]]>

Dilip Kumar

Fonction : acteur
De son vrai nom : Muhammad Yusuf Khan
Surnom : Roi de la tragédie
Né le : 11 décembre 1922 (95 ans)
à : Peshawar (Inde britannique)
Nationalité : indienne
Famille : marié à Saira Banu depuis 1966. A épousé puis a divorcé de Asma en parallèle (1980-1982)

En savoir plus

Fiche IMDB
Page Wikipedia

Films notables

Mughal-E-Azam
Naya Daur
Andaz
Devdas (1955)
Karma
La biographie de Fantastikindia

Par Madhurifan - le 11 décembre 2010

Dernière mise à jour le 16 février 2015

Article lu 2673 fois

Galerie

Dilip Kumar fait partie des légendes du cinéma indien. Avec Raj Kapoor et Dev Anand il a marqué à tout jamais le cinéma indien. Et pourtant rien ne le destinait à devenir une star de ce calibre. Et surtout pas sa famille.

L’histoire exceptionnelle de Dilip Kumar commence le 11 décembre 1922 à Peshawar, alors en Inde mais aujourd’hui au Pakistan. Le bébé Muhammad Yusuf Khan voit le jour dans une famille de commerçants musulmans. L’opération se passe au Qissa Khawani Bazaar ("le marché des conteurs"), un quartier où pullulent les commerces alimentaires, les magasins d’habillement mais aussi des éditeurs de livres pashtounes, urdus et perses.

Le fils du vendeur de fruits

Ce quartier est historiquement célèbre parce qu’il a connu la première confrontation entre Britanniques et manifestants non-violents au cours de laquelle plusieurs centaines de manifestants sont morts. Mais pour nous, amateurs de Bollywood, ce quartier a une autre particularité. C’est de là qu’est originaire le père de Shah Rukh Khan !

Yusuf est le deuxième fils et le quatrième enfant d’une famille pachtoune qui en comptera douze, autant de filles que de garçons. Son père est marchand de fruits et possède des vergers à Peshawar et à Deolali, près de Bombay. Il s’est installé à Bombay au début des années 20 et a monté un commerce de fruits à Crawford Market. Il fait venir les fruits du nord et revend sa production aux détaillants locaux. Yusuf va longtemps l’aider dans sa tâche et il garde encore aujourd’hui un souvenir très précis des gestes à accomplir. A Bombay, il va en classe au Anjuman-e-Islam puis au Wilson et au Khasla college.

En 1940, il a 18 ans. Après une dispute avec son père, il quitte la maison familiale et part s’installer à Pune. Il faut trouver un travail pour vivre et il devient serveur dans une cantine pour soldats britanniques avec lesquels il va nouer des contacts. Il est passionné de football et fera vite partie de l’équipe de football de l’armée britannique. Comme il s’appelle Khan, les soldats lui donnent le surnom de Gengis, seul Khan de leur connaissance. Mais Yusuf n’a pas envie de finir serveur. Avec l’argent gagné il achète un commerce et vend des casse-croûte. Sa vie se passe donc entre la cantine, le jour, et son commerce, la nuit.

En 1943, par l’intermédiaire du Dr Masani, un psychiatre, il rencontre Devika Rani. C’est une actrice célèbre de l’époque. Mais elle est surtout la co-fondatrice (avec son mari, Himanshu Rau), en 1934, de Bombay Talkies, la première société cinématographique d’Inde. Depuis la mort de Rau, elle dirige seule la société. Devika tombe sous le charme de l’homme, de son élégance et de sa diction exceptionnelle de l’urdu. Elle entrevoit son potentiel dans le cinéma indien qui manque cruellement à ce moment d’acteurs à la diction parfaite. La plupart des acteurs viennent en effet du théâtre où ils ont pris l’habitude de forcer leur voix. Selon les sources on attribue la paternité de son nom à Devika Rani ou au poète Bhagwati Charan Verma. Quoi qu’il en soit, il choisit Kumar pour profiter de la vague de popularité d’Ashok Kumar, vedette de cette époque.

