, épouse d’Amol Palekar (Paheli), qui réalise son premier film en 2006, Maati May (histoire d’une fossoyeuse), projeté cette année au Musée Guimet. Maati May réunit Nandita Das (Fire) et Atul Kulkarni (Khakee, Rang de Basanti). Autre cinéaste féminine : Sumitra Bhave, dont nous verrons Devrai, un film de 2004 sur la schizophrénie et la place des schizophrènes dans la société.

Dans les années 2000, le cinéma marathi souffre de sa proximité avec Mumbai, mais résiste encore, avec une vingtaine de films par an. Valu (le taureau) est un film de 2008 d’Umesh Kulkarni qui sort du FTII de Pune et a également poursuivi ses études à la Femis en France. Valu a été projeté au Festival de Rotterdam en 2008. Il n’est pas encore distribué en Inde. Ce film traite des réalités sociales actuelles dans le monde rural, à partir d’une fable allégorique pleine d’humour. Il sera projeté en clôture du cycle marathi, le 23 septembre, en présence d’un de ses acteurs, le docteur Mohan Agashe. Umesh Kulkarni est représentatif de la nouvelle génération de cinéastes marathis, fidèles à la tradition de films réalistes et sociaux, tout en apportant une écriture actuelle et personnelle.

Le cinéma malayalam

Le malayalam est la langue parlée au Kerala par 44 millions de personnes. C’est une région où toutes les religions sont représentées, et qui a la particularité d’avoir élu un gouvernement communiste dès les années 50. Dans les années 70 le mouvement maoïste naxalite était également très présent au Kerala. Tout ceci a fortement influencé ce cinéma régional. Celui-ci a pourtant mis quelques années à trouver sa place, car le Kerala était inondé par les cinémas tamoul et telougou, les régions voisines et fortes productrices de films.
Le cinéma malayalam se développe dans les années 70, et connaît son apogée entre 1980 et 1995, avec une production importante et audacieuse, même si elle sort très peu de sa région. C’est un cinéma d’auteur exigeant, qui n’hésite pas à emprunter des voies narratives originales et puise son inspiration dans son histoire politique rebelle voire révolutionnaire. Les cinéastes présentés lors de L’Eté indien 2009 sont représentatifs de ce courant.

Tout d’abord Aravindan, autodidacte, auteur de bandes dessinées, dont trois films sont présentés : Estepahan (Stephane) qui part à la découverte d’un personnage à la fois mythique et réel dont l’existence est tour à tour embellie ou transformée en fiction par les pêcheurs qui témoignent. Pokkuveyil (Crépuscule), une réflexion sur la mémoire alternant entre passé et futur, une narration originale construite sur un ragâ. Chidambaram, d’une structure narrative plus classique, où l’on retrouve Smita Patil dans le rôle d’une femme dont le mari s’est suicidé car il la suspectait d’infidélité.

Autre figure mythique : John Abraham, pas celui de Dostana, mais un réalisateur des années 80, mort accidentellement à 49 ans en 1987. Marxiste affiché, rejetant toute convention, proche du mouvement naxalite, le cinéaste croit au rôle social du cinéma. Il crée un collectif, Odessa Movies, avec un groupe d’amis qui vont chercher des souscriptions auprès du public, et qui ainsi produira et distribuera ses films dans les villages les plus reculés. Amma Ariyan (compte-rendu à Mère) est un mélange de fiction et de documentaire, un road movie qui entraîne son héros dans les chemins du Kerala, essayant de reconstituer le puzzle de l’existence de son ami décédé, et en même temps restituant les méandres de l’histoire politique de la région.

Considéré comme l’un des cinéastes indiens les plus brillants, héritier de Satyajit Ray, Adoor Gopalakrishnan revendique de travailler ses films comme des bijoux. Perfectionniste et original, il a pour thèmes de prédilection la mémoire (dans Mukhamukham, face à face), le rêve individuel et l’utopie politique (Kathapurushan, l’homme de l’histoire), l’oppression (Vidheyan, l’homme servile), présentés dans le cadre de l’Eté indien 2009.
On ne peut pas parler du cinéma malayalam sans évoquer Shaji N. Karun, même s’il n’est pas présent dans cet Eté indien (certains de ses films ayant déjà été projetés précédemment). Piravi de Shaji N. Karun a gagné la Camera d’Or au festival de Cannes en 1989, et son second film Swaham était en compétition pour la Palme d’Or en 1994.

De 1913 à 2008

Cet Eté indien se clôturera sur un film d’exception qui boucle avec les origines du cinéma indien : Harishchandrachi Factory, un film de 2008 de Paresh Mokashi qui raconte l’histoire de Dadasaheb Phalke et de sa passion qui donnera à l’Inde son premier film, Raja Harishchandra. Remarquablement documenté et fidèlement reconstitué, Harishchandrachi Factory restitue à merveille l’humour et l’esprit d’aventure de ce grand pionnier du cinéma indien.

Harishchandrachi Factory

L’Eté indien 2009 constitue une occasion unique de découvrir ces pans entiers de la culture cinématographique indienne. Très rarement diffusés en Inde où le réseau de distribution de films d’auteur est quasiment inexistant, ils ne sont pas plus édités en DVD et ne sont visibles que lors de festivals. Ce sont tous des films inédits en France, qui ont été sous-titrés en français spécialement pour l’Eté indien 2009.

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