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Conversation avec l’équipe du film Titli 1/2

Publié vendredi 13 juin 2014
Dernière modification vendredi 13 juin 2014
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Par Brigitte L. K.

Dossier Conversation avec l’équipe du film Titli
▶ Conversation avec l’équipe du film Titli 2/2

15 mai 2014, village indien à Cannes. Rencontre organisée par le FICCI (Federation of Indian Chambers of Commerce and Industry)

Le film Titli est coproduit par Yash Raj Films et Dibakar Banerjee Production Pvt ltd

Kanu Behl, réalisateur
Guneet Monga, Productrice
Avtar Panesar, directeur et coproducteur chez Yash Raj Films
Kanu Behl et Sharat Kataryia, scénaristes

Acteurs de Titli
Titli : Shashank Arora
Neelu : Shivani Raghyvanshi
Vikram : Ranvir Shorey
Pradeep : Amit Sial

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De gauche à droite : la monteuse Manrita, Avtar Panesar, Shashant Arora, Kanu Behl, l’homme que nous n’avons pas identifié et Ranvir Shorey

Nous aimerions connaître un peu ce parcours qui vous a permis de venir jusqu’à Cannes présenter Titli dans la section "Un certain regard".
Avtar Panesar : Nous (Yash Raj Film) avions le souhait de mettre à disposition nos capacités financières et nos infrastructures et utiliser la passion et l’énergie de Guneet Monga. Par ailleurs son expérience dans un domaine qui nous était peu familier comptait pour nous. Maintenant, nous souhaitons à partir d’ici faire connaître le film dans d’autres régions du monde. La présence à Cannes offre une belle opportunité car nous avons eu des contacts de distributeurs éventuels qui aimeraient le montrer en salle.

[au réalisateur] Lorsque ce script est arrivé, aviez-vous déjà en tête les futurs acteurs ? Parmi vos amis, est ce que certains vous semblaient déjà prédisposés à entrer dans l’équipe ? Sinon comment avez-vous conçu ce casting pour Titli ?
Kanu Behl : Au global, nous savions que nous voulions de nouveaux acteurs, et même des novices sans expérience. Nous voulions que les spectateurs se laissent entraîner dans l’histoire avant tout. Grâce à une équipe neuve, excepté pour deux d’entre eux, nous pensions que l’auditoire oublierait qu’ils étaient acteurs. Ils allaient s’immerger complètement dans ce récit et, donc, n’auraient pas le sentiment de voir des acteurs chevronnés. Ranvir et Amit, dès le départ, je sentais qu’ils pourraient s’adapter facilement. En fait, avec Sharat (le co-scénariste), on avait en tête Ranvir et Amit pour ces rôles ; et, ce fut une chance de les réunir tous les deux pour ce film.

Pour vous acteurs, avec ce scénario captivant bien sûr, avez-vous ressenti une inquiétude en entrant dans ce projet ?
Ranvir Shorey : Pas vraiment. En finissant la lecture du script, j’ai tout de suite contacté Kanu pour lui dire que j’étais convaincu. Honnêtement, d’habitude je ne reçois pas d’aussi bon scripts. Ici, non seulement, je trouvais que l’histoire était techniquement bien construite mais aussi très personnelle. Kanu a déjà dit combien ce film lui était personnel mais il sait que c’est aussi mon cas. Même au moment des discussions concrètes de contrat etc., j’avais vraiment envie de faire partie du projet. Par conséquent, je tenais absolument à faire ce film avec lui.

Dans ce cas Ranvir, est-ce que vous appartenez au voisinage de ces personnages dans Titli ? Comment avez-vous réussi à restituer ces parfaites intonations et ces caractéristiques du personnage si vous n’appartenez pas à cet univers très sombre ?
Ranvir Shorey : Je viens d’une famille punjabi du nord de l’Inde. Je n’ai peut-être pas vécu cet univers mais c’est un cadre très commun dans les familles indiennes et nous l’avons ramené à Bombay. Ces ambiances sont familières pour Kanu et moi.

Et vous Shashank ? en tant que jeune acteur, nouveau venu dans l’industrie, était-ce aisé d’adhérer à ce projet ?
Shashank Arora : Evidemment. Trois ans en arrière, je parlais avec Kanu et il m’avait annoncé qu’il était en train d’écrire quelque chose et m’a proposé de l’appeler un an plus tard. Ce que j’ai fait, et ensuite il m ’a dit, recontacte-moi dans un an. A la lecture du script, pour moi, c’était vraiment juste très beau.

