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Halla Bol

Traduction : Fais-toi entendre

Année2008
LangueHindi
GenreFilms semi-commerciaux
RéalisateurRajkumar Santoshi
Dir. PhotoNatarajan Subramaniam
ScénaristeRajkumar Santoshi
ActeursAjay Devgan, Vidya Balan, Pankaj Kapoor, Sanjay Mishra, Darshan Jariwala
Dir. MusicalSukhwinder Singh, Vanraj Bhatia
ParoliersSameer, Mehboob Kotwal, Dushyant Kumar
ChanteursSukhwinder Singh, Harshdeep Kaur, Sneha Pant, Amjad Farid Sabri
ChorégrapheGanesh Acharya
ProducteurSamee Siddiqui
Durée142 mn

Bande originale

Barsan Lagi
Is Pal Ki Soch
Jab Tak Hai Dum
More Haji Piya
Shabd Gurbani
Halla Bol Theme

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Laurent - le 29 mai 2008

Note :
(6.5/10)

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Ashfaque (Ajay Devgan) est un jeune homme qui rêve de faire carrière à Bollywood. Membre d’une troupe de théâtre de rue dirigée par Sidhu (Pankaj Kapoor), il ne tarde pas à obtenir ses premiers rôles au cinéma et, en adoptant le pseudonyme de Sameer Khan, il devient une grande star. Mais cette vie de paillettes et d’hypocrisie l’éloigne de sa femme Sneha (Vidya Balan). Un événement tragique lors d’une soirée va alors bouleverser la vie de notre héros…

Avec Halla Bol, Rajkumar Santoshi renoue avec l’une de ses spécialités, le film engagé. Ce film-là est même plus auteurisant qu’un polar comme Khakee, l’un de ses tous meilleurs films, où la dénonciation des flics et des politiciens véreux s’intégrait à un film de genre musclé, avec scènes d’action et portraits de policiers héroïques. On a droit plutôt ici à un pur film social, comme Damini, son film de procès féministe de 93. Cet aspect semi-commercial est renforcé par la raréfaction des chansons (2 dont une tronquée).

La première partie du film se présente comme une satire au vitriol d’une vedette imbue d’elle-même. Le sujet est alléchant, d’autant plus qu’on va croiser plusieurs stars dans leurs propres rôles (Kareena Kapoor, Jackie Shroff, Tusshar Kapoor), un procédé roublard auquel Santoshi nous a habitués (Aamir Khan dans Damini, Govinda et Juhi Chawla dans Andaz Apna Apna, Amitabh Bachchan dans Ghatak, et même la légendaire Lata Mangeshkar dans Pukar). De plus, Ajay Devgan a la finesse et l’autodérision nécessaires pour le rôle de cette star qui joue à fond la fausse modestie, nous proposant toute une série de parodies et de fausses pubs assez sympathiques. Malheureusement, ces situations légères ne sont pas assez percutantes, et on a déjà vu cent fois ces histoires de caprices de stars.

Quelques scènes réalistes qui s’écartent de l’humour sont tout de même intéressantes. La séquence où Devgan, debout au fond de la salle lors de la projection en public de l’un de ses films, est soudain reconnu et acclamé par les spectateurs, rappelle par exemple la première de Kaho Naa… Pyaar Hai en janvier 2000, le film qui lança le phénomène Hrithik Roshan : dès la fin de la projection en effet, les spectateurs se ruèrent sur l’acteur, devenu star du jour au lendemain, et il fallut que la police vienne pour l’escorter hors du cinéma… La scène où la star Sameer Khan, victime d’une campagne calomnieuse, est honnie par le public, qui brise les vitrines des cinémas projetant ses films et brûle son portrait dans la rue, est également criante de vérité : il est hélas déjà arrivé en Inde que des stars suscitent indirectement des actes de violence suite à des scandales qu’elles ont involontairement provoqués.

On pense particulièrement à la campagne de diffamation dont Hrithik Roshan fut la victime en décembre 2000. De fausses rumeurs, peut-être instaurées par la mafia de Bombay, selon lesquelles la star aurait dit du mal du Népal et de ses habitants, provoqua de véritables émeutes dans ce pays : cinémas attaqués, films hindis retirés de l’affiche, posters à l’effigie de Hrithik brûlés, plusieurs émeutiers abattus par la police… Il fallut que l’acteur démente formellement les propos qu’on lui attribuait pour que les violences cessent. Bref, ces passages du film de Santoshi sont très parlants, nous rappelant que l’industrie du cinéma bollywoodien n’est pas qu’une usine à rêves, et qu’elle peut être à la source d’une forme de hooliganisme qui n’a pas grand-chose à envier aux actes de vandalisme perpétrés dans les stades de football en Occident.

