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FFAST, quatrième journée au festival

Publié mardi 30 avril 2013
Dernière modification mercredi 24 avril 2013
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Par Savoy1

Dossier FFAST 2013 1re édition
◀ Le FFAST vu de l’intérieur : Fantastikindia dans le jury
▶ FFAST, ultime journée au festival

Retour en Inde ce samedi, avec deux escales. Deux voyages aux antipodes l’un de l’autre, qui, loin de s’opposer, permettent au contraire de balayer l’étendue du spectre "cinéma". D’un côté, le grand-huit extraverti de Pizza, de l’autre, le périple tout en intériorité de Alms for a blind horse.

Mais tout d’abord, l’après-midi va plus que bien se commencer. J’attends dans le hall lorsque, surgissant de l’escalier, Mr. Bahl se dirige vers moi. Nous nous saluons et échangeons quelques mots sur sa venue, je l’invite cordialement à consulter le site. Un rêve de cinéphage vient de se réaliser : pouvoir échanger, même un bref instant, avec un réalisateur, en toute intimité. Pas de protocole, aucune gêne, juste deux personnes qui se parlent. Le moral est au beau fixe. Sensation confortée, lorsque je retrouve, déjà bien installés au chaud, Señorita et Gandhi Tata. L’occasion bienvenue d’échanger nos impressions sur les films vus et l’ambiance festivalière. Le positif ne fait que ressortir de cette conversation entre collègues avertis. C’est alors qu’arrive Karthik Subbaraj, l’auteur de Pizza. Nous nous saluons également, nous nous étions croisés lors du buffet de la veille. Pincement au coeur.

Pizza, donc. Une nouvelle étape dans le cinéma Masala. Il n’était pas dit que nous n’aurions pas notre romance indienne lors de ce festival. Eh bien la voici. Une jolie histoire d’amour, un couple en devenir. Une étreinte passionnée sous la pluie, protégée par une bâche en plastique, sur une table de jardin, le tout sur une musique bollywoodiennne. Pas de doute, le masala a infiltré le FFAST. Oui, mais voilà, la jeune fille est passionnée de fantômes (une geekette ?), la fille du patron du héros est possédée, et une maison pas loin est réputée hantée. C’est alors que le film réussit son embardée, un décrochage de trois bons quarts d’heure dans cette bâtisse maléfique. Tous les codes du cinéma d’épouvante entrent alors en scène, lors d’allées et venues incessantes à travers escalier, couloirs et chambrées. N’en dévoilons rien. Sachez juste que l’acteur principal porte alors le film sur ses seules épaules, visage et corps se délitant peu à peu sous les coups de boutoir de l’angoisse. Parfaitement maîtrisés, le filmage et le montage collent à la rétine. Le masala ressurgira alors, quand on ne l’attend plus, avec sa grosse bagarre et ses revirements inattendus. De la belle ouvrage.

La salle quasi comble aura bien réagi au spectacle. Il faut dire que quelques spectateurs tamouls, leurs rires et leurs cris, nous auront bien aidé à jouer le jeu. Karthik Subbaraj, jeune réalisateur aux bras croisés sur son imposante bedaine, se découvre ensuite. Sympathique entrevue au cours de laquelle il nous confirme un tournage dans la continuité, afin que les acteurs se sentent dans le bain. Il nous confirme son amour du cinoche de genre, et avoue ne pas jouer aux jeux vidéos. Rassurons-le, cela se ressentait lors de la projection. Un petit échange également avec le musicien de la bo, qui a mêlé avec brio compositions typiques du genre, et chansons internationales qui sont le background de la vie quotidienne locale (Edith Piaf, vraiment ?). En tout les cas, Rajini et Edith, quel cocktail explosif !

A la sortie de la séance, voici l’occasion de croiser l’un des responsables de AANNA Films. De le remercier pour leur boulot de diffusion. Il m’apprend que Pizza ne correspond pas au profil du public tamoul qui se presse au Gaumont Stade de France. Celui-ci est demandeur de stars. Eternelle revendication du "grand public".

