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Gulaab Gang

Traduction : Le gang rose

Année2014
LangueHindi
GenreDrame
RéalisateurSoumik Sen
Dir. PhotoAlphonse Roy
ScénaristeSoumik Sen
ActeursMadhuri Dixit, Juhi Chawla, Divya Jagdale, Priyanka Bose
Dir. MusicalSoumik Sen
ParoliersSoumik Sen, Shreya Narayan, Sarah Hayes
ChanteursMadhuri Dixit, Kaushiki Chakroborty, Pavni Pandey, Snehalatha Dixit, Anupama Raag, Soumik Sen
ChorégrapheSaroj Khan
ProducteurAnubhav Sinha
Durée128 mn

Bande originale

Aankhiyaan
Dheemi Dheemi Si
Gulaabi
Teri Jai Ho
Rang Se Hui Rangeeli
Rangi Saari Gulaabi
Sharm Laaj
Malabika Brahma

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 1er juillet 2014

Note :
(4/10)

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Il y a des années dans l’Inde rurale, la petite Rajjo (Madhuri Dixit) voulait désespérément apprendre à lire. Sa belle-mère ne voulait pas en entendre parler car l’éducation était réservée aux garçons, le rôle immémorial des filles étant de s’occuper des tâches ménagères. Mais la détermination de l’enfant était sans faille et contre vents et marées, elle finit par acquérir le précieux savoir. De nos jours, Rajjo dirige un ashram dont le cœur est une école pour les petites filles pauvres.

C’est aussi un centre où les femmes victimes d’injustices se retrouvent. Elles sont habillées de saris roses et s’entraînent au maniement du bâton. Celles qu’on appelle le « Gulaab Gang » (le gang rose) sont aussi respectées que craintes dans la région. Elles redressent les torts, et font comprendre vertement aux hommes « indélicats » que leur comportement envers les femmes est inacceptable.

Les élections arrivent et le parti mené par Sumitra Devi (Juhi Chawla) cherche à emporter le suffrage des électeurs. Quelle meilleure idée que de gagner le soutien de la très populaire Rajjo ?

Pour son premier film, Soumik Sen a écrit et réalisé un incroyable masala : Gulaab Gang est à la fois un biopic, un film féministe, un film d’action et un film politique. Il ne manque que la romance pour que tous les ingrédients possibles soient réunis. Il était évident qu’avec autant de sujets traités, certains seraient négligés. C’est le cas du premier d’entre eux, la biographie de Sampat Pal Devi, la fondatrice en 2006 de l’authentique mouvement Gulabi Gang (souvent traduit en français Le Gang des Saris Roses). Bien que les auteurs s’en défendent, on comprend dès les premières secondes que cette femme extraordinaire, au caractère bien trempé et à l’accent rugueux, a librement inspiré le personnage de Rajjo.

Son histoire personnelle comme son action quotidienne dans l’Uttar Pradesh sont cependant bien plus fortes que ce que Soumik Sen nous en décrit. Il omet même un des aspects essentiels de l’œuvre de Sampat Pal, la lutte contre les discriminations supplémentaires que subissent les femmes des basses castes. Il ne reste au final dans Gulaab Gang qu’une partie romancée et très parcellaire de l’enfance de Sampat Pal. Quant à son mariage à 11 ans, la genèse du gang ou les motivations de ses membres, le film n’en dit rien et nous laisse terriblement sur notre faim.

L’ambition féministe est indéniable comme le montre la sortie en salles à l’occasion du 8 mars. C’est ainsi que les femmes présentées sont aussi fortes moralement que physiquement. En revanche, les rares hommes à l’écran sont au choix des brutes ou des ectoplasmes. Cette volonté d’exclure les personnages masculins positifs affaiblit terriblement le discours. Cela pourrait se défendre s’il était possible de s’identifier à ces femmes comme l’ont montré de formidables réussites telles que That Girl in Yellow Boots ou Bandit Queen. Mais mis à part Sandhya (Priyanka Bose) et surtout Mahie (Divya Jagdale), les deux lieutenantes de Rajjo, les personnages sont beaucoup trop lisses. Au fond, on ne sait rien d’elles. Et au bout d’un moment, l’envie même de savoir s’émousse.

