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Desi Boyz

Traduction : Garçons indiens

Bande originale

Make Some Noise For The Desi Boyz
Subha Hone Na De
Jhak Maar Ke
Allah Maaf Kare
Let It Be
Allah Maaf Kare (Remix)
Jhak Mar Ke (Remix)
Subha Hone Na De (Remix)
Make Some Noise For The Desi Boyz (Remix)

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La critique de Fantastikindia

Par Gandhi Tata, Savoy1
Publié le 27 décembre 2011

Note :
(7/10)

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Lors de mon récent séjour en Inde du Nord, l’opportunité nous a été offerte par l’agence touristique, d’assister à une séance de cinéma « Bollywood ».


Dès lors, cette étape devint incontournable à mes yeux, au même titre que la traversée du Gange, ou la visite des temples Jaïns de Ranakpur. Ou quand la culture populaire croise Histoire et spiritualité dans un même élan.

Me voici donc en cette fin d’après-midi du 25 novembre, parcourant les grouillantes et interminables rues commerçantes de Jaïpur à l’arrière d’un cyclo-pousse, en direction du Raj Mandir, la célèbre salle de la ville. Guettant l’apparition de la façade au détour de chaque rue, j’imagine surgir la silhouette de Ra.One ou le visage de Rockstar, les affiches de ces deux films ayant maintes fois été aperçues ces derniers jours.


Le revers de la médaille du programme étant qu’évidemment, je ne sais pas ce que je vais voir, dépendant de l’actualité des sorties du moment. Aussi, quand apparaît enfin l’imposant fronton kitsch et lumineux, émotion et déconvenue se mêlent. D’un côté, je suis arrivé à ce qui sera une étape importante de ma vie de cinéphage. De l’autre, l’amateur de cinéma de genre que je suis ne peut qu’être désappointé à la vue d’une belle plante entourée de deux éphèbes au torse glabre et musculeux. Assurément pas ma tasse de thé (!), mais au diable, je suis aussi venu pour le côté musical, et plonger dans le bain d’une séance « à l’indienne ». Et la vision du film, et surtout l’ambiance pendant la projection, vont définitivement faire tomber toutes mes réticences.


Desi Boyz donc. Ou quand la crise qui frappe de plein fouet notre monde déboussolé va s’abattre sur deux amis de la diaspora indienne de Londres.

Le premier, Nick (John Abraham), est directement impacté, puisque licencié, pour cause de récession, d’une des sociétés de la City londonienne. Le second, Jerry (Akshay Kumar), est renvoyé, au même moment, de son job de gardien de centre commercial, pour avoir laissé fuir un ado qui avait chapardé un accessoire de skateboard qu’il ne pouvait s’offrir.


Nos deux colocs sont alors aux abois. Le premier venait de demander sa copine (Deepika Padukone) en mariage, celle-ci extrapolant déjà sur la cérémonie et le futur voyage de noces. Le second se retrouve au pied du mur, puisque devant subvenir aux besoins du gamin dont il a la charge (son fils ? je n’en suis pas sûr, dialogues en hindi obligent).


Survient alors une proposition inattendue, travailler comme escort boy pour la boîte Desi Boys, tenue par un bon bougre tatoué (Sanjay Dutt). Tenir compagnie aux épouses délaissées, ou animer les soirées Prom Night, seront au menu. Jerry n’hésite pas une seconde, son ami réticent va finir par le suivre. Une seule condition : ne pas coucher avec les clientes. Bien entendu cela devra rester secret pour l’entourage. Mais une telle activité ne peut rester longtemps cachée. Les Affaires Sociales de la ville retirent à Jerry la garde du gosse. La fiancée de Nick annule leur mariage. Les deux amis se séparent…


A priori, nous voici donc embarqués dans une de ces comédies romantiques dont le cinéma a le secret. Tout est réuni pour faire rire et sourire aux tribulations de nos deux compères pas vraiment grandis. Mais nous sommes en Inde, et là où, je pense, les Américains s’en seraient tenus à un déroulement linéaire tournant autour de l’histoire des escort boys (avec du gros comique qui tache ?), le film effectue un virage à 180° après l’"intermission". Là, plus question de mecs torse nu, place à deux nouvelles intrigues suivies en parallèle. Toujours de la comédie, avec les stratagèmes de Nick pour reconquérir sa dulcinée, aidé par un ex-futur beau-père complice. Et surtout du mélo, avec Jerry qui se réinscrit à l’université, dans l’espoir qu’un diplôme lui permette de reprendre la main sur le jeune membre de sa famille. Là, il va s’enticher de sa prof d’économie.


