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Interview : Harshvardhan Rane, héros de Sanam Teri Kasam

Publié vendredi 15 avril 2016
Dernière modification lundi 18 avril 2016
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Par Brigitte L. K.

Rubrique Entretiens
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Avec neuf films à son actif depuis 2010, Harshvardhan Rane est un acteur reconnu du cinéma telugu. Mais c’est en 2016 qu’il fait son entrée à Bollywood avec le film Sanam Teri Kasam, sorti le 5 février 2016.
Remarqué dans la série Left turn Left de Sab tv, il a maintenu le cap avec ténacité pour vivre sa passion. Recruté in extremis par les réalisateurs Radhika Rao et Vinay Sapru pour jouer le rôle d’Inder, le résultat est là : les critiques ont tous salué la maîtrise de son jeu, une formidable présence à l’écran. La profession reconnaît ses qualités magistrales dans ce long métrage.

Né dans une petite ville de province, Gwalior, il se sent attiré par une vie différente et choisit l’aventure. À 16 ans, il préfère quitter son père et vivre seul à Delhi. De bonnes âmes vont lui fournir le minimum vital : un repas et un abris pour dormir. Il vit au jour le jour comme il le décrit. La lutte pour la survie dans les rues de Delhi est son quotidien. Il enchaîne les petits boulots et en 2006, des rêves plein la tête, il part pour Bombay avec sa petite amie, sans vraiment connaître qui que ce soit.


Tout le monde sait que la super star Shah Rukh Khan a suivi les cours d’art dramatique de l’école de Barry John (Barry John Acting studio, Bombay), Harshvardhan Rane va aussi s’y inscrire. Un de ses coach détecte qu’il est dyslexique, ce qui explique la fatigue qu’il ressent dès qu’il lit trop longtemps. Pour préparer ses scènes, il a l’habitude de dessiner les personnages comme un story board et de s’imprégner de l’ambiance dans laquelle vivent les protagonistes. Ainsi, il ressent les scènes plus qu’il ne suit des dialogues très figés.
Il n’est donc pas étonnant que son Inder, le héros de Sanam Teri Kasam, avare de paroles, très intérieur et taciturne ait été interprété avec une charge émotionnelle aussi intense. Il n’est pas sans rappeler Marlon Brando dans Un Tramway nommé Désir [1]. A-t-il appliqué les méthodes de l’Actor’s studio ? Il avait joué le rôle de Mitch du Tramway nommé Désir au théâtre à Hyderabad.


Dans sa vie personnelle, c’est un homme engagé : Harshvardhan Rane a adopté une petite orpheline de quatre ans, Swati, et a créé une fondation pour pourvoir à son éducation. Il a créé l’événement « Shirt off » (« Ôte ta chemise ») le 26 janvier 2016 quand ses chemises et ses t-shirts portés pendant les tournages ont été vendu dans un vide-grenier de charité à Hyderabad. Les fans pouvaient aussi passer le voir pour prendre des photos avec lui. L’argent récolté servira à financer les études de Swati.

Parmi les causes qu’il défend, il a pris le parti de la cause animalière et a posé enchaîné pour l’organisation PETA INDIA, afin de faire prendre conscience de la souffrance des éléphants enchaînés.

En mars 2016, il accorde une interview par skype à Fantastikindia.


Brigitte Leloire Kérackian : Sauf erreur de ma part, vous avez entamé une transformation physique pour préparer le film Sanam Teri Kasam, car vos photos avant et pendant le film montrent une différence.
Harshvardhan Rane : Effectivement, même si le casting a été inattendu, j’ai fait beaucoup de musculation pour atteindre le niveau demandé pour cette interprétation. Quand j’ai entendu parler du scénario j’étais persuadé que ce rôle était écrit pour moi, que je pouvais tout donner pour ce personnage ! Quelques jours avant le début du tournage, j’ai pu enregistrer une audition que j’ai envoyée aux deux réalisateurs car je sentais que ce rôle me correspondait complètement. Je voulais les convaincre de m’accorder un moment afin de leur montrer de quoi j’étais capable. Inder dans Sanam Teri Kasam représente une part de l’attitude de mon père : Il était très abrupt au premier abord, mais derrière sa carapace il y avait une personnalité très aimante. Il m’a complètement inspiré !
J’avais la conviction intime que je pouvais interpréter ce personnage. J’ai donc tenté le tout-pour-le-tout dans un délai très court car j’étais dans une ville différente au moment du casting. Ils ont pris le temps de voir mon interprétation. Et très peu de jours avant le tournage, alors que l’acteur principal avait déjà été choisi, ils ont décidé de me sélectionner pour ce rôle. Inder dans Sanam Teri Kasam est très réservé et sombre, très peu loquace. Il me convenait bien car il fallait préparer tout un état intérieur pour montrer son psychisme.
J’ai effectivement entamé un entraînement spécifique et un régime en peu de temps. Bien observé ! Et depuis je conserve la même hygiène de vie.


