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Dhobi Ghat

(grand lavoir à ciel ouvert à Bombay)

Année2011
LangueHindi
GenreDrame
RéalisateurKiran Rao
Dir. PhotoTushar Kanti Ray
ScénaristeKiran Rao
ActeursAamir Khan, Prateik Babbar, Monica Dogra, Kriti Malhotra, Kitu Gidwani, Nafisa Khan
Dir. MusicalGustavo Santaolalla, Aamir Khan
ParolierGustavo Santaolalla
ChanteursGustavo Santaolalla, Ryuichi Sakamoto, Monica Dogra
ProducteursAamir Khan, Kiran Rao
Durée102 mn

Bande originale

Stranger Lives
You With Me
Ghat Kaisi

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Didi - le 29 mars 2011

Note :
(6.5/10)

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À Bombay, le destin de quatre personnages se croise et s’entrecroise au fil d’un voyage à travers la mégapole et ses multiples facettes. Il y a Shai (Monica Droga), NRI, fille de financiers richissime, qui est venue à Bombay pour assouvir sa passion de la photographie. Lors d’une soirée, elle rencontre Arun (Aamir Khan), un artiste peintre peu sociable dont elle tombe amoureuse, après avoir passé la nuit avec lui. En revanche, Arun ne veut plus rien savoir d’elle et déménage. Dans son nouvel appartement, il fait une trouvaille surprenante : des lettres vidéos que Jasmin (Kriti Malhotra), une jeune musulmane, venue d’Uttar Pradesh pour se marier, voulait envoyer à son jeune frère pour lui faire découvrir la ville. Il y a aussi Munna (Prateik Babbar), un jeune dhobi (un blanchisseur), qui entend bien devenir acteur. Munna est aussi le fil conducteur entre tous ces personnages de milieux et aux destins complètement différents dont la rencontre les uns avec les autres ne sera pas sans conséquences…

Sorti en janvier 2011, Dhobi Ghat est la première réalisation de Kiran Rao, la jeune épouse de la star Aamir Khan, acteur et producteur de ce long-métrage. Réalisé dans une optique qui se veut artistique, Dhobi Ghat, dans sa facture et sa narration se rapproche plus des films occidentaux que du cinéma populaire indien avec ses codes spécifiques et surtout ses séquences chantées ou dansées. En effet, Dhobi Ghat ne développe pas une intrigue, ce n’est pas son propos. Il tient plus du film choral, en exposant une tranche de vie des différents personnages venus d’horizons différents et réunis par et dans la ville de Bombay, laquelle est en quelques sorte le cinquième personnage.

Le sous-titre donné au film Mumbai Diaries (Carnets de Bombay) donne un avant-goût du sujet, bien plus que le titre principal Dhobi Ghat, qui fait référence à cet immense lavoir où des petites mains réalisent le travail de blanchisserie de toute la ville. En effet le lavoir apparaît à plusieurs reprises dans le film, mais à parts égales avec d’autres sites de Bombay, comme la promenade du front de mer ou la plage. La ville de Bombay est d’ailleurs montrée dans tous ses états : des demeures huppées aux bidonvilles, sous le soleil ou sous la pluie battante.

Comme la ville de Bombay est un des personnages, si ce n’est le protagoniste, la réalisatrice et son caméraman, Tushar Kanti Ray, s’ingénient à multiplier les angles originaux pour les prises de vue. Bombay, dans ses multiples facettes, devient ainsi objet de convoitise de différents objectifs : le zoom numérique de Shai ou le caméscope de Jasmin. Le travail sur la photographie sert aussi remarquablement ce kaléidoscope de vues de Bombay.

Ce voyage à travers la ville est accompagné par la musique, discrète, mais prenante, de Gustavo Santaolalla. On peut se demander pourquoi, alors que l’Inde, du Nord au Sud, regorge de compositeurs ou de musiciens de talent, Kiran Rao s’est alloué les services de ce guitariste et interprète argentin. On comprend mieux ce choix, lorsque l’on sait que Gustavo Santaolalla a réalisé les bandes originales de Carnets de Voyage, Amours Chiennes ou Le Secret de Brokeback Mountain. La guitare de l’argentin apporte une note exotique associée aux prises de vue de Bombay et accentue son aspect cosmopolite.