Et comme on rebondit en plein sur un sujet d’actualité, cette fameuse crise, les événements n’en prennent que plus de valeur. Du « trois en un » qui fait du bien, permettant de brasser un tas de sujets et d’ambiance. De l’insertion professionnelle des Indiens dans la société occidentale, aux relations familiales et filiales, en passant par le respect de traditions au contact de l’évolution des mœurs. Tout passe comme lettre à la poste, aidé en cela par un scénario dense et fluide, ne ménageant pas sa peine en rebondissements.


On a droit à des moments de franche drôlerie. L’entretien d’appréciation du mâle Jerry qui doit donner ses mensurations, et se choisit comme pseudo… Rocco ! (ce prénom dit-il quelque chose au public local ?!). La scène de striptease de la professeur pendant les révisions, chaque réponse correcte donnant droit à l’enlèvement d’un vêtement. Et surtout la séquence de l’entretien d’embauche dans la boîte de trading, virant au simulacre de harcèlement, dans le but de faire fuir tous les golden boys cravatés attendant leur tour dans le couloir, tel du bétail se rendant à l’abattoir. Un instant hautement jouissif, vengeance contre tous ces clones en costard vouant leur vie au dieu dollar.


Et l’émotion ne manquera pas de montrer le bout de son nez à chaque apparition du gamin, franchement craquant. La scène de la fête scolaire des pères, dans laquelle le speech de Jerry se clôt sur un émouvant "I love you", ne peut que faire poindre une petite larme sur les joues des plus sensibles.


Pour étaler toute cette palette d’émotions, il fallait un casting à la hauteur. Ici c’est bien le cas, la direction d’acteurs est vraiment au top. Concernant les rôles principaux, je ne m’attarderai pas sur John Abraham, il est beau, il bouge bien son corps, en joue et tant mieux pour lui. La vraie surprise pour ma part, c’est Akshay Kumar, faisant apparaître une véritable sensibilité derrière un physique à priori banal. Je le connaissais peu et ne manquerai pas de faire plus attention à lui la prochaine fois.


Quant à Sanjay Dutt, au visage cerné et fatigué, en gros mastard aux bras tatoués, il m’a bien éclaté, son rôle étant loin du caméo annoncé. Il apparaît dans une bonne poignée de séquences, toutes importantes à la progression de l’intrigue. Et chacune de ses interventions face aux autres personnages est un régal de confrontation.


Pour ce genre de film, il ne faut évidemment pas s’attendre à de la "grande" mise en scène, et ce sera ici le cas. Après un générique bien enlevé, images d’actualité s’entrechoquant (même Batman et Spider-Man sont à la rue !), suivies de la présentation "trop stylée" de nos deux héros, on aura droit à un cinémascope purement fonctionnel, qui passera sans problème la barrière du petit écran. Il met au moins en valeur les nombreux décors traversés, alternance d’extérieurs londoniens et d’intérieurs dans l’air du temps. Une mention au loft de Jerry, coloré et surchargé en accessoires pop : couette Wonder Woman, tableau à la Andy Warhol, affiche de comics, arcade de jeu vidéo… ce qui n’est pas pour déplaire au fana de culture pop que je suis.


Ce sera donc le montage et la musique qui assureront le rythme du métrage. Et là on pourra compter sur eux.

La bande son donc, hyper-vivante, nous propose une musique véritablement entraînante. De vraies rythmes pop-rock à l’indienne, non parasités par les influences r&b trop de mise ces derniers temps (entendre la bo de 7am Arivu, par exemple). A cet égard, l’utilisation des vocalises féminines pour contrebalancer les voix masculines transportera d’aise l’amateur. Du tout bon, qui gagne à être réécouté.


