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Interview de Sonam Kapoor

Publié vendredi 10 mars 2017
Dernière modification dimanche 15 janvier 2017
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Par Brigitte L. K.

Dossier Festival de Cannes 2016
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L’Oréal Paris rassemble des ambassadrices du monde entier. La seconde beauté indienne parmi ses égéries n’est autre que Sonam Kapoor, la fille d’Anil Kapoor. Née dans une célèbre famille de Bollywood, elle est vite détectée par Sanjay Leela Bhansali pour jouer Saawariya aux côtés de Ranbir Kapoor. Élancée — avec ses 1,75 m (grande pour la moyenne indienne) —, elle incarne un type oriental hors normes avec ses yeux brun et sa bouche au sourire immense. Sa fraîcheur et sa distinction en font l’une des vedettes les plus photographiées dans les magazines de mode d’Inde et les pages people. Sa silhouette fine et sa musculature déliée lui donnent une élégance racée à la différence de certains modèles trop entraînées et trop musclées. Un cou gracile, des yeux et un sourire expressifs sont les grands atouts d’un de visage de la mode indienne contemporaine, une superbe khoobsoorat. Lors de son passage pour la promotion de L’Oréal Paris au Festival de Cannes 2016, elle a pu nous accorder un rapide entretien.

Brigitte Leloire Kérackian : Depuis combien de temps êtes-vous ambassadrice de l’Oréal à Cannes ?
Sonam Kapoor : Cela fait six ans que je viens à Cannes pour l’Oréal, mais au total je représente la marque depuis huit ans. Dès que j’ai commencé à jouer au cinéma, ils m’ont proposé un contrat.
J’ai commencé à travailler très jeune en tant qu’assistante de réalisation, juste après le lycée, pour gagner ma vie. J’ai eu mon diplôme de fin d’études [1] à seulement 17 ans. Dans mon premier stage, on m’a « découverte », mais je voulais d’abord me former en tant qu’actrice. J’ai mené de front ma formation et mon métier d’assistante de réalisation. Assister un réalisateur a été pour moi une sorte de parcours universitaire. Et puis j’avais 22 ans quand mon premier film a été distribué. Devenir la muse de M. Sanjay Leela Bhansali a été extraordinaire car il a un sens esthétique exceptionnel.

BLK : Quelles sont les astuces que votre père vous a enseigné quand vous avez émis le souhait de devenir actrice ?
Sonam Kapoor : Il m’a toujours dit d’être aimable et compatissante avec mes interlocuteurs. Lorsque vous démarrez dans ce métier, vous perdez le sens des réalités car il y a toujours des personnes qui se chargent de vous et pourvoient à votre bien-être. Donc, vous prenez conscience que c’est irréel. Il est vraiment nécessaire d’être à l’écoute, de faire attention aux horaires des rendez-vous, de respecter les gens car ils font le maximum dans leur métier. Ils ne font pas cela parce que je suis exceptionnelle ! Chacun est spécial et unique, je le suis un peu aussi, mais bon ! Pas tant que ça ! La modestie est de mise.

BLK : Quelles sont les difficultés que vous avez dû surmonter en tant que fille d’un acteur très célèbre ?
Sonam Kapoor : Nous avons un proverbe en Inde où on dit : « Peu de choses poussent sous un arbre banyan ! ». Et mon père est bien l’arbre banyan. Mais j’ai pris conscience que si le soleil brille suffisamment, une ombre peut grandir. En travaillant sérieusement, sans complaisance, il y a une possibilité pour que cette ombre s’étende. Il y a des aspects positifs et négatifs dans toute chose. L’avantage d’être la fille de mon père c’est d’être reconnue. L’inconvénient c’est que je suis soumise à des comparaisons car il a une aura immense. Je fais partie de la troisième génération familiale dans l’industrie du cinéma. Comme je connais cet environnement, je ne prends pas les échecs et les succès de façon trop personnelle. Je mesure la valeur du travail et de l’honnêteté car j’ai appris en observant mon père. Cela ne m’a pas du tout embarrassée d’être la fille de mon père. Je préfère voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

BLK : Avez-vous des recettes pour conserver votre fraîcheur et votre naturel même si vous devez rester des heures sous le soleil pour tourner une scène ou faire des photos ?
Sonam Kapoor : Je suis végétarienne et je ne bois pas d’alcool. Je pratique le yoga. Je n’ai pas de mauvaises habitudes, mais je ne dors pas assez. Je lis trop. Dans le sens où je lis des choses superficielles comme sur les réseaux sociaux. En tant qu’êtres humains nous devons évoluer et nous améliorer au cours de notre vie, ce qui est un principe qui guide nos vies d’Hindous. C’est pourquoi nous sommes nés sur terre et que nous revenons sur cette terre dans des renaissances successives. Je crois à la réincarnation. Si vous ne vous améliorez pas, vous allez vers l’extinction. Je tente sans cesse d’être meilleure. Le yoga, les pilates, la danse, lire des ouvrages de philosophie, des articles sur plein de sujets différents sont des sources d’inspiration. J’aime aussi les romans d’amour. Et voir des films Bollywood bien entendu !