Bien entendu, dans la deuxième partie du film, l’acteur égoïste, le héros de cinéma interprété par Devgan va redevenir l’homme honnête qu’il était autrefois, voire un vrai héros populaire, notamment grâce au soutien de sa femme. Cette dernière est heureusement incarnée par la charmante Vidya Balan, et le couple qu’elle forme avec le héros est crédible, si bien que le film tend alors vers le thriller, et se laisse regarder avec plus d’intérêt. Mais les séquences mémorables, présentes dans la plupart des précédents films de Santoshi, se font rares, et le film s’achemine un peu trop tranquillement vers une fin conventionnelle. Peu de répliques fortes ou de monologues puissants, presque aucune course-poursuite haletante ni fusillade bien sèche, qualités que l’on trouvait à peu près toujours chez ce réalisateur, même dans l’imparfait Family.

Qu’on ne n’y trompe pas cependant : Santoshi n’est pas encore un has been fini, c’est toujours le bon artisan que l’on connaît, avec tout son savoir-faire. On retrouve ici son style efficace, son exigence dans la direction d’acteurs (mention spéciale au solide Pankaj Kapoor), il livre avec Halla Bol un film assez ambitieux inspiré en partie de faits réels, avec un très bon Ajay Devgan, son acteur fétiche des années 2000… Pourtant, on a quand même l’impression qu’il ne croit qu’à moitié à son propos et que, sur un canevas qui semblait original au départ, il se contente d’enchaîner les rebondissements classiques, sans ennui mais sans grande surprise non plus. Ce dernier opus est plutôt bon, mais on s’attendait à nettement mieux de la part de ce maître du western urbain sans concession, qui nous livre peut-être ici son film le moins inspiré depuis les mid-nineties. Et si le couple principal est impeccable, il ne parvient pas à porter le film à bout de bras comme le faisaient les héros des deux réalisations précédentes du cinéaste, Akshay Kumar et Amitabh Bachchan, deux acteurs qui bouffent l’écran, sauvant complètement un projet improbable comme Family.

Halla Bol est donc un film bien fait, avec de bonnes idées à la base, mais qui se révèle un peu terne, froid et sans grande tension, ce qui est un comble de la part d’un spécialiste du thriller ! Echec au box-office, le film est donc avant tout à conseiller aux aficionados du réalisateur ou de l’une de ses stars.

Commentaires
7 commentaires
En réponse à noella - le 01/01/2011 à 16:17

Le personnage du théâtre de rue ancien dacoït a réellement existé et se mêle au fait divers.Les scènes sont très convaincantes : plusieurs acteurs ont eu leur effigie brûlée avec menaces de mort contre eux et leur famille ; Aamir Khan, Shah Rukh tout comme H. Roshan qui a été victime avec son père d’une agression de la part de la mafia et d’une instrumentalisation par le parti nationaliste hindou .Cette dimension totalement absente pour les acteurs occidentaux est bien rendue et des choix qui nous semblent parfois anodins demeurent une prise de risque réelle .De même que l’on puisse s’attendre d’un "heroe" de cinéma qu’il le soit dans la réalité, mais le pragmatisme dont parle J. Shroff semble plus évident afin de survivre au sens propre comme figuré.

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noella le 01/01/2011 à 16:17

Le personnage du théâtre de rue ancien dacoït a réellement existé et se mêle au fait divers.Les scènes sont très convaincantes : plusieurs acteurs ont eu leur effigie brûlée avec menaces de mort contre eux et leur famille ; Aamir Khan, Shah Rukh tout comme H. Roshan qui a été victime avec son père d’une agression de la part de la mafia et d’une instrumentalisation par le parti nationaliste hindou .Cette dimension totalement absente pour les acteurs occidentaux est bien rendue et des choix qui nous semblent parfois anodins demeurent une prise de risque réelle .De même que l’on puisse s’attendre d’un "heroe" de cinéma qu’il le soit dans la réalité, mais le pragmatisme dont parle J. Shroff semble plus évident afin de survivre au sens propre comme figuré.

