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Entretien exclusif avec Karthi

Publié vendredi 25 mars 2016
Dernière modification lundi 4 avril 2016
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Par Kendra

Rubrique Entretiens
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Début août 2015, nous avons eu l’immense privilège d’assister au tournage du remake tamoul/telugu du succès français Intouchables, grâce à la gentillesse de Barbara Breheret, productrice exécutive. Ce film, titré Thozha en tamoul et Oopiri en telugu, réunit un casting bilingue de prestige… C’est donc Karthi, connu pour ses choix de films intéressants qui hérite du rôle d’Omar Sy. Fils de Sivakumar, frère de Surya, Karthi s’est imposé ces dernières années comme un acteur versatile et solide.
Il a eu la gentillesse de répondre à nos questions, un après-midi, sur une terrasse de la Place des Terreaux.

Félicitations tout d’abord vous venez de fêter vos onze ans dans le cinéma… mais votre souhait initial était de devenir réalisateur, qu’est ce qui vous a fait changer d’avis ?

Karthi : Et bien je viens d’une famille d’acteurs, mon père l’est (Sivakumar), mon frère l’est (Surya), ma belle sœur l’est (Jyothika). En fait, je n’étais bon à rien et je voulais apprendre un métier dans lequel j’aurais pu m’épanouir et être doué. Comme j’aime le cinéma depuis mon enfance, je me suis dit pourquoi pas. Je n’étais pas vraiment encore certain de ce que je voulais faire par rapport aux films : réalisateur, scénariste, acteur… mais je savais que je voulais travailler dans le cinéma.
Puis j’ai pris des cours aux USA et je me suis passionné pour le métier de réalisateur… comment un film est complètement créé par la vision d’un seul homme. Tout ce que l’on voit, tout ce qui est sur cet écran noir a été planifié, pensé et créé. Le degré de créativité d’un réalisateur est assez fantastique et m’a donné envie de me joindre à cela. J’ai travaillé aux cotés de Mani Ratnam. Je l’ai rencontré et lui ai alors parlé de mon intérêt pour la réalisation, je lui ai demandé si je pouvais me joindre à son équipe en tant qu’assistant-réalisateur. J’ai eu une chance incroyable qu’il accepte. Puis un jour j’ai eu l’opportunité de jouer dans un film d’Ameer Sultan, un grand réalisateur, et tout le monde autour de moi m’a dit de ne surtout pas refuser, d’essayer au moins une fois. Même si le film ne marchait pas, c’était une occasion d’apprendre quelque chose de nouveau, et je pouvais tout à fait revenir vers la réalisation dans tous les cas. C’est un vrai process d’apprentissage… mais j’ai alors découvert que j’adorais jouer et finalement, du coup, j’ai dû changer d’orientation.

Comment avez-vous choisi le film d’Ameer Sultan, Paruthiveeran ?

Karthi : Premièrement et évidemment parce que le scénario était excellent et c’était une question de confiance aussi. J’étais persuadé qu’il allait faire un bon film et mon but était d’être sûr de pouvoir lui donner ce qu’il attendait de moi en tant qu’acteur, d’être capable de rendre à l’écran sa vision du personnage. J’ai beaucoup appris de lui en travaillant sous sa direction. Je n’étais pas encore vraiment un acteur, j’ai appris sur le tas dirons-nous.

Et vous avez découvert une nouvelle passion…

Karthi : Oui, voyez-vous, le rôle que je joue, le personnage vient d’une région que je ne connais pas du tout, parle un dialecte que je ne maîtrise pas, la culture est complètement différente de la mienne. (Madurai c’est bien ça ?) oui oui Madurai. En fait tous les signaux venaient du réalisateur, il me donnait toutes les indications de jeu et je devais absorber tout ça. Mais au bout d’un moment, je suis devenu le personnage, entièrement. Je me le suis approprié. Et ça c’était la chose la plus incroyable et amusante pour moi, devenir une autre personne, avec une autre façon de parler, de penser, de se mouvoir. J’ai adoré cette transformation et je me suis dit que je ne pourrais l’adorer que davantage avec chaque rôle.

Vous ne vous y attendiez pas ?

Karthi : Pas du tout, je me suis surpris moi-même en éprouvant autant de plaisir.

Pourtant vous venez d’une grande famille d’acteurs…

Karthi : Oui mais je n’avais pas étudié la comédie, peut être que les gènes ont un peu aidé dans ce cas (rires) !

Comment avez-vous choisi Madras, qui a été un énorme succès ?

Karthi : C’était une sorte d’accident dirons nous, j’étais en train de travailler sur Biryani et Azhagu Raja et le script est venu vers moi grâce à mon cousin qui est producteur. Il m’a dit "écoute, personne ne veut de ce scénario, pourtant ils y travaillaient depuis très longtemps". Ils étaient tellement désespérés qu’ils ont même considéré tourner le film avec des acteurs inconnus, des nouveaux venus, mais le projet du coup n’était plus viable, ils avaient besoin d’une tête connue pour le budget. Du coup j’ai jeté un œil sur le film et je l’ai trouvé incroyable. Le noyau du film, la façon dont c’était écrit, tout m’a époustouflé et je me suis senti obligé d’offrir ce film au public, il fallait qu’il puisse être vu. Je me suis alors décidé à le tourner. J’ai simplement demandé à ce qu’ils adaptent mon personnage puisqu’à la base il devait avoir 18 ans et je ne suis pas crédible en adolescent.