Kanu, vous nous avez dit que vous vouliez que le film soit ressenti comme réaliste, quand on allait découvrir ces personnages. Cela peut devenir très compliqué. Parlez-nous du procédé.
Peut-être vous, la spécialiste du montage ? Était-ce une manière de faire le montage tout-à-fait différente ou bien, est-ce le fonctionnement normal d’un montage ?

Namrita, monteuse : Nous avons beaucoup travaillé pour donner un look réaliste. Certains extraits ont été coupés, ensuite nous revenions en arrière, nous pensions qu’il fallait les conserver. Et inversement ! Il nous a fallu de longs moments d’introspection. Bien entendu, il y a eu des moments de grandes interrogations, mais il était nécessaire que ce soit spontané, capturé par la caméra comme si nous étions dans cette maison, dans cette famille et aussi avec les attitudes des différents personnages.

Pendant votre tournage, chaque jour, est-ce qu’il y avait des pages de scénario très détaillées ? Des lignes de texte à apprendre par cœur ?
Kanu Behl : J’aimerais ajouter que, au moment du montage, l’idée était de créer une expérience et non pas de construire une représentation de cette expérience. En minutant les scènes, on voulait avoir juste les quelques secondes supplémentaires de la scène pour que le spectateur ressente l’ambiance de la scène, pas seulement la visionner et passer à la suite. Concernant l’utilisation du script, en comparaison avec mes expériences antérieures, je me suis rendu compte d’une chose. Après avoir tout organisé et planifié dans les moindres détails, j’ai filmé et j’ai obtenu tout ce que je voulais et pourtant cela ne marchait pas ! Peut-être à cause du fait que c’était trop planifié. Et je me suis promis, en démarrant ce film, que j’allais laisser une part de jeu et d’imprévu ! J’allais laisser le tournage aussi improvisé que possible ! Avec un planning en secours aussi. Donc, si cela ne fonctionnait pas, on avait la possibilité de reprendre le déroulement de base.
Par conséquent, il y a eu souvent des moments où il n’y avait pas de scénario pour les acteurs et c’était voulu. Le rôle du père, qui est joué par mon propre père, par exemple. Je ne voulais pas qu’il sache totalement en quoi consistait le film dans son intégralité. Avec mon partenaire Atul, directeur de casting du film, nous avions envie de le voir jouer d’une certaine façon. Nous ne voulions pas qu’il ressente certaines émotions mais nous voulions qu’il joue son rôle. Parce que nous savions que, s’il avait le scénario global à l’avance, il allait tenter de construire un personnage. Ce que font certains acteurs. Donc, dans cette configuration spécifique, il n’avait pas tous les détails du script.
Pendant d’autres périodes de tournage, nous arrivions avec notre caméra et nous laissions les acteurs faire leurs répétitions en enregistrant spontanément. Si on sentait que le résultat n’était pas à la hauteur, on revenait au planning initial.

Ces méthodes de tournage sont bien utilisées à présent. Je me pose la question et j’aimerais le faire avec tact. Beaucoup de films indiens, depuis que je suis dans le métier, sont assez approximatifs. Tout en restant diplomate, je veux dire : est-ce que c’est cette méthode de flexibilité qui l’entraîne ? Ne pas rester agrippé aux mots écrits dans le scénario ?
Kanu Behl : En fait, dans les films à petits budgets, nous n’avons pas énormément de temps pour tourner. Cela semble flexible mais le plus important, à mes yeux, ce sont les trois mois de répétitions avant le démarrage effectif du tournage. Les ateliers que nous organisons et les discussions détaillées que nous avons autour du script sont les moments où entrent en action ces personnages qui doivent fonctionner comme une famille. C’est le moment des expériences partagées qui constituent comme un stock de mémoire pour ces quatre personnages. Au moment du tournage, ces expériences vont revenir sur la scène et ce travail en amont va faciliter la prise de vue sur le plateau. Chacun, depuis les techniciens jusqu’aux acteurs, connait les pages du scénario. En revanche, le sens profond, les émotions non-dites doivent être accessibles pour chacun au delà de la caméra. Ces mois de répétitions, avant les 40 jours de tournage, ont été plus précieux pour tous pour définir ce que nous étions prêts à filmer.


Conférence recueillie et traduite par Brigitte Leloire Kérackian

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