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Interview A. Gowariker : Swades et les indiens Part I

Publié vendredi 10 juin 2005
Dernière modification samedi 2 juillet 2005
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Par Suraj 974, Vidhan

Dossier Swades et Ashutosh Gowariker
◀ Opinions de nos rédacteurs sur Swades

À l’occasion de la sortie de Swades, nous avons pu rencontrer ASHUTOSH GOWARIKER, le réalisateur du film. Ce dernier s’est montré fort disponible et nous a accordé un entretien d’une demi-heure dans le salon d’un grand hôtel parisien.

Voici pour les lecteurs de Fantastikasia.net, l’interview intégrale du réalisateur de Swades.

Bonne lecture !

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Ashutosh Gowariker répond aux questions de Vidhan, photo de Suraj

Fantastikasia : Pourriez-vous nous présenter votre film ?

Swades est un film qui relate l’histoire de Mohan Bahargav, un scientifique d’origine indienne travaillant pour la NASA, qui repart en Inde afin d’y retrouver la nounou qui l’a élevé. Lors de son voyage, il redécouvre, sous un œil neuf, tous les problèmes propres à l’Inde. En fait, il connaissait déjà ces problèmes, mais il n’y prêtait pas attention. Il fait face à une véritable prise de conscience qui lui ouvre les yeux et qui le pousse à agir pour trouver des solutions. C’est de cela exactement que parle mon film. Avant, d’autres films traitaient de ces problèmes, mais ne proposaient jamais de solutions pour les résoudre. Avec ce film, d’une certaine manière, j’essaye humblement de proposer mes propres solutions. J’essaye de montrer que les gens devraient prendre conscience de leur propre responsabilité et d’agir en conséquence. J’ai voulu montrer qu’il ne faut pas attendre une aide d’autrui mais de réaliser, nous-mêmes, tous les changements possibles autour de nous afin d’améliorer les choses.

Fantastikasia : Que signifie le mot Swades ?

Swades signifie « notre pays ». C’est un terme qui a été utilisé d’une manière très patriotique et nationaliste juste avant l’indépendance de l’Inde en 1947. À cette époque, le Mahatma Gandhi avait fondé le « Swadeshi Movement », dont le slogan était « Buy Indian, Be Indian ». Dans les campagnes indiennes, les paysans prononcent « swades » et non pas « swadesh » comme le feraient de nombreux Indiens. J’ai voulu réutiliser ce mot hindi dans le contexte de l’Inde d’aujourd’hui.

Fantastikasia : À qui s’adresse ce film, aux NRI [Non Resident Indian] ou aux habitants de l’Inde ?

Je ne vois aucune différence entre les NRI et les habitants de l’Inde. Si vous demandez à un NRI où il ira pour ses vacances, il est fort probable qu’il vous répondra qu’il retournera dans sa ville ou son village en Inde. Nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, attachés à nos origines. Nous sommes Indiens dans le cœur. Swades est destiné à tous les Indiens, aussi bien ceux qui vivent en Inde que ceux qui vivent dans le reste du monde.

Fantastikasia : Qu’est-ce qui vous a incité à faire ce film ?

Vous savez, dès que l’Inde fait face à un problème sérieux, les Indiens ont tendance à ressortir la rengaine habituelle suivante : « Aré ! Hindustan main to haisi hota hai ! » Cette phrase peut se traduire par : « En Inde, les choses sont comme ça et elles ne changeront pas. » Dans ce même cas de figure, il est également souvent dit que l’Inde est un pays fait pour les chiens. Je pense que, si on continue à tenir ce genre de propos, on n’arrivera à rien. Il ne faut pas prendre cela à la légère. On a besoin d’agir et d’aller de l’avant sérieusement. Si on essaye de faire quelque chose en ce sens maintenant, cela pourrait être productif et bénéfique pour tout le monde.

Donc, tout en gardant cette idée en tête, je me suis dit, pourquoi ne pas alors faire un film qui saisit à bras le corps tous les problèmes liés au sous-continent indien. Cela peut paraître un peu dénonciateur, voire accusateur, en tant que film. Un film comme celui-ci peut donner l’impression de sermonner. Cela s’explique par le fait que nous avons tous grandi en regardant des films faits pour nous distraire avant toute chose. Je ressentais néanmoins fortement le besoin de parler de ce sujet, surtout vis-à-vis de la jeunesse indienne. En Inde, nous sommes tous conscients des problèmes liés à l’électricité, au système des castes. Nous sommes conscients de tous les nombreux problèmes auxquels notre pays fait face aujourd’hui, principalement dans nos campagnes qui n’ont pas évolué depuis 50 ou 80 ans, contrairement à nos grandes villes qui ne cessent de se moderniser et de s’occidentaliser. Donc je pense qu’en améliorant le mode de vie de nos villageois l’Inde sera beaucoup plus forte et beaucoup plus unie face à l’adversité.

Fantastikasia : Justement, allez-vous diffuser votre film dans toutes les campagnes indiennes ?

Swades a remporté un succès modéré en Inde. Cependant, nous réfléchissons sur la meilleure façon de le diffuser dans les villages par le biais des cinémas ambulants. Rien n’a encore été concrétisé sur ce point du fait de la mauvaise qualité de ce système. Nous travaillons dessus afin de l’améliorer pour pouvoir ensuite étendre la diffusion de Swades dans toutes nos campagnes.

Fantastikasia : Vous considérez-vous comme un auteur réalisateur exprimant ses opinions à travers ses films, tout comme le fait Mani Ratnam ?

« Mani sir » s’exprime beaucoup plus sur les problèmes politiques et également sur les problèmes frontaliers entre l’Inde et le Pakistan. J’aimerais faire partie de la même catégorie de réalisateurs que lui, sauf que je m’exprime sur des problèmes sociaux. Cependant, je pense que les problèmes politiques et les problèmes sociaux sont liés et forment un ensemble. « Mani sir » et moi-même nous trouvons chacun à une extrémité de cet ensemble.

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Ashutosh Gowariker photographié par Suraj
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