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Highway

Traduction : L'autoroute

Année2014
LangueHindi
GenresDrame, Road-movie
RéalisateurImtiaz Ali
Dir. PhotoAnil Mehta
ScénaristeImtiaz Ali
ActeursRandeep Hooda, Alia Bhatt
Dir. MusicalA. R. Rahman
ParoliersIrshad Kamil, Sant Kabir, Kash n’ Krissy
ChanteursSunidhi Chauhan, Jonita Gandhi, Shweta Pandit, Suvi Suresh, Kash n’ Krissy, Sultana Nooran, Zeb, Alia Bhatt
ChorégrapheShohini Dutta
ProducteursSajid Nadiadwala, Imtiaz Ali
Durée133 mn

Bande originale

Patakha Guddi (Female Version)
Maahi Ve
Kahaan Hoon Main
Wanna Mash Up ?
Sooha Saaha
Patakha Guddi (Male Version)
Implosive Silence
Tu Kuja
Jyoti Nooran

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 12 août 2014

Note :
(8/10)

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Les préparatifs de son mariage tout proche ennuient la jeune Veera Tripathy (Alia Bhatt) qui se sent comme enfermée dans la grande maison de sa riche famille. Pour prendre l’air, elle persuade son futur époux de partir en cachette faire une petite virée à la nuit tombée sur l’autoroute voisine. Au moment de rentrer, ils s’arrêtent dans une station-service. C’est alors que quatre hommes masqués surgissent du bâtiment l’arme au point. Des coups de feu claquent. Veera, qui était sortie de l’Audi, est prise en otage pour protéger leur fuite. Le fiancé est expulsé du véhicule dans lequel s’engouffrent les bandits et leur prisonnière. La voiture s’enfonce dans la nuit.

Il ne faut pas longtemps à Mahabir (Randeep Hooda), le chef du petit groupe, pour réaliser que leur captive est la fille d’un homme d’affaires très puissant. Elle les a vus, que faire ? Il est certain que l’industriel fera tout pour retrouver sa fille, quoi qu’il en coûte. Il vont avoir tout ce que le pays compte de forces de l’ordre à leurs trousses. « Il faut rester à l’écart des riches » lui avaient conseillé ses acolytes, mais c’est trop tard. La libérer ? La tuer ? Mahabir se propose crânement de demander une rançon, ou si ce n’est pas possible, de la vendre à un bordel. En attendant, il part se mettre au vert avec son otage…

Imtiaz Ali, à qui l’on doit précédemment des films commerciaux très conventionnels comme Rockstar ou Love Aaj Kal a écrit et réalisé avec Highway une œuvre très surprenante qui a déconcerté même une partie de la critique. Il se présente techniquement comme une sorte de road-movie où on ne s’intéresse qu’aux deux personnages principaux. Leur lent parcours à travers six états pourrait n’être que l’occasion de nous montrer de vastes paysages magnifiques. Ils servent en réalité à souligner leur immense solitude. Ce pourrait être une histoire d’amour, il n’en est rien, ou presque…

Veera est gagnée par le syndrome de Stockholm, c’est-à-dire qu’elle finit par prendre fait et cause pour son geôlier. Le monde avait découvert ce désordre psychologique en 1974 avec les images de Patty Hearst, la petite-fille de Randolph Hearst (celui de Citizen Kane), la montrant attaquant une banque avec ceux qui l’avaient enlevée deux mois plus tôt. Veera va presque aussi loin. Elle dérive et s’enfonce progressivement dans ce trouble impensable. Une des grandes réussites d’Imtiaz Ali est de rendre crédible une situation dont nous voudrions refuser la vraisemblance, tranquillement assis dans notre fauteuil de spectateur.

À l’inverse, Mahabir sombre dans le syndrome de Lima en s’attachant à sa victime. C’est un voyou révolté qui trouve une motivation politique à ses crimes. En capturant Veera, au hasard d’un braquage, il se retrouve brutalement face à ses propres contradictions. La vision d’un méchant qui s’amende en très satisfaisante pour le spectateur, c’est même comme ça que se terminent la plupart des films grand-public. Mais là encore, les auteurs ont choisi de nous montrer une réalité autrement plus dérangeante. Ce n’est pas Veera que Mahabir prend en pitié, c’est lui-même à travers elle. Cela lui arrive contre son gré, comme une maladie qu’il ne comprend pas.