Le style Dilip Kumar

C’est en 1947 que sort le premier film avec Dilip Kumar, Jwar Bhata. Il restera 20 semaines à l’affiche. Mais Dilip passe inaperçu malgré une critique plutôt positive, le Times of India écrivant que ce film "a l’un des meilleurs jeu d’acteurs de ces dernières années". En 1947, on le voit dans Milan (distribué à l’étranger sous le titre Naukadubi), d’après une nouvelle de Tagore. Sur les conseils de Nitin Bose, un ancien caméraman passé à la réalisation et qui va devenir son gourou, il va inventer un style d’interprétation. Alors que le jeu de la plupart des acteurs de l’époque est fortement influencé par le jeu dramatique exagéré en vigueur dans les théâtres, lui, va appuyer sur les silences. Une véritable révolution. Ce style très particulier, conforté par sa diction très élégante, inspirera nombre d’acteurs par la suite. Il devient rapidement une vedette et gagne beaucoup d’argent. Pour l’anecdote, à cette époque, il gagne 500 roupies par mois alors que son ami Raj Kapoor n’en gagne que 150. Mais cette situation lui paraît anormale. Il pense qu’il est trop payé et craint que sa carrière ne s’arrête brusquement. C’est pourquoi il décide de ne pas mettre tous ses œufs dans le même sac et ouvre un salon de thé dans Crawford Market.

Mais ce ne sera pas utile. En 1948, il apparaît dans Shaheed, sponsorisé par le Parti du Congrès et tourné pour le premier anniversaire de l’indépendance. La même année il obtient son premier très gros succès avec Jagnu, un film patriotique où il donne la réplique à Noor Jahan, la grande chanteuse et actrice de l’époque.

Il partage pour la première fois la vedette avec les superstars Nargis et Raj Kapoor en 1949, dans Andaz de Mehboob Khan. Le film connaît un succès énorme et le propulse au premier plan. Il faut dire que ce film bénéficie de privilèges. C’est, par exemple, le premier film non-anglais à être projeté dans un cinéma de luxe avec air conditionné, le Liberty Cinema.

Le moins qu’on puisse dire c’est que Dilip Kumar ne chôme pas. En 3 ans, de 1947 à 1950, il tourne 13 films ! Cette course effrénée aux tournages a une explication bien terre-à-terre. Il a perdu ses parents et il est devenu le principal soutien de cette famille de 12 enfants.

Le roi de la tragédie

Dans les années 50 il obtient le surnom de "roi de la tragédie" grâce à ses rôles dramatiques dans des films à succès : Deedar (1951), Amar (1954), Devdas (1955), Madhumati (le blockbuster de l’année 1958). Mais tous ces rôles dramatiques commencent à avoir des conséquences sur son état mental. Il consulte des psy à Bombay et à Londres qui lui suggèrent de tourner dans des films plus légers. Tout en continuant ses tragédies, il va donc se diversifier avec succès dans Aan (1952) et Azaad (1955), remake d’un film tamoul, dans lequel il joue un double rôle comique. Gros succès qui va lui permettre petit à petit de délaisser les tragédies.

En 1954, le magazine de cinéma Filmfare crée ses récompenses. A l’âge de 32 ans, Dilip Kumar reçoit le premier Filmfare du meilleur acteur de l’histoire pour Daag (sorti en 1952). Premier d’une série de 8, record actuel. Il sera nominé 19 fois par la suite. Accessoirement, il détient le titre de "plus vieux nominé". L’histoire d’amour avec Filmfare trouve sa consécration en 1993 avec le Filmfare Lifetime Award Achievement, la récompense pour l’ensemble de sa carrière.

En 1957, il refuse le rôle principal dans Pyaasa, de Guru Dutt. C’est le réalisateur lui-même qui le remplacera. Le film sera un superhit. Mais c’est avec Naya Daur, de B.R. Chopra qu’il tient son succès de l’année. En termes de recettes, Naya Daur arrive juste derrière Mother India. Le film rentre dans la légende grâce à l’humanité de son histoire, à sa force symbolique et à ses chansons.

Son étoile culmine en 1960 avec Mughal-E-Azam dans lequel il joue le rôle de Jehangir, le fils d’Akbar. Bien qu’il soit lui-même musulman, c’est la première fois qu’il joue le rôle d’un musulman et qu’il porte la moustache. Le film est un phénoménal succès à sa sortie. Mughal-E-Azam et Naya Daur entrent dans le cercle restreint des classiques du cinéma indien et ils seront colorisés et redistribués dans les années 2000.