Quelques minutes plus tard, direction le Penjab avec Alms for a blind horse. J’avoue y aller sans grande conviction, de peur de me retrouver devant une oeuvre austère, voire ennuyeuse. Et là, sans crier gare, dès les premiers instants, le choc esthétique. Des compositions picturales de toute beauté. La brume se lève sur un paysage campagnard, le soleil darde ses premiers rayons. Tout est rendu littéralement palpable par cette photographie sensorielle, appuyée par une bande sonore lumineuse et limpide. Lorsqu’entrent en scène les premiers personnages, on se retrouve en osmose avec eux. Visages décadrés, détails sur les mains, les visages impassibles. Avec toujours un usage incroyable de la profondeur de champ, du hors-champ. Et derrière chaque premier plan immobile, là-bas au fond, toujours un véhicule en mouvement, train, auto moderne, tracteur, rappelé à notre attention par le vrombissement de son moteur. Pour nous dire que, oui, pas loin, il y a un ailleurs. Confirmé par une rupture scénaristique audacieuse, déjà utilisée par Hitchcock ou De Palma. On s’est attaché à un vieillard, et on décroche sur l’un des membres de sa famille, pour suivre celui-ci à la ville. Et là, nouveaux décors, autre mode de vie, nouvelles sensations. La vie urbaine vibrante et grouillante. Saisie dans de longs travellings en compagnie d’un conducteur de rickshaw. Il y aurait tant à dire sur ce véritable travail de captation de la société indienne. Il faut préciser qu’avoir voyagé là-bas doit grandement jouer dans l’empathie éprouvée. Dont acte.

L’entretien qui va suivre en compagnie de Gurvinder Singh va nous révéler un monsieur volubile et passionné. Attaché à la pellicule, à l’esthétique, au travail sonore, il nous conforte dans nos impressions. Une spectatrice attentive, dont c’est le premier contact avec ce genre de cinéma, va abonder en ce sens, touchée qu’elle a été par ce qu’elle a ressenti. Le réalisateur peut alors se féliciter de l’ouvrage accompli. Anecdote amusante. Lorsque je demande à Mr. Singh quelles sont ses influences, la réponse qui fuse est particulièrement pertinente : "Et vous, spectateur, quelles influences y avez-vous trouvé ?" Bravo, il appuie là la fusion qui s’opère entre le film et son vis-à-vis. Et bien je répondrai "Andrei Tarkovski", pour les fameux travellings au long cours. mais là ou le russe saisissait la désolation, l’indien capte la vie. Un enfant faisant tournoyer son blouson au-dessus de sa tête en contre-jour, le chant d’un oiseau ou le bruit d’un klaxon. Le réalisateur avouera lui des influences picturales, de la peinture expressionniste à Kandinsky. Il ajoute que d’autres y ont retrouvé du Bresson, du Kiarostami pour le travail avec des comédiens amateurs, ou du Ozu. Voilà encore un bien bel échange, tout juste entaché par des interventions sur les castes, sur un ton qui m’a semblé quelque peu emporté. Je n’ai pas vraiment compris de quoi il retournait. Mais il me semble qu’on n’était pas là pour débattre social, mais fiction avant tout.

En conclusion, chez Mr. Singh, dans chaque pièce, découpée par une porte, s’ouvrent une autre porte ou une fenêtre sur le monde de la rue. Impressionnante mise en perspective que celle proposée par le FFAST, d’ouvrir sa propre fenêtre au spectateur par le biais de l’écran illuminé. La vie n’a plus alors qu’à se projeter dans la salle. Encore merci …


Voilà, ne restait plus après ce dépaysement, qu’à aller déguster un bon bol de ramen fumant, au petit restaurant japonais de la rue du Colisée attenante. Avec une tasse de thé vert bien chaud, pour se prémunir du contact froid et neigeux du retour à la réalité …

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