BLK : Parlez nous de votre expérience aux côtés de Salman Khan, votre partenaire dans Prem Ratan Dhan Payo
Sonam Kapoor : Il est tellement, tellement beau ! Et il sent si bon ! C’est une personne si aimable ! Quelle expérience formidable de jouer avec des gens de grande bonté. Je suis ambitieuse en tant qu’être humain pour devenir meilleure. Mais en tant qu’artiste, je choisis mes films pour tenter d’améliorer mon jeu d’actrice et pour travailler avec des personnalités généreuses. C’est pourquoi j’ai souhaité jouer dans Prem Ratan Dhan Payo. J’avais très envie de jouer avec Salman et le réalisateur Sooraj Barjatya. J’apprécie le fait qu’ils soient pieux et dans la spiritualité.

Il y a aussi des projections de mon dernier film Neerja au Marché du Film de Cannes. Les critiques ont été positives et le public a répondu présent en Inde. Je n’imaginais pas que le film atteindrait un tel succès car il n’y a pas de chansons ni de danses. La personnalité de Neerja Bhanot est si admirable. Elle a reçu les plus hautes distinctions de bravoure de la part des gouvernements américain et pakistanais. Elle a sauvé tant de gens malgré ou à cause de leurs religions. Quelle que soit la couleur de peau ou l’appartenance des gens, elle n’a fait aucune discrimination. Elle croyait profondément dans l’humanité. La violence terroriste est tellement d’actualité, or cet événement a eu lieu 30 ans plus tôt. Son devoir et ses convictions passaient avant tout. De nos jours, les jeunes manquent de héros dans la vie réelle, puisque nous sommes baignés dans la téléréalité, les stars du petit écran…

Cela représente vraiment quelque chose de particulier : sacrifier sa propre vie ! Elle avait seulement 23 ans et avait l’avenir devant elle. Elle était mannequin et hôtesse de l’air. Elle a choisi de sacrifier sa vie pour 300 personnes. Elle a vu des balles qui allaient atteindre des enfants et elle les a protégés de son corps sans même réfléchir. Elle en a perdu la vie. Je ne pense pas que j’en serai capable. Et je ne connais pas beaucoup de gens assez forts pour accomplir la même chose. Lors du tournage, j’avais ces questionnements. J’aurais dû être accablée par le poids d’un tel rôle mais elle est une telle inspiration par son héroïsme. En fait, c’était aussi une jeune fille normale avec une vie ordinaire, des peurs et des rêves comme tout un chacun. Une des accroches du film est « La peur lui a donné le courage ! ». Quand vous êtes effrayé, et que vous pouvez, malgré tout, passer à l’action, c’est là où réside la bravoure. Elle avait des peurs puisque c’est une personne normale. L’extraordinaire réside dans son acte de courage au delà de ses terreurs !

BLK : Avez -vous eu des moments émotionnellement perturbants pendant le tournage, sachant que ce personnage a existé ?
Sonam Kapoor : Nous avons joué pendant 35 jours dans cet avion sans interruption. Le réalisateur voulait filmer comme un documentaire. On l’a vécu comme une catharsis, ce qui signifie un nettoyage. C’est ce que je ressentais. Juste après, j’avais mon vol pour venir à Cannes en 2015. Après le tournage, je voulais simplement rentrer dans ma chambre et pleurer tant que je pouvais, mais j’avais cet engagement à Cannes. Pendant mon vol, j’observais les hôtesses de l’air, faisant répéter les consignes de sécurité, faisant le service. Cela m’a ressourcée car elles accomplissaient leur devoir en vérifiant ma ceinture de sécurité et que tout soit en ordre. Elles savent quel est leur devoir dans des cas extrêmes. Donc, je me suis dis que je ne pouvais pas m’appesantir sur mon sort et me plaindre, et que je devais à mon tour faire mon devoir, jouer en tant qu’actrice, valoriser la marque, montrer le meilleur de moi-même. En conclusion, ce film m’a enseigné une certaine force morale.

BLK : Quels sont vos futurs projets et aimeriez-vous travailler avec des réalisateurs sélectionnés au Festival de Cannes ?
Sonam Kapoor : Pourquoi pas ? Il y a beaucoup de réalisateurs et acteurs avec lesquels j’aimerais travailler, mais j’ai besoin de véritables personnages. J’oriente mes choix selon les histoires qui me sont proposées.

BLK : Et si on vous proposait un film où vous pourriez jouer avec votre père et votre frère, comment réagiriez-vous ?
Sonam Kapoor : Je ne sais pas. Je deviens égoïste quand cela concerne mes choix de rôles. Comment est-ce que ce film va me permettre de progresser en tant qu’artiste et actrice ? Si le rôle est captivant, bien sûr ! Sinon, cela n’a pas d’intérêt. Je prépare un film avec ma sœur, mais je n’ai pas encore le droit d’en parler pour le moment. Disney a fait sa première production avec Khoobsoorat et nous devrions faire encore deux films ensemble où je serais encore une princesse Disney. J’ai un projet d’association sur le long terme avec UTV et Disney, et nous voudrions mettre en avant l’autonomisation des femmes. Nous souhaitons que ces princesses soient des inspirations pour les nouvelles générations.


[1L’équivalent du baccalauréat.


Propos recueillis et traduits de l’anglais par Brigitte Leloire Kérackian. Mai 2016.

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