Et pour les clips, on en aura droit à quatre. Deux extrapolations hypertrophiées de la mise en avant de la virilité du mâle, que n’auraient pas reniées les Chippendales. Dans des accoutrements dignes des Village People, nos deux acteurs s’en donnent à cœur joie, livrant leur anatomie musclée à une horde de nanas en furie. Ah ce symbole phallique de la lance à incendie pointée vers les flammes ! Un pur régal de dérision, esthétiquement léché. Le troisième clip est une parade amoureuse, à base de cow-girls en short et de joueurs de cornemuse en kilt ! Dansant avec ses instrumentations variés. Et le dernier, le plus beau à mon avis, est une déclaration d’amour dans le cadre de l’université, des dizaines de figurants en fond, mimant en parfaite harmonie les gestes de la vie étudiante. Un grand moment appelant des réminiscences d’une scène du The Wall de Alan Parker. Un ensemble de morceaux chorégraphiés dans lesquels on pourra malheureusement regretter l’absence de danseurs d’origine indienne.


Tout ça tient en deux petites heures (s’alignerait-on sur les standards internationaux ? snif). C’est dire si l’on n’a guère le loisir de souffler. A se demander à quoi sert maintenant l’entracte, si ce n’est à faire consommer, comme en Italie (je conseille d’ailleurs les samossas aux légumes épicés !).


Au final, vous l’aurez compris, ne surtout pas s’arrêter à une affiche et une accroche dignes d’une couverture de magazine people, on a affaire à une vraie bonne comédie romantique (et c’est un mec qui parle…). En ces temps d’ouverture au monde, pas toujours pour le meilleur, une alternative vivifiante à la morale éternellement wasp des modèles ricains. Pas de cynisme de façade, pas de message lourdingue, le film égrène des valeurs simples, avec humour, sans vraiment d’illusion face à un consumérisme galopant.


Voilà, tout serait dit, si ce n’est qu’en plus, j’ai bien vu ce film dans la salle du Raj Mandir. Et là, tout est multiplié par dix, voire cent. Le public, riant, hurlant, explosant de joie, fait vibrer l’atmosphère à l’unisson. On se prend à applaudir l’apparition de la silhouette de Sanjay, ou la réplique patriotique d’un personnage à l’encontre de ses racines. Une expérience inoubliable, écrasant celle déjà ressentie à Pantin au milieu de spectateurs tamouls. On finit le sourire aux lèvres, esquissant un pas de danse pendant le générique de fin.


Merci les Indiens, de croire encore à la magie du cinéma. Oui, des lumières qui s’éteignent, un rideau qui se lève devant un écran qui s’illumine, c’est et cela restera magique !


PS : Le film est classé A en Inde (réservé aux adultes), à cause de l’évocation de la prostitution masculine, bien que ce soit vraiment une œuvre tout public. Alors, que faisaient là tous ces enfants… et le bébé que j’ai entendu pleurer pendant la projection ?! Mais tant mieux pour eux.

Commentaires
13 commentaires
En réponse à Leela - le 08/02/2012 à 22:19

Je l’ai vu. C’est bien ce que je pensais. Je n’ai pas pu tenir jusqu’au bout, j’ai essayé trois fois et j’y suis parvenue, mais franchement je n’ai pas aimé. Comédie gentillette, mais pas terrible

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Anne le 02/03/2012 à 23:01

Je viens de le voir et j’ai aussi passé un bon moment, je regrette juste que le final soit si confu (je n’y ai rien compris, même avec de bons sous-titres)… Le gamin est vraiment adorable et on aurait aimé le voir davantage ; les acteurs "confirmés" sont tous au top. La musique est entraînante et sympathique, même si je ne pense pas l’écouter encore après quelques mois (à part peut-être "Jhak Maar Ke" que j’affectionne particulièrement).

6/10

noella le 21/02/2012 à 21:39

Suite à votre critique, je me suis décidée pour ce film. Et je l’ai apprécié . Il n’est pas à ranger du côté du cinéma social réaliste anglais ,c’est vrai , mais le cinéma anglais surtout en terme réaliste , seuls les anglais savent le faire . Le générique m’a fait penser à la musique utilisée dans Good by Lenine , qui est une des meilleures comédie pour moi , mais bien entendu le film n’a rien à voir avec cela . Je rejoins votre critique sur l’humanité plus que la moralité qui y est mise en scène sur un sujet délicat par petites touches sans rien de pesant et non plus sans une illusion sociale ni politico-économique,car ici il s’agit d’individus et Akjay est très convaincant tout en restant dans la comédie .

