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CityLights

Traduction : Les Lumières de la ville

Année2014
LanguesHindi, Rajasthani
GenreDrame
RéalisateurHansal Mehta
Dir. PhotoDev Agarwal
ScénaristeRitesh Shah
ActeursRajkummar Rao, Patralekha, Manav Kaul , Sadia Siddiqui
Dir. MusicalJeet Ganguly, Raju Singh
ParolierRashmi Singh
ChanteursArijit Singh, Neeti Mohan, Usha Uthup, Mohammed Irfan, Ustad Rashid Khan, Jeet Gannguli
ChorégraphesSujit Kumar, Sanaa Khan, Mehul Kapadia
ProducteurMukesh Bhatt
Durée126 mn

Bande originale

Muskurane
Darbadar
Ek Charraiya
Citylights (chanson titre)
Soney Do
Ek Charraiya (Unplugged)
Muskurane (Unplugged)

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Alineji - le 10 novembre 2015

Note :
(7.5/10)

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Réalisé avec un tout petit budget, sans méga star au générique, et sorti modestement dans peu de salles, CityLights a été l’une des heureuses surprises du cinéma hindi en 2014. Le bouche à oreille a produit son effet et il a fini par cartonner au box-office, devenant culte et récoltant au moins cinq fois ce qu’il avait coûté. Au point que Shah Rukh Khan lui-même s’est fendu d’un gentil commentaire, indiquant que l’actrice débutante était la Katrina de demain et que Rajkummar Rao serait un jour une plus grande star que lui. Ça ne mange pas de pain, mais c’est sympathique.

CityLights raconte l’histoire d’un fermier du Rajasthan, ancien soldat, Deepak Singh (Rajkummar Rao) devenu marchand de vêtements dans sa petite ville, Sanderao. Criblé de dettes, désespéré, il est contraint d’abandonner son commerce et sa ferme. Muni d’une vague adresse et du numéro de téléphone d’un ami, il part avec sa femme Rakhi (Patralekha) et leur fillette Mahi à Bombay, espérant obtenir du travail et une vie meilleure. A peine arrivée, la famille est victime d’une escroquerie et se retrouve à la rue. Trouver un toit, des revenus, pourvoir nourrir Mahi seront dès lors les seuls objectifs de Deepak et de Rakhi. Tandis que, grâce à une danseuse de bar Sonali (Khushboo Upadhyay) qui les a pris en pitié, Rakhi se fait embaucher dans le bouge où officie celle-ci, Deepak est finalement engagé par une société privée de sécurité, chargée de convoyer des fonds ou des bijoux pour de riches personnalités. Il fait équipe avec son supérieur Vishnu Sir (Manav Kaul) et s’aperçoit progressivement qu’il y a anguille sous roche…

Le sous-titre pose la question : jusqu’où irez-vous pour l’amour de votre famille ? Deepak est-il prêt à tout pour sauver la sienne d’un naufrage quasi inéluctable et surtout pour lui rendre sa dignité ? Il fait le serment à Rakhi de la sortir du bar où elle est contrainte pour quelques roupies à se trémousser devant des hommes lascifs et alcoolisés, et lui promet qu’il les ramènera, elle et Mahi, au Rajasthan, pour un meilleur avenir. Y parviendra-t-il ? Le scénario de Ritesh Shah est l’adaptation officielle de celui de Sean Ellis (aidé par Franck E. Flowers, coscénariste), le réalisateur de Metro Manila, film anglo-philippin de 2013, très remarqué et multi récompensé. Et il faut avouer, c’est assez rare pour être souligné, que le remake est à la hauteur du film original. La critique et le public ne s’y sont pas trompés.

