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Dunno Y… Na Jaane Kyon

Traduction : Je ne sais pas pourquoi

Année2010
LanguesHindi, Anglais
GenreMélodrame / Romance
RéalisateurSanjay Sharma
Dir. PhotoBasheer Ali
ScénaristeKapil Sharma
ActeursZeenat Aman, Kabir Bedi, Helen, Yuvraaj Parashar, Kapil Sharma, Hazel Croney, Parikshat Sahni, Rituparna Sengupta, Aryan Vaid
Dir. MusicalNikhil Kamat
ParolierSatyaprakash
ChanteursShreya Ghoshal, Lata Mangeshkar, Shaan, Mahalakshmi Iyer, Kunal Ganjawala, Farhad Bhiwandiwala, Yashita Sharma
ChorégraphesReshma Khan, Rajeeiv Khinchi, Sanjay Sharma
ProducteurRajkumari Satyaprakash
Durée139 mn

Bande originale

Dunno Y Na Jaane Kyu
Mumbai Meri Hain Mumbai
Saiya Saiya
Atariya Mai
Dabi Dabi Khwahishe (Duet)
Dabi Dabi Khwahishe (Female)
Dabi Dabi Khwahishe
Dunno Ye Na Jaane Kyu (Shaan)
Jenny (Ashle Lagi Lagan)

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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 10 décembre 2015

Note :
(2/10)

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Margaret D’Souza (Helen) est la maîtresse de cérémonie de la petite fête organisée pour célébrer les cinq ans de mariage de son petit-fils Ashley (Yuvraaj Parashar) avec Jenny (Rituparna Sengupta). Sa belle-fille Rebecca (Zeenat Aman) comme tous les invités y va de son petit compliment. La petite famille anglo-indienne semble heureuse et soudée. Pourtant, l’alcool aidant, les langues se délient. Margaret méprise profondément Jenny dont le couple bat en réalité sérieusement de l’aile. D’ailleurs, Sam, le frère d’Ashley, fait en coulisse une cour assidue à sa belle-sœur. Tout le monde sait également que Rebecca avait été laissée sans le sou lorsque son mari Peter (Kabir Bedi), le fils de Margaret, était parti sans explication des années auparavant. Elle arrondit depuis des fins de mois difficiles en entretenant des relations tant avec son patron qu’avec d’autres hommes riches.

Et puis un jour tout bascule. Peter réapparaît atteint d’un cancer en phase terminale pour voir une dernière fois sa famille. Dans le même temps, Jenny se laisse séduire par Sam qui l’invite à le suivre à l’étranger où il a obtenu un emploi bien rémunéré. Ashley enfin ose aborder un prostitué (Kapil Sharma) pour un repas en amoureux ; et plus si affinités… Cela vous parait un peu confus ? À moi aussi. Mais commençons par le début…

L’avion avait décollé depuis quelques temps déjà. Nous devions encore survoler la Chine à moins qu’on ne soit déjà au-dessus de la Russie. Toujours est-il que je venais de finir le désopilant Kingsman : The Secret Service sur la vidéo de bord. Ce film formidable se termine par une promesse alléchante de la ravissante reine de Suède à l’espion so-british : « Si vous sauvez le monde, on le fait dans le cul ». Que voir après ça pour passer les huit heures qui nous séparent de l’atterrissage ? J’avais préparé quelques films sur ma tablette et c’est tout naturellement Dunno Y… Na Jaane Kyon qui m’est venu à l’esprit.

Le film de Sanjay Sharma avait causé bien des remous en 2010 car il avait été présenté comme le pendant indien du Secret de Brokeback Mountain. Son sujet et encore plus son affiche ont été considérés comme une provocation grave dans un pays où l’homosexualité est criminalisée. Pire, son acteur principal, Yuvraaj Parashar, a été déshérité par ses parents juste après la sortie en salles. Pourtant, le très sourcilleux comité de censure n’a pas (trop) trouvé matière à redire [1]. Le gros touriste coréen affalé à côté de moi ronflait comme un sonneur. Je pouvais y aller de mon petit acte militant et regarder Dunno Y… Na Jaane Kyon sans risquer l’opprobre de toute la classe éco.

Le générique est déjà une surprise. Il annonce d’emblée Zeenat Aman (59 ans), Kabir Bedi (64 ans), Helen (72 ans) et la chanson-titre interprétée par Lata Mangeshkar (81 ans). Un film sur l’homosexualité joué par des vieillards, ça pourrait être intéressant. En même temps, c’est chaud non ? En fait non. D’abord on nous distribue des couvertures parce que la climatisation est réglée sur 18°. Ensuite, les trois acteurs en question n’apparaissent presque que dans la première partie, celle où tous les problèmes de la famille sont exposés. L’écheveau est tellement noué que la participation d’artistes très expérimentés était peut-être nécessaire à notre compréhension.

