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FFAST : seconde journée au festival

Publié samedi 19 janvier 2013
Dernière modification samedi 19 janvier 2013
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Par Gandhi Tata, Savoy1

Dossier FFAST 2013 1re édition
◀ FFAST : La soirée d’ouverture
▶ FFAST : troisième journée au festival

Gandhi Tata :

La journée transgressive du jeudi 17 janvier 2013, a débuté pour moi avec un film que je voulais visionner depuis 7 ans. J’aurai pourtant pu le voir chez mon amie, qui dispose de la galette depuis plusieurs années, mais nous n’avions jamais pris le temps, à tort. Ce premier film d’Onir, sorti en 2005, avait généré un formidable buzz à l’époque, car il traitait des délicats sujets de la séropositivité, du sida et de l’homosexualité. My Brother…Nikhil est un film taillé pour le FFAST, à la fois transgressif et engagé.


L’expérience était aussi enrichissante que dérangeante. Tout d’abord, il est révoltant, qu’en plus d’être traité comme un paria, un malade était considéré comme coupable et dangereux, à la fin des années 80. Les humiliations et les mauvais traitements que le personnage affronte, étaient véritablement, le lot des patients dont l’état de santé était par malheur révélé. Le réalisateur nous a confié, à l’issue de la projection, que ce film était fortement inspiré d’un des premiers cas de séropositivité, décelé en Inde. Ainsi, on comprenait mieux son choix de situer l’action à Goa, où le véritable patient a vécu.


Même si My Brother…Nikhil, prend le spectateur aux tripes, avec des scènes et des propos assez durs, les longueurs se font parfois ressentir. La faute à une première partie, certes sympathique, mais qui met trop l’accent sur les témoignages des proches de Nikhil. Onir avouait lors de la session de questions-réponses, avoir voulu adopter un style documentaire, et c’est justement cet aspect du film qui est lourd. Le sujet est bien assez grave, pour en rajouter dans le mélodrame et filmer les parents entrain de se lamenter face caméra, sur les erreurs du passé et regretter leur fils. Susciter de l’empathie chez le public, n’est pas une faute, mais malheureusement, cette approche devient trop larmoyante par moment. On aurait espéré un regard plus digne, et un accent supplémentaire sur la prévention et l’explication de la séropositivité.


On comprend le choix d’Onir, de ne pas révéler la manière dont Nikhil a contracté la maladie, pour mettre essentiellement l’accent sur les émotions du personnage et sa confrontation violente avec la société. Mais d’un autre côté, il est dérangeant, voir immoral, de le voir vivre avec son compagnon, en gardant le silence sur sa maladie. My Brother…Nikhil aurait été un formidable outil de sensibilisation, si Onir avait librement parlé de leur sexualité et des automatismes, comme le préservatif ou le dépistage. En même temps, sachant qu’il est question ici, d’un des premiers cas à être décelé, on comprend l’état de détresse et de confusion de Nikhil qui doit se battre non seulement contre la maladie, mais aussi la méprisante société, et sa famille, qui ne comprend pas sa sexualité.

Quoiqu’il en soit, My Brother…Nikhil m’a beaucoup touché et quand j’écoute à nouveau, la chanson du film, mon cœur se sert et je pense à Nikhil et son courage. Merci au FFAST pour cette belle tranche d’émotion.

Laurent (Savoy1) :

Seconde soirée au FFAST, et direction le Gaumont Ambassade, petit frère du Marignan, situé de l’autre côté du carrefour. Complexe que l’on pourrait qualifier de plus discret, puisque pour les blockbusters et grosses machines, c’est toujours au Marignan que ça se passe. Bref, contact avec le petit hall d’entrée, tout de suite plus intimiste que l’immense espace d’hier. On est immédiatement en compagnie de nos hôtes, toujours aussi accueillants et souriants derrière la table de rigueur. Un petit décor indien sur le côté a été installé autour de deux gros fauteuils. Sympathique idée. Et je m’empresse d’inviter l’une de nos organisatrices en sari à poser pour la postérité. Merci à elle.


Descente dans la salle qui, évidemment, fait peut-être pâle figure par rapport à la "cathédrale" du Marignan. Mais à bien y réfléchir, là encore, c’est l’intimisme qui va primer. Et cela fera plus que se vérifier lorsque le réalisateur nous rejoindra en fin de séance.

Après le générique festivalier de rigueur (je sens que je vais l’aimer de plus en plus celui-là !), les premières images de B.A. Pass claquent sur l’écran blanc. Un cinémascope hyper travaillé, des couleurs chaudes, de lents mouvements de caméra, un montage généreux. Aucun doute, du "vrai" cinéma va s’offrir à nos yeux. La suite ne va que nous conforter dans cette voie, tant on se laisse happer par l’intrigue. Cela sent enfin la vie, la ville, le bitume. Les "héros", masculins comme féminins sont forts, et très bien dessinés. Et que dire des personnages secondaires, croqués en quelques traits, pour se révéler plus qu’attachants.



Et puis cet érotisme palpable qui va se "dévoiler". Pouvoir découvrir le corps d’une femme indienne, en sous-vêtements, dans le plus simple naturel, sans le prétexte d’une danse lascive, un trésor inestimable … Et puis cet entrelacement de deux paires de pieds dans un flou artistique mettant en valeur les tatouages au henné, quelle belle idée de scène d’amour !


Au final, un féminisme affiché, même dans ses plus extrêmes revendications, flirtant avec certaines réminiscences du cinéma érotique italien des 80’s. Un féminisme qui entraîne tout dans son sillage, plus pour le pire que le meilleur. Hommes et traditions peuvent se révéler bien faibles face à cette tourmente.Décidément du cinéma qui prend aux tripes et à la raison, enrobé dans un écrin technique de toute beauté.


Mais la séance ne s’arrête pas là. Après une entêtante chanson illustrant le générique de fin (merci, les organisateurs de m’avoir écouté !), le réalisateur Ajay Bahl entre en scène. Un "grand" bonhomme affable, disert, et modeste. Auteur complet de son film, il nous parle de la conception de ce dernier dans le contexte d’une production indépendante, à partir d’une nouvelle tirée d’un recueil de récits noirs. Il nous exprime sa gêne tout de même ressentie à mettre en scène, des images parfois dures dans un contexte indien, quand elles ne sont pas directement taboues. Vu la réussite technique de l’œuvre projetée, quand on apprend au final que c’est sa première réalisation, on ne peut que "tomber sur le cul".Il aborde ensuite ses origines familiales modestes, ses rapports avec la rue.

Et avant de nous quitter, nous citera ses influences cinématographiques : Alejandro Gonzàles Iñàrritu, Fatih Akin, Wong Kar Wai, ainsi que le "Tulpan" de Sergey Dvortsevoy vu à Cannes. Un incroyable panel de personnalités mondiales, témoins de leur temps, dont le point commun est un vrai goût du cinéma, au service de sujets sociaux forts, locaux tout en étant universels. Ou quand une simple phrase vous fait voyager de l’Inde à l’Ukraine, en passant par la Turquie et Hong-Kong. Décidément, un homme de goût, un réalisateur à suivre …

Ultime plaisir personnel (et égoïste) : je me dirige vers la sortie et sollicite Mr. Bahl pour lui tirer un portrait en pied, qui serait immortalisé sur le site. Et là, l’organisateur présent à ce moment me présente comme faisant partie de la presse française. Un bien bel honneur qui me permettra, décomplexé, de pouvoir serrer la main de l’artiste, et lui exprimer de vive voix un immense "THANK YOU !".


Je pars sur un nuage. J’ai voyagé de nouveau en Inde …

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