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Gully Boy


Année2019
LangueHindi
GenreDrame
RéalisateurZoya Akhtar
Dir. PhotoJay Oza
ScénaristesZoya Akhtar, Reema Kagti
ActeursRanveer Singh, Alia Bhatt, Siddhant Chaturvedi, Vijay Raaz, Kalki Koechlin
Dir. MusicalSpitfire, Divine, Naezy, Sez on the Beat, Rishi Rich, Midival Punditz, Karsh Kale, Raghu Dixit, Dub Sharma, Chandrashekar Kunder, Jasleen Royal, Ankur Tewari
ParoliersSpitfire, Divine, Naezy, Javed Akhtar, Karsh Kale, Gaurav Raina, Tapan Raj, Dub Sharma, Aditya Sharma, Kaam Bhaari, Ankur Tewari, Ace
ChanteursRanveer Singh, Divine, Naezy, Raghu Dixit, Karsh Kale, Dub Sharma, Jasleen Royal , Vibha Saraf, Kaam Bhaari, Ankur Tewari, Ace, Kaka Bhaniawala, Arjun, Blitz, Desi Ma, MC Altaf, MC TodFod, 100 RBH, Maharya, Noxious D
ChorégraphesBosco Martis, Caesar Gonsalves
ProducteursRitesh Sidhwani, Zoya Akhtar, Farhan Akhtar
Durée153 mn

Bande originale

Asli Hip Hop
Mere Gully Mein
Doori Poem
Doori
Train Song
Jingostan Beatbox
Sher Aaya Sher
Jahaan Tu Chala
Azadi
Kab Se Kab Tak
Kaam Bhaari
Ek Hee Raasta
Apna Time Aayega
Jeene Mein Aaye Maza
Har Gham Mein Khushi Hai
Jingostan

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Brigitte Leloire Kérackian
Publié le

Note :
(8/10)

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Zoya Akhtar est l’une des rares réalisatrices de Bombay dont le parcours et les origines sont particulièrement singuliers : elles est la fille du poète Javed Akhtar et de la scénariste Honey Irani. Souvenons-nous également de son premier film Luck by Chance (2009), formidable satire du milieu du cinéma, et où son frère Farhan Akhtar jouait le rôle de l’acteur ambitieux prêt à tout pour réussir. Zindagi Na Milega Dobara, avec Hrithik Roshan ainsi que l’insipide Katrina Kaif, fut un énorme succès, démonstration de sa maîtrise .

Avec Gully Boy, elle revient à un cinéma réaliste, tout en restant éloignée de tout misérabilisme. Gully Boy n’est pas une satire mais un conte social qui suit l’évolution d’un jeune du bidonville de Dharavi (le 2e plus grand du monde avec peut-être 1 million d’habitants) vers la scène rap de Bombay.

Inspiré de la vie des rappers des rues de Bombay — Divine et Naezy —, elle met en scène le jeune Mourad (Ranveer Singh), étudiant en commerce, jeune homme ordinaire au milieu de ses copains, certains aux activités louches, d’autres plutôt branchés rap hindi, du genre revendicatif et contestataire. On entre de suite dans la clandestinité de sa relation cachée avec Safeena (Alia Bhatt). Elle est étudiante en médecine, musulmane, soumise à la surveillance stricte de sa mère. Le rigorisme religieux de cette dernière la pousse à menacer d’interrompre les études de sa fille au moindre soupçon. Safeena doit supplier pour pouvoir étudier la médecine. Dans cet univers hyper répressif, elle se soumet en tentant de pauvres petites ruses. Quelle finesse de mettre le spectateur dans la complicité de cette confidence, une relation secrète !

La famille de Mourad est tout aussi étouffante que celle de Safeena : le père (Vijay Raaz) est chauffeur pour une riche famille, et il prend en secondes noces une femme plus jeune. La première épouse, exténuée et délaissée, se rebelle sans pouvoir se faire entendre. Les deux fils n’ont qu’à bien se tenir devant ce père égoïste qui fait bien sentir à tous qu’il est le seul soutien financier de la famille. Chaque personnage est décrit avec soin, et Zoya Akhtar prend le temps de leur donner leur personnalité propre.