Malheureusement nous perdons rapidement le fil. Qui couche avec qui et pourquoi ? Qui ne couche pas et pourquoi pas ? Tant de questions… Nous n’avons pas été pris en traître car c’est la signification du titre. En anglais Dunno Y est une version de I don’t know why : Je ne sais pas pourquoi. Et pour être bien sûr, il est répété en hindi : Na Jaane Kyon. Nous ne savons donc pas pourquoi. Au fait, pourquoi quoi ? Non plus. Les anciens ne sont d’aucun secours.

Pourtant, même pour un spectateur qui ne parle pas hindi, les dialogues sont accessibles car ils sont en grande partie en anglais [2]. C’est un choix artistique déroutant pour un film se déroulant en Inde et destiné aux salles indiennes. Ce n’est certes pas le premier. Déjà en 1941, Sadhona Bose et Prithviraj Kapoor conversaient dans la langue de Shakespeare dans Raj Nartaki. 70 ans plus tard, la difficulté est exactement la même. Malgré leurs efforts, la diction de beaucoup d’acteurs indiens laisse à désirer et l’ensemble n’est absolument pas naturel. Seul Kabir Bedi qui a longtemps vécu à l’étranger se sort de cette difficulté. Les autres sombrent corps et bien.

Ils auraient peut-être pu surnager si les textes qu’ils avaient à dire avaient un intérêt. Or ils sont d’une pauvreté et d’une suffisance à pleurer. Les redites et les répétitions sont innombrables. Enfin, si, on peut les compter. Par exemple, le mot « amour » (love) est d’une réplique sur vingt. C’est beaucoup. Kapil Sharma, le petit frère du réalisateur qui joue le jeune homme prostitué, est l’auteur du scénario et des dialogues. Il aurait peut-être dû s’abstenir de l’un comme de l’autre. Même quand il récite sa propre prose, ça sonne faux. Dunno Y… Na Jaane Kyon nous téléporte à mi-chemin entre Éric Rohmer [3] et Jean Rollin, les jolies filles en moins…

J’allais décrocher quand le steward s’est approché avec son chariot. Une mignonnette et ça repart.

L’entracte arrive, Ashley fait un signe à un gars qui attend sur le trottoir. C’est parti pour l’histoire d’amour qui occupe la seconde moitié du film. S’il n’y avait pas eu l’affiche, on n’aurait pas imaginé qu’Ashley était bisexuel. Après tout pourquoi pas ? Comme souvent à Bollywood, c’est un coup de foudre réciproque aussi brutal qu’inexplicable. Sanjay Sharma s’est appliqué pour illustrer la passion des deux tourtereaux. La scène d’amour controversée est filmée comme s’il s’agissait de Sunny Leone. Il nous gratifie même d’une paire de fesses subliminale ; les premières depuis Shah Rukh Khan dans Maya Memsaab 17 ans plus tôt. C’est malheureusement terriblement vain. Les histoires d’amour sont touchantes quand il est possible de s’identifier aux personnages d’une manière ou d’une autre. Dans le cas contraire, comme ici, ça tombe des yeux.

Si au moins les images étaient belles. Elles sont ordinaires. Le montage peut-être ? Encore raté, il se dégage de tous les instants une triste impression de mollesse paresseuse. La musique alors ? Plusieurs chanteurs célèbres se sont mobilisés pour figurer sur la bande originale. Leurs performances sont très oubliables. La grande Lata Mangeshkar était sortie de sa retraite pour ce film. Sa prononciation « Ail donte no vouaille » fait pitié. C’est aussi le cas d’Helen qui réalise sur Mumbai Meri Hain Mumbai la dernière danse de sa carrière. Pathétique…

Sanjay et Kapil Sharma devaient vouloir montrer que toutes les relations se valent ; que l’amour de la famille, de Dieu, de la femme de son frère, d’un gars hélé dans la rue une liasse de billets à la main etc. sont de même nature. Ou alors, le message doit être qu’il n’est pas pire de s’amuser avec un gigolo que de se prostituer avec son patron pour mettre du beurre dans les épinards. Je ne sais pas. J’ai mal au dos dans ce satané siège d’avion.

Certains objecteront que l’évocation de l’homosexualité en Inde justifie en elle-même l’existence de Dunno Y… Na Jaane Kyon. Peut-être, mais en tout cas pas de le voir.

Il faut que je passe à autre chose. On est pas près d’arriver à Paris. Tiens, ils ont la Reine des Neiges dans le catalogue de films. Libéré  Délivré  Je ne mentirai plus jamais…


[1Deux scènes ont été coupées mais elles sont présentes dans les versions du film actuellement disponibles, même en Inde.

[2Seuls quelques très courts passages sont en hindi.

[3Pardonnez-moi mais je ne supporte pas son cinéma.

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