Soumik Sen nous fait voir des femmes qui se comportent comme des hommes, ce qui est beaucoup plus curieux qu’émouvant. Il va jusqu’à inclure des combats que n’aurait pas reniés Salman Khan, faisant de Rajjo une sorte de vengeresse bizarrement proche de Radhe dans Wanted. Le renversement des genres rend ces bagarres encore plus décalées que dans les films d’action musclés qui ont pour eux de jouer sur des stéréotypes virils. Les auteurs ont certainement tenté de montrer que les femmes peuvent être aussi costaudes que les hommes. Ils n’ont pas réalisé que les héros masculins du cinéma d’action n’existent que dans un univers fantasmé, alors que les héroïnes de Gulaab Gang se devaient d’être vraies.

Comme dans la plupart des masala d’action, le méchant est un politicien. Ce rôle est dévolu à Sumitra Devi jouée par Juhi Chawla. Sous des dehors enjôleurs, elle est aussi corrompue que les innombrables incarnations de Prakash Raj. Sa façon d’humilier les hommes à son service font cependant plus penser à Dev Gill dans Magadheera qu’à un ministre en exercice qui cherche à garder son poste. Il est probable que les auteurs ont voulu montrer que dans l’ignominie aussi, les femmes peuvent être égales aux hommes. À vrai dire, personne n’en doutait, mais c’est un discours aussi simpliste que la sempiternelle dénonciation de la vie politique indienne en décomposition.

Pourtant, Juhi Chawla arrive à tirer son épingle du jeu et parvient à construire un personnage antagoniste intéressant, même si son rôle ne lui permet pas de s’exprimer pleinement. Son air patelin fait merveille, mais ses motivations profondes restent obscures. On croit deviner qu’elle reprend le flambeau de son mari défunt, ce qui laisse à penser que sa soif artificielle du pouvoir est peut-être une caricature de femmes politiques réelles telles que Sonia Gandhi.

Par comparaison, Madhuri Dixit fait bien pâle figure. Sa Rajjo parle peu, et est souvent filmée au ralenti comme pour souligner la révérence des auteurs. Son visage est tristement statique, donnant l’impression que le Botox lui interdit la moindre expression. C’est en définitive une sorte de statue de cire qui ne s’anime que pour les bagarres. La vie dans le camp des saris roses est insufflée par les remarquables Divya Jagdale et Priyanka Bose. Mais leurs efforts ne sont malheureusement pas suffisants pour nous emporter.

Pour éviter la débâcle, Soumik Sen a tenté ce qu’il pensait être sa carte maîtresse : les chansons. Après avoir obtenu la présence de Madhuri Dixit en tête de la distribution, il ne lui restait plus qu’à faire danser la dhak dhak girl. Le film compte sept morceaux dont trois sont chorégraphiés, c’est beaucoup, avec une interruption déconnectée de la narration tous les quarts d’heure. Il est également l’auteur des musiques d’inspiration folklorique. Pour l’infortuné spectateur qui n’est pas habitué à ce genre particulier, elles semblent si ordinaires et soporifiques qu’elles ne peuvent qu’inciter à passer en avance rapide. Quant aux danses de Saroj Khan, disons que le travail du pied dans la poussière d’une zone rurale semi-désertique peut aussi laisser de marbre.

Gulaab Gang a été présenté à grands renforts de publicité comme un film rendant hommage aux femmes, celles qui se battent et redressent la tête face à l’oppression masculine. La référence explicite au Gulabi Gang de Sampal Pal Devi laissait espérer une œuvre à la mesure de la fondatrice de ce groupe extraordinaire. Hélas, c’est un film très confus qu’il nous est donné de voir. Qui trop embrasse mal étreint dit-on, à l’évidence nous sommes étouffés par des auteurs dépassés par leur sujet.

Une narration médiocre, une réalisation approximative et l’utilisation abusive de recettes du cinéma commercial retirent toute l’empathie qu’on pourrait éprouver pour les personnages. Ils peuvent même être irritants et les 2h08 d’une histoire prévisible paraître bien longues. Je dois avouer qu’il m’a fallu faire des efforts pour aller jusqu’au générique de fin.

Il n’en va pas de même pour les multiples documentaires autrement plus passionnants et émouvants qui décrivent le vrai Gang des Saris Roses. Ainsi Gulabi Gang de Nishtha Jain sorti sur les écrans indiens deux semaines avant le masala de Soumik Sen, ou Pink Saris de Kim Longinotto rediffusé à la même période à la télévision française, ne sont que deux exemples qui touchent au cœur tout en faisant réfléchir.



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