Mourad ne sait libérer sa colère que dans les mots, dans les phrases slamées du rap, langue des révoltés et des jeunes laissés-pour-compte. Sa rencontre avec le rappeur MC Sher (Siddhant Chaturvedi) sera déterminante pour le conforter dans la puissance de sa poésie, dans son apprentissage du rythme indispensable à la scène, et pour lever ses doutes sur ses capacités à parler au monde. Mourad, garçon bien éduqué de Dharavi, est troublé par le luxe où vivent ses amis du milieu musical en vogue. Les scintillements des lumières l’éblouissent et le font plonger dans des situations qu’il n’avait pas envisagées.

Sa famille dysfonctionnelle va finir de l’entraîner dans un conflit ouvert avec son père. Il doit donc loger sa mère et son frère jetés à la rue. Il va tenter, avec d’énormes difficultés, de ne pas renoncer à son objectif d’écrire et chanter du rap. Jusqu’au bout les embûches nous font douter. On ne sait pas s’il pourra triompher de la compétition de rap, s’il va passer entre les mailles du filet qui a piégé son copain voleur de voitures, si sa rupture avec Safeena est définitive…

Dharavi est filmé d’une façon quasi documentaire : la caméra de Zoya Akhtar et le travail de son chef éclairagiste sont impressionnants. Par exemple, la scène où des touristes occidentaux visitent le bidonville, comme s’ils étaient au zoo, avec la grand mère exigeant 500 roupies au guide touristique, est criante de cynisme ! Il n’y a pas de profondeur de champ quand on filme dans une masure en tôles et bois du slum ! Pas de lumière convenable, que des clairs-obscurs, que des pans de murs lézardés ou marronnasses de décrépitude, que des égouts débordants d’immondices !

Aucun voyeurisme non plus ! Les vidéos des chansons de rap sont tournés dans les ruelles ordinaire de Dharavi, bidonville ignoré par les habitants des quartiers huppés

La scène où il conduit une riche héritière en larmes après une soirée hyper branchée et qu’il ne franchit pas la frontière étanche des serviteurs et des nantis est saisissante. Le romantisme ne peut être de mise chez les serviteurs.

Le jeu de Ranveer Singh très retenu nous émeut une fois de plus. Son dynamisme volcanique, largement utilisé dans ses autres prestations, n’a pas de place ici car il restitue magistralement le poète, empli de doutes et de désirs. La direction de Zoya Akhtar a mis en valeur cette facette subtile de l’acteur.

Alia Bhatt est toujours parfaite en ingénue volontaire et tourmentée. Elle ne fait qu’une avec ce rôle ! Kalki Koechlin est encore l’Occidentale indianisée décontractée et peu farouche, mais elle donne son piquant au récit. Son rôle est d’effacer les barrières de castes, d’ailleurs elle n’est pas présentée comme une Occidentale inaccessible, ou comme une riche qui rejette un pauvre… ce qui a une fonction initiatique pour Mourad.

Siddhant Chaturvedi est une des révélations du film. Il a une aisance à l’écran remarquable, et pourtant son recrutement a eu lieu très peu de temps avant le tournage. Zoya a su saisir son potentiel pour le rappeur MC Sher.

La frustration pour un spectateur non hindiphone est que la langue du bidonville de Dharavi et la langue des rappeurs ne peut être restituée par des sous-titres anglais ou français. Zoya Akhtar a fait une recherche spécifique pour que les sonorités et le vocabulaire soient fidèles aux codes et au vocabulaire de ce milieu.

Si le film a eu quelques critiques acerbes à cause de sa ressemblance avec 8 Mile d’Eminem, on sait très bien que des remakes sont parfois des succès grâce à leur écriture, leur direction d’acteurs, leurs chansons et leurs interprètes. A Star is Born joué en 1937,1954, 1976 et en 2018 en est un bon exemple.

Le film a été présenté en avant-première au Festival du Film de Berlin et a reçu un accueil chaleureux. Depuis le début de l’année 2019, le nombre d’entrées en a fait le second succès de l’année au box office indien. Signe que le public commence à être blasé des romances à la gloire de stars inconditionnelles et recherche une histoire profonde et authentique. 2019 amorce-t-elle un renouveau du public bollywoodien ?


Bande-annonce (Vosta)

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