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FFAST : troisième journée au festival

Publié mercredi 23 janvier 2013
Dernière modification mercredi 23 janvier 2013
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Par Gandhi Tata, Savoy1

Dossier FFAST 2013 1re édition
◀ Le FFAST vu de l’intérieur : Fantastikindia dans le jury
▶ FFAST, quatrième journée au festival

Laurent (Savoy1) :

Dans l’optique de profiter un maximum de ce vendredi, direction le Gaumont et le Bangladesh de bon matin. Et bravons le froid. Dans le hall, on notera avec intérêt, à même le sol, le kit parfait pour permettre à l’équipe du festival de tenir le coup !


Pour cette séance de matinée, à peine plus d’une dizaine de personnes. Ambiance tristounette donc. Heureusement, le générique du FFAST apparaît, je ne me suis pas trompé de salle !

Et là, LA Découverte et LE Choc !!! Découverte du Bangladesh et d’un réalisateur, chocs émotionnel et esthétique.

Après le féminisme de B.A. Pass, l’univers viril du Udhao de Amit Ashraf. Peuple de la rue, mafieux, petites frappes et politicard corrompu vont se croiser dans une sarabande implacable. Ville et campagne vont se télescoper dans un kaléidoscope de sensations. Visuellement, c’est tout simplement superbe. Les couleurs cramées de la rue et des tripots s’opposent aux tons pastels des champs. Cadrages travaillés et profondeur de champ se chargent de donner à l’ensemble l’aspect d’un authentique livre d’images animées.


Udhao - Bande annonce - VOST FR par FestivalduFilmdAsieduSud

Et que dire du montage, qui fait se télescoper différentes strates temporelles, ne délivrant leurs mystères que par bribes. Accroché, on attend de plus en plus impatiemment ce qui nous attend pour la suite. Démarrant sur les chapeaux de roue, dévoilant avec attention son intrigue et ses personnages (fabuleux acteurs), le film, dans sa deuxième partie, va se transformer en une confrontation physique et psychologique entre deux conceptions de la vie. Deux hommes s’affrontent, par les corps et par les mots. "Je ne suis peut-être pas une bonne personne. Mais au moins, je suis humain", assène le villageois au politicien. Cinglant.

Les révélations qui vont alors se succéder (on dit "twist", en américain ?), au-delà des mots, vont littéralement assommer le spectateur, pourtant aux aguets. Les émotions deviennent incontrôlables, les larmes vont-elles poindre ? Un amoncellement poignant de visions oniriques issues d’un autre temps, déchirent la narration, et viennent à bout de nos dernières réticences.Le destin, le karma si vous voulez, n’a plus qu’à se refermer, telle cette porte grillagée. A moins qu’à l’horizon … à moins que …


Je ne suis pas membre du jury, mais je donne le grand prix à cette œuvre immense.Mr. Ashraf, où que vous soyez, si vous nous lisez, merci. THANk YOU, de tout mon coeur … En tout cas, j’applaudis, seul, sur le générique de fin, ce qui semble déplaire aux deux dames devant moi !



Ensuite, direction, en ce milieu d’après-midi, vers le Népal, et Loot de Nischal Basnet. Cela vous dit, deux heures de vidéo-clip sur fond de Katmandou ? En tout cas, je suis partant, surtout au vu du générique enthousiasmant de rythme, sur un gros son qui fait trembler la salle bien remplie.


Loot - Bande annonce - VOST FR par FestivalduFilmdAsieduSud

Oui, mais voilà, encore faut-il qu’il y ait vraiment quelque chose à raconter. Des petits voyous et des chômeurs. Un hold-up pour s’en sortir, le fric à la clef. Et la ville de Katmandou, donc. Tout pour plaire à l’amateur de cinoche de genre.

Et pourtant, ces prémisses ne seront pas plus développés que cela. Une fois les intéressantes présentations faites, on est parti pour une succession de redites et de paraphrases, tant dans les dialogues que les images. Les hésitations et méfiances des personnages sont abordées au long de discussions répétitives. Ce qu’on devine est appuyé par des redondances visuelles, là où des ellipses eussent été bienvenues. Du délayage, prétexte à un montage et des manipulations esthétiques qui tendent à étaler trop ostensiblement leur virtuosité. Mais avec le numérique, il me semble maintenant que tout est possible, non ?


Pour apprécier, il faudra se reporter sur le second degré. Des disputes dignes de collégiens, une scène à la Bollywood donnant l’impression d’avoir été conçue entre potes dans l’intention de faire un maximum de vues sur youtube, assez pitoyable. Et une grosse baston dans le sang et la bidoche.

Sinon je ne m’étendrai pas sur le gros n’importe quoi : quatre mois de préparation pour un hold-up qui consistera à entrer dans la banque, mettre les gens par terre, ouvrir les coffres, et basta ! (rassurez-vous, je n’ai rien dévoilé, ce sont les premières images du film). L’amateur de caper-movie en sera pour ses frais …

Une oeuvre sous perfusions indienne et hong-kongaise (ah, les prouts …) qui a en fait toute sa place au FFAST (qui a dit contradiction ?).


Le réalisateur, et son actrice principale, caution de charme éphémère de Loot (on aurait peut-être préféré la présence des mecs), viennent ensuite s’entretenir avec le public. Beaucoup de spectateurs, beaucoup de questions, donc. Pour découvrir encore un monsieur passionné, décidé à défendre une industrie locale peu florissante, auprès d’une population dont la sortie au cinéma ne semble pas être dans les priorités. Il aime sa ville, cela se sent, et nous en aura bien fait profiter.


