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Darling


Bande originale

Tadap Tadap
Aa Khushi Se Khudkushi
Saathiya [Darling]
Hasaye Bhi
Akele Tanha Jiya Na Jaye
Awaaz Koi
Aa Khushi Se Khudkushi (Remix)
Hasaye Bhi (Remix)
Saathiya – Remix [Darling]

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La critique de Fantastikindia

Par Laurent - le 4 novembre 2008

Note :
(7.5/10)

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Aditya Soman (Fardeen Khan) est un père de famille aisé, marié à la belle Ashvini (Isha Koppikar). Il la trompe pourtant avec une collègue, Geeta Menon (Esha Deol), qui aimerait bien qu’il quitte sa femme pour elle. Un jour, Geeta annonce à Aditya qu’elle est enceinte de lui. Dans la dispute qui s’ensuit, un faux mouvement la tue sur le coup. Paniqué, Aditya se débarrasse du cadavre. Mais il ne tarde pas à être assailli d’étranges visions : Geeta serait-elle toujours en vie ? Ou bien est-ce son fantôme qui revient le hanter ?

2007 fut un millésime très chargé pour le stakhanoviste Ram Gopal Varma, puisqu’il livra pas moins de trois réalisations cette année-là. La motivation de ce rendement était-elle idéologique, ou bien simplement pécuniaire ? On serait tenté de pencher vers la seconde hypothèse : peu de points communs existent en effet entre l’émouvant Nishabd, le remake de Sholay officieux et raté qu’était Aag, et ce Darling, très sympathique film d’épouvante soft mâtiné d’humour bien noir… Cela dit, entendons-nous bien : ce qui serait un divertissement plutôt grand public en comparaison à l’épaisse production américaine du genre est un film inhabituellement corsé pour les spectateurs indiens. S’il renoue avec le film d’horreur psychologique, genre auquel il n’avait pas touché depuis Bhoot et sa mémorable galerie de comédiens, le cinéaste nous fait pourtant craindre le pire au début de son film, en y insérant, contrairement à son habitude, deux passages musicaux dans la première demi-heure d’exposition. Argument commercial du long métrage pour ceux qui aiment avant tout les films pour leur musique, un penchant tout à fait légitime dans le cadre du cinéma hindi, ces séquences musicales modernes léchées et entraînantes nous rappellent les talents de clippeur épisodique du réalisateur… mais on est tout de même rassuré quand, après cette situation initiale, le film de genre démarre véritablement pour s’écouler sans temps mort jusqu’à son dénouement, la troisième chanson étant adroitement placée, comme c’est à présent à la mode, pendant le générique de fin.

Le point de départ des péripéties de notre héros, en l’occurrence la mort accidentelle de sa maîtresse qu’il veut cacher, rappelle beaucoup la production Varma My Wife’s Murder avec Anil Kapoor, et laisse croire que Darling, avec un titre si anodin, est un simple exercice de style dans le genre du film noir. Heureusement, le film prend vite une tournure plus intéressante avec l’apparition du fantôme d’Esha Deol, qui vient avertir le protagoniste que sa vengeance sera terrible. Cependant, le réalisateur ne compte pas se limiter à un efficace film d’épouvante, qui sait du reste faire nettement plus sursauter le spectateur que le thriller bollywoodien moyen : apparaissant à l’écran sans trucage ni maquillage blafard apparent, à la manière d’Aishwarya Rai dans Mohabbatein, ou bien des gentils revenants du moins connu Always de Spielberg, le spectre de la mignonne Esha, que seul le protagoniste est capable de voir, va désormais s’employer à lui jouer de mauvais tours pour le mettre dans des situations embarrassantes vis-à-vis de diverses personnes, ce qui donne lieu à d’excellentes scènes assez inattendues, dans lesquelles l’humour nerveux s’allie au suspense.

Esha Deol est d’ailleurs tout à fait bien dirigée dans ce rôle, et sait distiller de l’inquiétude tout le long du film, tandis que Fardeen Khan est très bon en homme agité qui sombre progressivement dans la folie, en tout cas aux yeux de ses proches. Dans les seconds rôles, Isha Koppikar est convaincante dans le rôle de l’épouse du héros, et Zakir Hussain est savoureux dans celui d’un flic fouineur excentrique, flanqué d’une assistante glaciale et taciturne qui met constamment le protagoniste mal à l’aise. Et les longs plans sur le visage soupçonneux de cette femme scrutant le héros suspect d’un meurtre, que le spectateur amusé interprète comme une caméra subjective du pauvre Fardeen Khan qui se creuse désespérément la cervelle pour trouver un alibi, participent également de la farce noire mise en place par Ram Gopal Varma : ce dernier aligne les scènes de ce genre à un rythme soutenu, et la spirale de mensonges absurde dans laquelle s’enfonce le protagoniste est aussi jubilatoire qu’inquiétante. Mêlant la comédie à l’épouvante, le cinéaste met en place un dispositif qui peut paraître au fil des scènes systématique (Fardeen face à un interlocuteur et la perfide Esha au milieu, bien qu’elle soit invisible à ce dernier), mais qui se révèle imparable parce que Varma sait y opérer d’infimes variations, comme s’il voulait continuellement expérimenter en changeant à chaque nouvelle séquence un rouage de sa mécanique, pourtant bien huilée. Il réussit même à mettre cette dernière au service du mélodrame lors d’une scène poignante, dans laquelle le fantôme d’Esha et son père sanglotent côte à côte sans que ce dernier ne puisse la voir, ce qui réveille les remords de notre héros.

Si l’on ajoute une mise en scène impeccable de Varma, l’un des meilleurs techniciens de l’industrie, ainsi qu’une insolente pirouette finale, Darling est une très bonne surprise, un mélange de genres jubilatoire et plutôt original, concocté par un réalisateur surdoué qui semble beaucoup s’amuser tout en maîtrisant très bien son sujet. Digne de son film d’épouvante précédent, le très bon Bhoot, ce pavé dans la mare des conventions étriquées de Bollywood en est un peu une version plus rythmée et bourrée d’humour noir, une perle rare d’une immaturité tout à fait réjouissante !

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