Alma le 10/02/2012 à 09:14

Moi aussi je l’ai vu et tout comme Leela, j’ai eu du mal, (mon mari s’est carrément endormi devant) ….c’est vraiment mal foutu et le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne casse pas trois pattes à un canard ! (mais je pense que le ressenti est sûrement très différent dans son salon en France et dans une salle en Inde, c’est le genre de film que justement on doit pouvoir voir là-bas plus facilement)

Les scènes s’enchainent n’importe comment, le scénariste mérite des baffes. John avec son air idiot est autant crédible en type qui a un MBA que ne le serait Sanjay en curé. Par contre, oui, j’ai trouvé Akshay intéressant dans le rôle.

L’idée de base était intéressante mais on est à des centaines d’années lumière de "the full Monty", et pourtant, oui il y avait matière, avec un meilleur scénario et une meilleure réalisation (et même en gardant John) à faire un film vraiment bien.

Marine le 09/02/2012 à 15:50

Ca y est ! Je l’ai vu ! Avec, j’ai même réussi à convertir définitivement une de mes amies au monde merveilleux de "bollywood" ;) (je crois que c’est le thème de la crise et des escorts boys qui l’ont convaincu). C’est un film sympathique, la musique s’écoute également et j’ai bien aimé les acteurs (même si j’ai eu un peu de mal avec Akshay…). En tout cas, chaque apparition de Sanjay Dutt, accompagné par son petit thème musical rien qu’à lui… c’est la grande classe :p

Leela le 08/02/2012 à 22:19

Je l’ai vu. C’est bien ce que je pensais. Je n’ai pas pu tenir jusqu’au bout, j’ai essayé trois fois et j’y suis parvenue, mais franchement je n’ai pas aimé. Comédie gentillette, mais pas terrible

Didi le 19/01/2012 à 09:38

Merci pour ta critique qui m’a fait aller au-delà de l’affiche. Effectivement, on passe un bon moment avec cette comédie (sans humour lourdingue ou scatologique), très bien rythmée.

savoy1 le 01/01/2012 à 13:09

Croyez-le ou non, une des premières choses que je me suis dite, au retour à mon hôtel de Jaipur ce 25 novembre au soir, c’est que j’allais proposer mes photos au site. Je ne pouvais garder cela pour moi. C’était peu susceptible d’intéresser les gens dans mon proche entourage, par contre, cela pouvait permettre aux lecteurs de découvrir des images d’une salle indienne.

Ma proposition a spontanément été acceptée. On m’a alors demandé de joindre l’écrit au visuel. Ce que j’ai fait avec plaisir. Je suis donc heureux de partager avec vous mes clichés, et les souvenirs de cette soirée inoubliable (gardez à l’esprit les conditions uniques dans lesquelles j’ai vu cette petite comédie romantique). Heureux de faire vivre une modeste page du site. Pour ouvrir encore un peu plus nos pensées au monde.

J’en profite ici pour remercier l’équipe pour son boulot d’information et de défrichage. Pour dire un grand merci à Guiridja dont le contact n’a d’égal que la gentillesse (si, si !)

Une bonne année à tous.

Guiridja le 03/01/2012 à 16:00

Merci merci d^.^b

Si non c’est vrai que c’est sympa de partager ce genre d’expérience, voir un film indien dans une salle en Inde ça prend tout de suite une autre dimension !

Si tu souhaites retenter la chronique de film pour fanta, c’est avec plaisir (ce message est valable pour tout les fantapotes qui souhaiteraient écrire aussi pour le site ;)

Marine le 03/01/2012 à 15:18

Merci d’avoir pensé à nous en tout cas ;-)

Leela le 30/12/2011 à 23:17

Très surprise par cette critique, comme vous ! je vais donc le voir…

Alma le 29/12/2011 à 15:15

Idem !! J’ai vu la BA à Londres et ça ne donnait vraiment pas envie, mais ta critique donne un tout autre éclairage…Je suis intriguée et j’ai hâte de le voir maintenant. Merci.. :-)

clem le 29/12/2011 à 10:35

merci beaucoup de nous avoir fait part de cette expérience !! j’avais moi aussi (visiblement c’est un avis général ^^) bcp d’aprioris sur ce film, mais tu m’as donné envie de le découvrir…

Marine le 28/12/2011 à 11:25

J’avais un gros à-priori sur le film (oui l’affiche peut faire fuir, je confirme). Ma mère étant fan d’Akshay, je pense que je lui prendrais le dvd dès que possible. Merci Savoy1 d’avoir partagé cette expérience.