Et on enchaîne. On s’engouffre dans le métro, la neige tombe. Direction l’Inalco,dans le 13ème arrondissement. Là, nous y attendent Olivier et ses photographies, illustrant le "Mahâbhârata" à l’aide de cadres enserrant mains, yeux ou voile de ses modèles féminins. Sobre et reposant.



Et puis, au bout de la petite galerie, un buffet indien nous convie à croiser et rencontrer le collègue Gandhi Tata, les organisateurs du festival, et quelques personnalités indiennes venues présenter leurs films. Pas grand chose à ajouter, sinon que l’ambiance est tout sauf guindée, entourés que nous sommes de gens habillés simplement, de passionnés, de jeunes et moins jeunes, … et de sympathiques serveuses en sari (n’oublions pas leurs collègues en veste noire), que l’on ne peut que remercier pour leur incroyable sourire, … et les bonnes choses sur les plateaux.





Dehors, pendant ce temps, les rues parisiennes se couvrent d’un "manteau blanc", contraste magique s’il en fût …



Gandhi Tata :

Un film, un vernissage et une interview ! Tel était le programme de ma 3ième journée au FFAST, le vendredi 18 janvier 2013.

Parlons tout d’abord de Loot, un long-métrage népalais signé Nischal Basnet. L’inégal Soongava, dance of the orchids, a été mon premier contact avec le cinéma népalais dans ce festival, et j’attendais impatiemment, la projection de Loot. D’une part, parce que l’intervention de la productrice de Soongava, lors de la soirée d’ouverture, m’avait clairement fait comprendre que l’aspect inégal du film, n’était peut être pas imputable à l’écriture, mais au montage.


Soongava Dance of the Orchids - Bande Annonce… par FestivalduFilmdAsieduSud

L’équipe française de post-production, a en effet, amputé presque une heure de film et on se demande si ce travail a été fait dans le respect de l’œuvre, ou pas. Soongava est un magnifique objet filmique, à la fois engagé, intimiste, esthétiquement léché. Cependant, il était curieux de se retrouver face une succession de scènes creuses et lumineuses, comme devant un puzzle incomplet. Au terme de la projection, c’est une impression d’inachevé qui prédominait dans l’esprit du spectateur. L’identité du cinéma népalais a été clairement altérée, par le regard français, lors de la post-production de ce film. Étant donné que les sensibilités artistiques et les repères culturels sont différents, je pense que Soongava, dance of the orchids est davantage, un film franco-népalais. Je voulais donc voir un film authentique et Loot était pour moi, ma véritable rencontre avec le cinéma népalais.


Je cherchais du vrai et j’en ai eu pour mon déplacement. Dès le générique de début, ça envoi du lourd, avec l’incrustation sur fond vert foireux, des acteurs déchainés comme dans un clip techno des années 90 et une musique électronique qui pique les tympans. Loot ne sera certainement pas le film du siècle, mais une véritable production népalaise avec ses qualités et ses défauts. Le film raconte l’histoire d’un braquage et la manière dont Haku Kale, l’instigateur de ce plan, a recruté ses associés. La construction du film est assez classique et s’inspire grandement de Reservoir Dogs ou de la série des Ocean’s.


Ce qui rend Loot mémorable, c’est le ton involontairement comique, insufflé par l’acteur Shaugat Malla qui interprète Haku Kale. Lors de la session de questions-réponses, le réalisateur Nischal Basnet, accompagné de la ravissante Reecha Sharma (l’actrice du film), nous a révélé que Shaugat Malla provenait du théâtre. Pas crédible pour un sou, Shaugat Malla est en revanche très attachant, comme l’ensemble de la distribution, qui s’est investit sans compter dans ce film.


Enfin, le film nous donne un exact état des lieux du cinéma népalais et du travail (colossal) qui reste encore à fournir, pour lui forger une véritable identité. Lors de l’échange avec le public, Nischal Basnet, un peu intimidé, a commencé par nous servir les discours habituel sur la réalité dont s’inspire son long métrage et le succès qu’il a connu là-bas, à sa sortie. Mais devant les questions pertinentes, d’un public composé de vrais cinéphiles, le réalisateur s’est finalement livré et nous a bien fait comprendre que tout reste à faire, pour le futur de l’industrie cinématographique népalaise. J’ai une fois de plus apprécié ce moment assez unique où l’auteur est face à son public, je pense que c’est l’un des point fort de ce FFAST.

Après le film, direction l’Inalco pour le vernissage de l’exposition photo d’Olivier O suivi d’un cocktail et d’une interview des auteurs de Vazhakku Enn 18/9 et Pizza.


J’ai pu retrouver avec plaisir, l’équipe du FFAST, nos confrères de Kolly360, notre fantapote, Laurent (Savoy1), accompagné de sa femme et les auteurs de Vazhakku Enn 18/9 et Pizza à ce cocktail. L’ambiance était super, on a pu déguster de succulentes entrées indiennes, en parlant de cinéma et de la sélection du festival.



L’interview prévue n’a finalement pas pu avoir lieu, à cause de la fatigue du producteur et du réalisateur de Vazhakku Enn 18/9 qui venaient tout juste, de débouler de l’aéroport. J’ai pu par contre, échanger avec Olivier O et lui faire part de mon admiration pour son précieux travail sur cette série de photos, ayant les personnages du "Mahâbhârata" pour sujet. Ce qui est étonnant, c’est que chaque cliché était évident pour mes yeux d’indien, ayant grandit avec cette œuvre, malgré l’approche contemporaine et l’esthétique minimaliste, qu’il a adopté. Olivier O est parvenu à faire ressortir, le sens profond de ce poème, et la force de ses héros épiques, en optant pour une mise en scène simpliste, loin des codes visuels riches et colorés de la culture indienne.




Une fois de plus, je me suis tout simplement régalé, malgré le froid et la neige.

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