Ces deux êtres qu’a priori tout sépare se perdent sur les routes du nord de l’Inde. Ce qui semblait un plan pour se mettre à l’abri s’évanouit petit à petit dans les grands espaces presque vides. Highway est un road-movie sans but. Leur errance est un sur-place mortifère. La traque s’intensifie, mais ils en sont tous deux inconscients et s’attachent irrémédiablement l’un à l’autre. Veera s’abandonne à l’idée d’être amoureuse de Mahabir et en arrive à se comporter comme sa mère. Il essaye de résister comme il peut. Nous sommes plongés dans les méandres de l’âme humaine.

Highway est un film de cinéma, mais il pourrait tout aussi bien être une pièce de théâtre où presque du bout des lèvres, les personnages nous révèlent leurs fêlures profondes. Certains ont pu voir dans leurs souffrances passées une explication simple et raisonnable à leur inclinaison perturbée. Le contraire est plus touchant : la prise d’otage et les dérives qu’elle entraîne agissent comme un révélateur qui pousse les personnages à sortir d’eux-mêmes. C’est une parenthèse dans leurs vies qui leur donne l’occasion de regarder sans fard leur propre histoire. Les auteurs n’ont pas choisi entre ces deux visions et nous laissent libres.

Dans chaque aspect du film, les auteurs nous proposent une réflexion sur la liberté. La famille de Veera, le personnage que se joue Mahabir, la cabine du camion, les vastes étendues, le désordre psychologique, tout cela n’est qu’enfermement. Il n’y a pas de barreaux, mais sans avenir choisi, qu’est-ce que la liberté ? Ils essayent bien de se libérer de leur démons intérieurs en les faisant resurgir, mais ils ne peuvent s’en détacher complètement non plus. Veera comme Mahabir sont prisonniers de leurs entourages, de leurs actes et d’eux-mêmes. La libération, inéluctable, ne peut être que tragique.

Si le thème du film était étonnant, ce n’est rien à côté de la performance d’Alia Bhatt. Elle était difficilement supportable dans son premier film, Student of the Year. Elle s’essayait à jouer les femmes fatales alors qu’on ne voyait en elle qu’une gamine insupportable. Mais dans ce second film de sa courte carrière, son personnage de femme enfant immature fait des merveilles. C’est à se demander par moments si elle joue. Même dans les passages intenses de la fin, elle est admirable. Randeep Hooda n’est pas en reste. Parfaitement dirigé lui aussi, il est remarquable de justesse. On en regrette qu’il ne lui ait pas été donné plus d’espace.

La mise en scène et les images, tout comme la musique d’A. R. Rahman sont irréprochables. Highway s’ouvre sur Implosive Silence, une chanson exceptionnelle à la dissonance hypnotique et oppressante qui nous plonge dans le film en quelques secondes. Les autres morceaux, aux sonorités douces et mélancoliques, prolongent l’action et participent du voyage. Ce n’est qu’avec Wanna Mash Up ? qu’ A. R. Rahman succombe aux trépidations modernes. Cette chanson entraînante est la seule dansée par une Alia Bhatt, ici encore sensationnelle.

L’affiche de Highway avec Alia Bhatt et Randeep Hooda dans un film d’Imtiaz Ali, pouvait intriguer et même susciter quelques craintes. On pouvait s’attendre à un de ces films commerciaux simplistes qui font aussi bien le malheur des critiques que le bonheur des exploitants. Mais non, il s’agit d’une œuvre originale, riche et complexe. Imtiaz Ali, assisté de main de maître par deux acteurs remarquables, nous emmène explorer des territoires profonds et inattendus.

Au moment de finir cette chronique, je dois avouer qu’il y a un sujet dont ce texte ne parle pas. Au détour d’une conversation il y a quelques semaines, une amie a évoqué cet aspect du film qui l’a profondément marqué. J’ai pensé qu’elle allait s’effondrer en pleurant.



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