En 1961, Dilip Kumar prend la casquette de producteur pour la première et dernière fois. Il produit un film réalisé par son gourou Nitin Bose (qui est l’oncle de Satyajit Ray), Ganga Jumna. Il y côtoie son frère, Nasir Khan. Cette histoire de deux frères dont l’un devient policier et l’autre gangster inspirera le célébrissime Deewaar avec Amitabh Bachchan.

La même année, il est contacté par David Lean qui prépare Lawrence d’Arabie. Il propose en vain à Dilip Kumar d’interpréter le personnage de Sherif Ali. C’est Omar Sharif qui aura le rôle… et le succès international que l’on sait. Qui sait ce que serait devenu le cinéma indien si Dilip avait accepté !

Dilip Kumar est au sommet de sa gloire avec Mughal-E-Azam et Ganga Jumna, respectivement deuxième et dixième plus grand succès du cinéma indien de tous les temps.

Potins et vie de famille

Les années 60 sont plus marquées par les potins que par les succès cinématographiques. Il tourne une série de ratages et il faudra attendre 1967 pour le voir tenir un succès avec un double rôle de jumeaux séparés à la naissance dans Ram Aur Shyam. Par contre on parle beaucoup de lui au moment où il épouse Saira Bano (actrice plusieurs fois nominée aux Filmfare). Pas pour la romance mais parce qu’il a 44 ans et elle 22. Les potins vont bon train, ainsi que les pronostics pessimistes sur la durée du couple. Mais les mauvaises langues en sont pour leurs frais et ce sera l’une des plus longues unions de Bollywood.

Il tourne peu dans le début des années 70 car une nouvelle vague d’acteurs arrive avec à leur tête Amitabh Bachchan et Rajesh Khanna. En 1976 il suspend sa carrière après un triple rôle dans Bairaag. Pendant les 5 années suivantes, il va se consacrer à la littérature, au théâtre et aux études religieuses. Mais il n’est pas oublié pour autant et, en 1981, ce sera le premier acteur à devenir sheriff de Mumbai, un titre honorifique décerné à une personnalité importante de la ville. Il fait un retour explosif au début des années 80 avec Kranti, plus gros succès de l’année 1981, et Shakti en 1982. Jusqu’au début des années 90 il tournera plusieurs succès comme Karma (1986) et Saudagar (1991), qui sera son dernier grand succès. Il abandonne sa position de jeune premier romantique (un peu normal à plus de 60 ans) pour celle d’ancien, de patriarche ou de policier. En 1996, il est prévu qu’il fasse ses débuts comme réalisateur avec Kalinga mais le film ne se fera finalement pas. Sa carrière s’achève sur le bide de Qila (98). Le film de trop.

Quand la politique s’invite

Sa notoriété et ses convictions ne pouvaient pas laisser le monde politique indifférent. Entre 2000 et 2006, il est élu à la chambre haute du parlement (Rajya Sabha) sous la bannière du Parti du Congrès. De 2001 à 2004 il travaille pour le ministère de l’information. En 2004, il est membre du "Committee for Health and Family Welfare" et du "Consultative Commitee for the Ministry of Tourism". Mais rien n’est jamais parfait et, à côté de ces fonctions plutôt honorifiques, il devra faire face, avec son frère, à une plainte pour vol de terrain qui se terminera par un non-lieu.

Comme la plupart des stars, il a une vie sentimentale agitée. On lui prête de nombreuses liaisons avec des actrices parmi lesquelles Kamini Kaushal (avec qui on dit qu’il a été marié), Vyjayant Bali et surtout Madhubala dont il se séparera dans la douleur pendant le tournage de Naya Daur. Il sera même bigame pendant peu de temps car il épouse Asma, une actrice, alors qu’il l’est déjà avec Saira Bano.

Sur le plan personnel, Dilip Kumar est passionné par la musique (il aime les Gazals, joue du sitar et chante plutôt bien) et la poésie urdu. Il est aussi amateur de cuisine.