Les acteurs Aamir Khan, Kriti Malhotra et Monica Dogra livrent une prestation honorable. C’est l’interprétation de Prateik Babbar, le jeune dhobi, la plus touchante et la plus notable du film. Il rend à merveille la naïveté attachante de ce jeune homme pris dans un miroir aux alouettes entre son rêve d’acteur et son amour pour une femme inaccessible. On avait pu l’apercevoir dans le petit rôle du frère de la protagoniste dans Jaane tu… ya jaane na et, même si sa prestation dans Dhobi Ghat n’est pas excessivement longue, c’est lui que l’on remarque le plus dans ce film choral. Un rôle principal où Prateik Babbar pourrait confirmer les promesses que l’on voit poindre dans Dhobi Ghat, nous permettrait de juger s’il est le digne fils de sa mère, Smita Patil, l’actrice de Bhumika ou de Sagdati, égérie du cinéma indépendant indien des années 1980, morte tragiquement en couches à l’âge de 31 ans.

Dhobi Ghat a reçu un accueil mitigé à sa sortie en Inde, le public indien ayant certainement été déconcerté par ce film de facture si différente et plus occidentalisée. Néanmoins, le producteur, Aamir Khan, habitué cependant à battre des records au box-office, a jugé qu’à partir du moment où il était entré dans ses frais, il n’y avait pas lieu de parler de « bide ». Dhobi Ghat peut dérouter, il est vrai, les amateurs de cinéma populaire, qui risquent de le trouver lent et ennuyeux, néanmoins je conseillerais, à ceux qui passeraient outre ce détail, de regarder le film tant il s’en dégage un charme indescriptible. À défaut d’avoir fait un film brillant au regard des ambitions affichées, Kiran Rao a su créer une atmosphère qui rend son film malgré tout attachant et intéressant.

Commentaires
6 commentaires
En réponse à zaza3945 - le 03/06/2012 à 14:03

j’adore ce film. il fait parti des films à présenter à ces amis novices du monde bollywood.

seule le personnage de jasmin n’était pas intéressant. dès le premier visionnage de sa video, j’ai su comment ça allait se terminer pour elle.

j’aime le mélange bidonville et quartier riche, l’amour impossible mais sincère de munna pour sahi, le mélange tradition et modernisme.

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zaza3945 le 03/06/2012 à 14:03

j’adore ce film. il fait parti des films à présenter à ces amis novices du monde bollywood.

seule le personnage de jasmin n’était pas intéressant. dès le premier visionnage de sa video, j’ai su comment ça allait se terminer pour elle.

j’aime le mélange bidonville et quartier riche, l’amour impossible mais sincère de munna pour sahi, le mélange tradition et modernisme.

Mel le 20/11/2011 à 19:25

J’ai été très déconcerté par ce film. Pour moi aussi c’est le premier Bollywood d’art et d’essai . C’est un film envoûtant dont la lenteur ne m’a pas gêné.

Mais j’ai trouvé les trois personnages principaux très surprenants :

  • Shai est "extrêmement libérée" pour un film indien : elle passe la nuit avec Arun mais c’est pour elle juste un joli souvenir sans aucune implication morale. Elle est tellement légère et lumineuse qu’au contraire de Didi, je ne suis pas vraiment sûr qu’elle soit vraiment "tombée amoureuse" d’Arun.
  • Munna est "ultra coincé", même pour un film indien : il veut faire l’acteur mais il fait des efforts surhumains pour ne rien exprimer. A tel point que j’ai eu le sentiment que Shai était cruelle avec lui.
  • Arun dégage une sorte de sensualité virile étonnante pour le spectateur masculin que je suis, et totalement inhabituelle dans un film indien.

Au final, je ne sais pas trop quoi penser du triangle Shai-Munna-Arun. Peut-être ma distance culturelle avec l’Inde est-elle trop grande. Mais j’ai passé un agréable moment avec Dhobi Ghat.

Claire le 03/06/2011 à 08:55

Je te rejoins sur beaucoup de points Didi, sauf qu’au final, je donnerais une note beaucoup plus élevée… ;-). J’ai adoré Dhobi Ghat, il entre dans mon top ten.

Ce film a pour moi un charme incroyable. Ces allers et retours entre les différentes vies sont extrêmement bien tissés. J’aime le fait que l’on noue peu à peu des fils entre chaque personnage sans que jamais cela ne devienne le but du film, savoir ce qui les relie. Les voir évoluer, découvrir la ville par leurs yeux reste tout au long du film le point fort. La ville de Mumbai et ces 4 vies différentes restent le sujet du film, leurs liens reste toujours en filigrane.