Maintenant Pa.Ranjith, le réalisateur de Madras travaille avec Rajnikanth, vous en pensez quoi ?

Karthi : J’en suis extrêmement heureux. Quand il m’a dit qu’il voulait travailler avec Rajnikanth, je lui ai dit de foncer, qu’il devait absolument le faire. On veut voir notre Superstar dans un autre genre de film, le revoir en tant qu’acteur, pas encore et toujours comme l’idole cantonnée au même rôle.

Vous avez deux projets en ce moment, Oopiri/Tozha que vous tournez ici avec Vamsi et Kashmora par Gokul . Ce sont deux réalisateurs complètement différents, l’un plutôt versé dans le masala telugu et l’autre que l’on peut considérer comme la nouvelle vague du cinéma tamoul.

Karthi : Vamsi veut faire un film comme il n’en a jamais réalisé. Il vient du masala telugu certes mais c’est quelqu’un qui sait exprimer les émotions, et pour ce film il est parfait, il veut faire un vrai feel good movie. C’est un remake d’Intouchables, qui propose des personnages fantastiques, mais nous les avons adaptés à la culture indienne et à la volonté de coller au mieux aux sentiments. Nous n’avons pas touché au noyau du film mais on détaille plusieurs passages de l’histoire pour le rendre plus fort en émotions et vraiment en faire un film qui fait du bien. Vamsi, avec l’aide de la caméra de PS Vinod arrivent vraiment à faire un travail incroyable, j’ai un très bon pressentiment concernant ce film.

C’est la première fois que vous jouez également dans un multi starrer

Karthi : Partager l’écran avec Nagarjuna Garu est juste incroyable, c’est un honneur. Il est une véritable légende et pourtant c’est un homme charmant, simple, qui connait parfaitement son travail et le fait de façon si relax. Il y a une vraie alchimie entre nous à l’écran, je suis impatient de voir le résultat final.

C’est un projet bilingue, êtes-vous prêt à devenir une énorme star à Tollywood ?

Karthi : (Il éclate de rire) Oh mais je suis connu du public telugu, beaucoup de mes films ont été doublés là-bas donc ils savent qui je suis, mais c’est enfin un vrai Telugu que je fais, chose qu’on me demande depuis très longtemps. J’ai eu beaucoup de propositions de l’industrie telugue mais aucun script ne me convenait véritablement jusqu’à celui-ci. Je ne pouvais pas dire non, je ne sais pas ce qu’il m’apportera dans le futur mais en tout cas je passe de très bons moments en le filmant.

Avez-vous vu le film français ?

Karthi : Oui bien entendu, quel beau film, je l’ai beaucoup aimé. Je ne m’inspire pourtant pas de l’excellente performance d’Omar Sy. La chose intéressante dans Intouchables, c’est que les deux personnages sont de deux origines différentes, et c’est le contraste entre eux. Dans notre version c’est plutôt sur la différence de classe que l’on se concentre, un peu comme une version de Le Prince et le Pauvre.

Finalement voudriez-vous retourner à votre premier amour ?

Karthi : Oui, évidemment un jour j’aurais envie de réaliser un film. Mais je suis conscient que j’ai encore énormément de choses à apprendre avant de pouvoir m’y mettre sérieusement. Je ne me sens pas prêt. Je ne veux pas être un énième réalisateur, quand j’en ferais un, je veux réaliser un excellent film, qui marque la mémoire des spectateurs.

Maintenant que vous avez mis un pied dans les multi starrer, pourquoi ne pas en tourner un avec votre famille, comme Nagarjuna l’a fait dans Manam.

Karthi : Les gens me demandent souvent ça, mais l’histoire et le scénario doivent être vraiment bons et nous n’avons pas trouvé ça. Je suis désolée mais en tant que grande fan de la famille Sivakumar, ce serait absolument incroyable de vous voir tous réunis Oui, je sais, on va travailler sur ce projet, ça ferait plaisir à tellement de monde.

Connaissez-vous un peu le cinéma français ?

Karthi : Oui, très peu, mais comme j’ai pris de cours de réalisation, je me suis intéressé au cinéma français bien-sûr. Je sais que vous ne traitez pas les émotions de la même manière, dans le jeu tout est subtil, on a l’impression que les émotions restent en surface. Mais j’ai vu de vrais chefs d’œuvre, comme par exemple Sur mes lèvres de Jacques Audiard, l’histoire d’une fille muette et d’un voleur. J’aime la manière de filmer et la façon de jouer des acteurs français. Il y a vraiment un esprit français qu’on ne retrouve dans aucun autre cinéma.

Merci de nous avoir accordé du temps pendant votre heure de repos !

Karthi : Non non, c’est un plaisir ! Merci à vous d’être venu nous interviewer, merci pour ce que Fantastikindia fait pour la promotion du cinéma tamoul en France, c’est dingue… vous connaissez tellement de choses sur nos films, je suis impressionné. Les gens pensent toujours qu’il n’y a que Bollywood en Inde mais non, il y a tellement d’industries et de films différents qui présentent chacun la culture et les richesses de leur région… Merci de regarder des films du sud et de transmettre votre passion, notre passion, au plus grand nombre.

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