On peut se demander pourquoi Dilip Kumar a une telle importance en Inde. En fait, avec Dev Anand et Raj Kapoor, c’était l’homme qu’il fallait au bon moment. Sa carrière s’est développée à un moment où l’Inde se développait. Ce pays, tout neuf et encore en construction changeait. Les Indiens commencaient à voyager, à voir d’autres choses que leur village d’origine. Le cinéma suivait cette grande respiration, le films n’hésitaient plus à se tourner dans des régions lointaines, aux quatre coins du pays. Dilip Kumar est arrivé à ce moment unique. Grâce à son talent il a fait partie de cette grande aventure enclenchée par Gandhi et Nehru. Il en a même été en quelque sorte le symbole au cinéma (lire à ce sujet le livre de Meghnad Desai, voir ci-dessous). Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il fasse partie des racines de la nouvelle Inde.

Dilip Kumar a quitté les plateaux depuis longtemps mais, en 2009, une pétition du milieu du cinéma a circulé pour demander que le gouvernement lui attribue la Bharat Ratna ("le joyau de l’Inde"), la plus haute distinction civile. A cette occasion, Karan Johar a écrit : "Dilip Kumar est la fierté du cinéma indien".

Belle reconnaissance pour un marchand de fruits, dont la passion première a été le football, qui préférait dans sa jeunesse le cinéma anglais au cinéma hindi et qui est un admirateur de Spencer Tracy et James Stewart.

Récompenses :

Dilip Kumar a obtenu la plupart des grandes récompenses civiles :

  • 8 Filmfare du meilleur acteur (le record),
  • 1993 : Filmfare Lifetime Achievement Award,
  • 1994 : Dadasaheb Phalke Award décerné par le gouvernement indien pour se contribution au cinéma indien,
  • 1997 : NTR (N.T. Rama Rao) National Award qui récompense des personnalités pour l’ensemble de leur œuvre et leur contribution à l’industrie indienne du film,
  • 1998 : Nishan-e-Pakistan, la plus haute récompense civile pakistanaise. C’est le premier acteur indien et le second Indien (après le premier ministre Morarji Desai) à recevoir cette récompense. C’est également la première star de Bollywood à venir du Pakistan. Lorsqu’il reçoit cette récompense, l’Inde est en pleine guerre de Kargil avec le Pakistan. Il aura le droit à des menaces de la part du Shiv Sena, parti nationaliste hindouiste (également à l’origine des incidents lors de la sortie de My Name is Khan de Karan Johar en 2010) qui lui demande de la rendre, ce qu’il ne fera pas.
  • 2007 : Phalke Ratna Award,
  • 2009 : Docteur honoraire de la Maulana Azad National Urdu University à Hyderabad,
  • 2009 : CNN-CBN Indian of the year, Life achievement

Sources :
Dilip Kumar : The Definitive Biography (de Bunny Reuben)
Nehru’s Hero Dilip Kumar : In the Life of India (de Meghnad Desai)
Dilip Kumar : The Last Emperor (de Sanjit Narwekar)
… et Internet

Commentaires
7 commentaires
Filmographie sélective

1998 - Qila de Umesh Mehra avec Rekha

1991 - Saudagar de Subhash Ghai avec Raaj Kumar

1986 - Karma de Subhash Ghai avec Anil Kapoor, Naseeruddin Shah et Jackie Shroff

1982 - Vidhaata de Subhash Ghai avec Sanjay Dutt

1982 - Shakti de Ramesh Sippy avec Amitabh Bachchan et Rakhee Gulzar

1981 - Kranti de Manoj Kumar avec Manoj Kumar, Shashi Kapoor et Hema Malini

1961 - Gunga Jumna de Nitin Bose avec Vyjayanthimala

1960 - Mughal-E-Azam de K. Asif avec Madhubala

1958 - Madhumati de Bimal Toy avec Vyjayanthimala

1957 - Naya Daur de B.R. Chopra avec Vyjayanthimala

1955 - Devdas de Bimal Roy avec Vyjayanthimala

1952 - Daag de Amiya Chakrabarty

1949 - Andaz de Mehboob Khan avec Nargis et Raj Kapoor

1948 - Jagnu de Shaukat Hussain Rizvi avec Noor Jehan

1948 - Shahed de Ramesh Saigal avec Kamini Kaushal

1947 - Jwar Bhata de Amiya Chakrabarty