Considéré comme un thriller — il y a bien sûr transgression de la loi et mitraillages, surtout dans le dernier tiers de l’œuvre —, CityLights est aussi un drame social. La violence vient plus des conditions de vie faites à cette famille que des coups de poing et de feu. Le film aborde en les transposant en Inde de nombreux thèmes sociétaux : l’appauvrissement des régions rurales, l’endettement et l’exode vers les grandes mégalopoles, qui viennent alimenter le flot des déshérités urbains, l’exploitation de cette misère, les expédients en tout genre et les petites tricheries envers plus miséreux que soi. Sans mièvrerie ni larmoiements, il montre aussi la rage de s’en sortir d’un couple qui arrive à rester uni en dépit des désillusions très nombreuses et des revers qu’il subit. Leur installation pour 100 roupies à l’intérieur de l’une des innombrables tours en construction, vide de tout habitant, est une belle métaphore de l’inhumanité et de l’indifférence de la dévorante cité où ils se sont échoués. Les voilages hétéroclites qu’ils suspendent devant les ouvertures béantes, afin de se redonner l’illusion d’un chez soi et d’une intimité, sont une autre image parlante de leur précarité.

Les immeubles, les rues, le trafic automobile, les petites échoppes… sont remarquablement montrés, et ce avec les yeux de ces migrants de l’intérieur. L’image est très soignée. On pourrait seulement reprocher à Hansal Mehta sa prédilection marquée pour les scènes nocturnes. La photographie de Dev Agarwal, tout comme le rythme du film, ne sont pas sans évoquer l’ambiance de Talaash. Dans la deuxième partie, la ville est filmée longuement, et très souvent à travers les grilles de la voiture blindée que conduit Deepak, accentuant l’effet d’enfermement du héros. On se réjouit que de plus en plus de cinéastes sachent tirer parti de l’immense photogénie de Bombay et de sa démesure. De Kiran Rao et Reema Gakti à Anurag Kashyap, en passant par Ritesh Batra et Hansal Mehta, ils sortent des studios pour filmer la Maximum City. Ce dernier l’avait déjà fait dans son précédent film Shahid dans lequel Rajkummar Rao tenait aussi le rôle principal.

Dire que l’acteur porte le film sur ses épaules ne suffit pas. Tout en subtilité, Rajkummar Rao n’a aucun besoin de surjouer pour exprimer les émotions les plus diverses. Il donne entièrement vie au personnage, dans sa fragilité, son humanité et son inébranlable détermination à s’en sortir sans déchoir à ses propres yeux, et mérite bien le bel éloge que lui a rendu le Bad Shah. Face à lui, la débutante Patralehka lui donne la réplique avec beaucoup de naturel et a une vraie présence. Pour la petite histoire, elle est la compagne de Rajkummar, et leur complicité dans la vie a pu influer sur leur jeu et leur parfaite entente à l’écran. Le troisième acteur principal, Manav Kaul qui vient du théâtre, est lui aussi très juste dans l’emploi de l’ambigu coéquipier de Deepak. Et on peut en dire autant des rôles secondaires, notamment de Khushboo Upadhyay qui interprète la danseuse de bar, très sobre.

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Khushboo Upadhyay (à gauche) et Patralekha (au centre)

La bande-son, redoutablement efficace, colle au plus près à l’atmosphère à la fois dramatique et profondément lyrique de l’histoire racontée par Mehta. Sur des paroles lancinantes de Rashmi Singh, les chansons mélancoliques de Jeet Gannguly, empruntant à la musique traditionnelle bengalie comme à des styles plus modernes, collent littéralement aux moments les plus graves de l’œuvre. « Muskurane », en particulier, chantée par Arjit Singh d’abord sur un tempo très coloré, puis reprise à la fin sur un rythme plus lent et nostalgique par Mohammad Irfan Ali, souligne à bon escient l’amour profond de Deepak et Rakhi, et vous fait venir les larmes aux yeux.

CityLights est donc un film à voir. Loin du tout venant des productions courantes — par choix et faute de budget certainement, les seules chorégraphies du film sont celles infiniment pauvres et désespérées des danseuses de bar —, c’est une œuvre qui s’ancre dans la réalité indienne, une tragédie moderne mais qui laisse une porte ouverte à l’espoir. Comparable à Filmistaan pour l’aptitude du réalisateur, servi par d’excellents acteurs, à faire vivre des personnages ordinaires, placés dans des situations difficiles mais empreints d’humanité, de bonté (sans que ce soit synonyme de gnangnan), et fidèles à leurs valeurs intimes. Décidément, il y du renouveau dans le cinéma de Bombay, et particulièrement dans celui qui n’est pas soutenu par la grande industrie.

La bande-annonce sous-titrée en anglais

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