Chaque personnage reflète un caractère particulier sans que jamais aucun des 4 ne devienne caricatural : la femme au foyer ne paraît pas soumise dans sa tête, il lui reste beaucoup de rêves. La riche NRI, garde une vraie capacité d’empathie malgré sa vie de fille gâtée. Je pense que la douceur qui se dégage du visage de Monika Dogra joue un grand rôle dans le fait que son personnage puisse évoluer avec tant d’aisance dans ce luxe, sans jamais devenir tête à claque. Le peintre évolue mais on ne cherche pas à nous faire croire qu’il devient tout d’un coup une personne hyper sociable. Seul Munna est plus présenté comme "irréprochable", mais grâce au jeu très très fin de Prateik, jamais cela ne semble "trop" et ne rend son personnage invraissemblable.

Les 4 acteurs principaux (je ne connaissais que Aamir Khan, comme beaucoup j’imagine) m’ont tous subjuguée. Alors que je suis grande fan d’Aamir, je garde presque plus de souvemirs des autres personnages que du sien, tellement chacun des 3 autres acteurs est excellent. Prateik et Monica Dogra ont été pour moi des révélations. Enfin une jeune actrice indienne avec du caractère dans le visage et dans le jeu (je ne citerai personne, mais franchement,ça nous change non ?) La musique accompagne parfaitement ces images, sobre pour la dureté de certaines des vies esquissées, très mélodiques pour l’humanité qui malgré tout reste si fortement présente. Grâce au jeu des différents appareils utilisés pour regards sur la ville, les prises de vue sont extrêmement variées, avec la possibilité de lécher l’image sans que cela ne devienne une manie. Un de mes seuls points négatifs serait ici d’ailleurs : les mises au point permanentes de l’appareil photo de Shai et du camescope de Nafisa sont parfois redondantes et agaçantes, mais cela reste un défaut minime en regard de la beauté du film.

Bref, voilà, j’ai adoré ce film, et je voulais en faire part.

PS : Merci pour l’info sur le compositeur. Je ne savais pas qu’il était sur tous ces autres films à la si bonne BO.

alineji le 27/01/2013 à 18:04

Sur la même longueur d’ondes que Claire, j’ai aussi beaucoup apprécié l’analyse de Didi, mais au final, une note de 8 ou 8,5 me semblerait plus adéquate. C’est un de mes films préférés, en raison du rôle majeur de la ville.

noella le 16/05/2011 à 19:35

Je trouve aussi que c’est un beau petit film , et la ville de Mumbai m’a fascinée :j’aurais du mal à expliquer pourquoi en temps que film choral, il ne m’a pas convaincue.Une impression de "trouvailles" intéressantes mais sans plus , sans être vraiment novateur, comme pour les lettres vidéos de Jasmin : ce témoignage sonnait juste, moins les réactions de Aamir, je trouve.Sans doute parce que je suis toujours étonnée du résultat "pictural" trop explicite pour le personnage du peintre .Cela fait plusieurs films où Aamir est peintre.C’était aussi le cas de Ajay Devdan et chaque fois les peintures me semblent trop figuratives , donc trop redondantes pour l’histoire et cette fois-ci c’est de nouveau le cas .C’est plutôt le personnage Munna qui m’a touchée par les petits détails des réactions des personnages de second plan ; c’est pour cela qu’il prenait une consistance, par cette multitude de réactions .C’est souvent le talent du cinéma hindi , mais ici cela se concentrait sur lui et les autres personnages perdaient en profondeur à côté , semblaient plus "conventionnels", voire plus artificiels .

Deolia le 29/03/2011 à 08:21

Bel article Didi et je te rejoins sur tous les points de ta critique.

Copier-coller de ce que j’avais déjà mis sur le forum :

Bien que le cinéma d’art et essai ne soit pas du tout mon genre de prédilection, j’ai trouvé ce film bien agréable à regarder.

Il s’en dégage effectivement une atmosphère particulière. La ville de Mumbai est un personnage à part entière. Elle est omniprésente, pas seulement de par ses très beaux plans extérieurs mais aussi dans chaque scène intérieure du film (le bruit incessant de la circulation, des klaxons ou encore de la pluie qui tombe, …). L’ambiance du film est très réussie et je dirai même que c’est la première chose qui m’a captivée.

Ensuite, il y a bien sûr les destins croisés de ces 4 personnages si différents (tant au niveau de leur personnalité que de leur classe sociale) mais tous attachants. Tous les acteurs tirent bien leur épingle du jeu et, même si de mon côté, j’ai beaucoup aimé l’interprétation d’Aamir, c’est vrai que la révélation du film, c’est vraiment Prateik Babbar ! Peut-être aussi parce que son personnage est le plus touchant, celui qui dégage le plus de sensibilité. Il a un petit côté timide et innocent qui le rend très attachant (c’est du moins comme ça que je l’ai ressenti). En tout cas, il ne manque pas de présence à l’écran, c’est sûr.

Bref, un beau petit film différent à découvrir…