asso le 06/07/2008 à 19:44

J’ai trouvé en effet ce film tellement nul que j’aurais passé de meilleurs moments en lisant un bouquin ou voir un film américain,anglais ou un film d’un autre pays et on en a déjà vu de cette sotre plus de mille fois..où est la création qui est en panne .Le seul film cette année que j’ai aimé en DVD était Saawariya et le reste du point de vue artistique ou du point de vue de message devient franchement imitation pâlotte de vieux films recyclés mâtinés de qqs copies des films de Hollywood.Et je donnerais 0/10 et Bollywoodunivers comme marchand des DVD a tombé bien bas dans mon estime car ses dvd sont nuls du point de vue de qualité et on a parfois l’impression de regarder des dvd piratés ..de très mauvaises copies et si cela continue je vais arrêter d’acheter chez eux..

SRK le 06/06/2008 à 01:31

moi j’ai bien aimé le film, très différent des autres RS Ajay est un homme et pas un héros, il a peur, il doute, il regrette, il se bat … J’ai bien aimé le message et la dénonciation du pour voir de l’argent sur les stars qui sont prét a vendre n’importe quoi pour de l’argent.

Sinon monumentale erreur Laurent ^^, tu n’a pas évoqué dans ton article la musique du film et surtout le titre More Aaja Piya d’un des frered Sabri pakistannais, présent dans le clip du film aussi !

Laurent le 06/06/2008 à 11:16

Je suis pas très musique, à part mettre à chque fois "chansons agréables" en passant. Comme ça, celui qui veut peut faire une critique de la B.O., n’est-ce pas Jack Slater ? ;-)

meghna le 02/06/2008 à 00:00

Le film s’inspire avant tout très largement de l’affaire Jessica Lall, une jeune serveuse assassinée dans un bar branché de Delhi en 1999. Son assassin ne fut condamné en appel que l’an dernier, à la suite d’une grande campagne médiatique initité par la soeur de Jessica. L’assassin était un "fils de" et a donc échappé à la justice, et comme dans le film, le rare témoin, Bina Ramani (également propriétaire des lieux) fut persécutée et son bar fermé. L’autre témoin une amie de jessica, modifia son témoignage.

Le film, bien que maladroit (la soeur qui refuse de témoigner, Ajay Devgan parfois énervant) dénonce un problème réel en Inde, un cancer même, celui de la justice à deux vitesses, de la corruption et de l’amoralité de beaucoup de gens. L’argent devient roi en Inde, et la dignité, le respect de l’autre passe après, surtout s’il est né dans la mauvaise caste/classe sociale. Une pensée donc pour toutes les Jessica de l’Inde… J’aime quand le cinéma hindi sort un peu du divertisemment bête et creux. J’espère aussi que le film aura contribué à faire évoluer un peu les choses, réveillé les foules et rappelé le devoir de vigilance citoyenne car chacun est concerné (même les grandes stars de Bollywood donc ! ;-))

Maya le 03/06/2008 à 14:28

merci pour cet intéressant commentaire Meghna :-)

Je ne connaissais pas cette histoire et cela rend le film d’autant plus méritoire

Maya le 30/05/2008 à 16:59

Un thriller, Halla Bol ? c’est marrant ça, moi je n’ai pas vu de thriller du tout lol.

J’ai vu un film politique qui dénonçait les corruptions et le laisser faire des masses bien pensantes dont les icônes de cinéma sont le symbole, à la fois mythifiées et objets de cultes et de haines déraisonnables.

J’ai vu dans ce film ce que je n’avais que trop rarement vu ailleurs : le théâtre de rue en Inde, son rôle de transmetteur culturel mais aussi politique. Ce théâtre de rue est présenté comme la racine fertile et incorruptible d’un cinéma qui se laisse tenter par la facilité. Les sènes qui s’y rapportent sont toutes fortes.

Je ne suis pas inconditionnelle d’Ajay Devgan (je l’ai trouvé particulièrement nul dans U, me aur tum), mais là je l’ai trouvé parfait dans ce rôle, assez loin du héros pur et dur pour être crédible dans ce personnage qui se cherche, se perd, se retrouve, parfois complètement paumé, parfois d’un courage qui frise l’insconscience…

J’aurais mis 8/10 pour ce film courageux qui s’écartent des voies faciles de Bollywood. Je le rapprocherais de Hazaaron Kwaishen Aisi. Evidemment si on cherche un thriller on ne peut être que déçu.