BLK : Comment s’est déroulé votre tournage avec votre partenaire Mawra Hocane dans le rôle de Saru ?
Harshvardhan Rane : L’interaction avec une actrice du niveau de Mawra était formidable pour moi. Je le comparerais à un match de ping-pong. Envoyer une balle contre un mur reste sans surprise alors qu’avec une partenaire aussi unique qu’elle, c’était un immense plaisir. Sa réponse, ses réactions, son interprétation étaient tellement stimulantes à chaque prise !
En préparation du rôle, j’avais commencé à élaborer les environnements de mon personnage, qui était sa famille etc… ? pour me plonger dans son univers. Les réalisateurs ont créé une atmosphère très particulière pour cette histoire et je suis admiratif de leur créativité.


BLK : Dans votre carrière, comment avez-vous surmonté les difficultés pour vous faire connaître ? Vous avez dû essuyer des refus comme tout débutant dans un environnement inconnu.
Harshvardhan Rane : Je considère les personnes en deux catégories : celles qui vous freinent et annoncent un futur négatif. Elles disent par exemple : « Tu ne connais personne dans le milieu du cinéma ! Ta famille n’a pas de liens ni d’introduction auprès de personnalités installées dans ce monde ! On ne te choisira pas ! »
Et la seconde catégorie qui m’encourage et me soutient ! Ces gens-là m’envoient sûrement des ondes positives qui me permettent d’entrouvrir les bonnes portes et de trouver ma voie. Je n’ai pas eu tant de difficultés que cela à entrer en relation avec les responsables de casting et donc cela s’est construit au fil du temps.
Quand j’ai postulé pour un rôle dans un film telugu, c’était un jour où je n’avais pas trouvé le bon couloir. J’ai poussé une porte où se déroulait une autre audition mais ils m’ont accueilli très gentiment. Je leur ai dit que je ne parlais pas telugu, pourtant ils ont accepté que j’auditionne en hindi. Plus tard, j’ai joué dans un film où il y avait quatre personnages masculins. L’affiche se partageait avec trois autres interprètes et j’avais l’impression que cela serait très intéressant et peu commun.


BLK : Comment avez-vous choisi cette profession ? Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer ?
Harshvardhan Rane : J’ai quitté la maison paternelle à 16 ans et ensuite pendant environ dix ans je n’ai pas revu mon père. C’est lui qui m’a contacté en 2008 quand il m’a vu à la télé dans la série télévisée Left Right Left. Dans mon rôle de jeune militaire, il m’ a fait remarqué que mes chaussures ne correspondaient pas à ma tenue et que les décorations n’étaient pas au bon endroit. Il était fier de me voir à l’écran et nous avons renoué à ce moment-là, mais il est décédé en 2009.
À Gwalior où j’ai vécu, l’avenir d’un jeune ne peut s’envisager qu’en exerçant le métier d’ingénieur, de médecin ou de commerçant. Par conséquent, jouer au théâtre ou au cinéma n’est pas du tout une option. À cette époque, je sentais au fond de moi que je devais tenter cette aventure : aller dans une autre ville pour voir ce qui pouvait se présenter. Je n’avais pas le sentiment que cela allait mal se passer .
Je me souviendrai toujours des premières personnes qui m’ont aidé à Delhi quand je me suis retrouvé seul. La première personne qui m’a donné un repas, un savon, un endroit où dormir ! Mon premier salaire de 10 roupie ! Ce sont des souvenirs qui sont gravés dans ma mémoire. Ma première petite amie, Meenakshi Das, m’a soutenu et nous sommes partis pour Bombay sans aucune connaissance. J’ai suivi les cours de l’école de Barry John car j’admirais Shah Rukh Khan. Au fur et à mesure, j’ai rencontré des personnes qui m’ont fait confiance.


BLK : Est-il exact que vous avez refusé un rôle proposé par Sanjay Leela Bhansali ?
Harshvardhan Rane : On ne peut pas refuser un rôle à un réalisateur tel que M. Bhansali. Simplement, c’était pour un rôle négatif dans Ram-Leela et je n’avais pas d’expérience dans un rôle négatif, donc ma candidature n’était pas la plus appropriée. J’adorerais travailler avec lui dans l’avenir, c’est évident ! Parmi mes projets, le tournage du film avec la Société de Production de John Abraham est terminé, mais je ne connais pas encore la date de la projection en salle. Il y a aussi d’autres programmes en cours de préparation pour lesquels je ne peux rien annoncer. C’est encore trop tôt.



[1Film d’Elia Kazan, tiré de la pièce de Tennessee Williams.


Propos recueillis et traduits de l’anglais par Brigitte Leloire Kérackian Mars 2015.

Sanam Teri Kasam ( en hindi :« je jure sur toi ») sorti le 5 février 2016
Réalisateurs : Radhika Rao et Vinay Sapru
Producteur : Deepak Mukut
Principaux : Harshvardhan Rane pour Inder, Mawra Hocane pour Saru
Musique : Himesh Reshammiya
Durée : 154 mn

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