]]>

Interview exclusive d’Aishwarya Rai Bachchan

Publié vendredi 29 mai 2015
Dernière modification samedi 6 juin 2015
Article lu 1231 fois

Par Brigitte L. K.

Dossier Festival de Cannes 2015
◀ Dheepan rafle la Palme d’Or

L’hôtel Martinez héberge depuis de nombreuses années la société L’Oréal et le studio comprend divers salons pour les interviews, le maquillage des égéries et leurs espaces de préparation aux photos et interviews.

Aishwarya Bachchan porte l’éblouissant rouge a lèvres numéro 430 de L’Oréal et avance dans un ensemble pantalon en mousseline de couleur crème. Son pantalon a des petits motifs de tigres avec quelques touches dorées très discrètes. Les photos sur la terrasse se font sous un soleil de plomb et elle propose de rentrer dans le salon pour l’interview afin de mettre tout le monde à l’aise.

Son naturel et son côté très direct permettent à chaque journaliste de prendre sa place facilement. On sent qu’elle apprécie ces moments et s’y prête avec charme et enthousiasme, que demande de plus un journaliste ?

Brigitte Leloire Kerackian : Avec L’Oréal quel genre de message voulez-vous faire passer au monde ?

Aishwarya Rai Bachchan : Et bien, le slogan de L’Oréal est très clair, quand ils disent « Nous le valons bien, vous le valez bien » voilà qui dit tout, et c’est une des principales raisons qui font que je suis heureuse d’être associée à L’Oréal. J’aime le fait que L’Oréal encourage les femmes dans les domaines de la science. Nous sponsorisons l’éducation féminine, nous travaillons sur des projets pour faciliter l’émancipation des femmes, les éduquer, nous avons des programmes de formations dans les domaines de l’esthétique, du maquillage, de la coiffure. Lorsque les femmes reçoivent une formation, elles ont la possibilité de sortir de leur cocon et de commencer leur propre business personnel ! C’est cela qui leur donne du pouvoir.

BLK : Et de la confiance en soi également…

ARB : Absolument ! Il y a également cette nouvelle tribune, la célébration des trophées Women of Worth. C’est fantastique parce que nous mettons réellement en lumière des femmes qui font un travail social tellement remarquable ! Et c’est important pour elles d’être reconnues, d’être récompensées et applaudies par le plus de monde possible. C’est un énorme projet sur lequel nous collaborons avec L’Oréal, mais c’est aussi une marque de cosmétiques formidable qui permet aux femmes d’apprécier une certaine forme d’art.

BLK :J’aimerais parler maintenant de votre carrière. Quel est le film dont vous êtes la plus fière ?

ARB :La plus fière ? (cri de réflexion)

BLK : Je vous ai connu grâce à Devdas, (oui) puis j’ai découvert Jodhaa Akbar (ohhhh) puis Dhoom 2 (rires) et j’ai vu Raincoat dans lequel vous nous offriez une belle performance (oh merci) et qui est plutôt du côté du cinéma d’art et d’essai…

ARB : Oui en fait pour moi, ce qui est important c’est le bonheur de varier les styles de film. Prenons les exemples que vous venez juste de donner, ce qui est formidable c’est l’opportunité de jouer des femmes qui sont si différentes. Donc d’un côté, on a Devdas, ce que j’aime appeler un « Magnum Opus » (un Grand Œuvre, ndlr). C’est comme une sublime et immense peinture, un fabuleux étalage de culture, de couleurs, de créativité au summum de sa forme, de la musique, des chansons, de la danse. Ce que les gens identifient comme étant l’essence du cinéma indien dans le contenu, dans l’expérience visuelle et auditive. D’un autre côté, j’ai eu la chance de tourner un film historique, Jodhaa Akbar, mais avec le langage cinématographique d’un réalisateur comme Ashutosh Gowarikar, c’est-à-dire très grand, ostentatoire comme doivent l’être les films historiques. D’un autre côté il très subtil avec des performances nuancées qui donnent tout de même un côté réaliste dans ce genre particulier, typique de ce réalisateur. Puis il y a des films comme Dhoom 2 qui reviennent à tourner un film du genre de Fast and Furious. C’était tellement différent…

BLK : Ah oui, avec de l’action…

ARB : Oui, et de la danse et des corps parfaits et des vêtements très sexy, donc c’est un environnement complètement différent. C’est bien d’avoir la possibilité de jouer un personnage comme ça. Et puis il y a les films comme Choker Bali ou Raincoat avec Ritu-da (Rituparno Ghosh, ndlt) ou encore Iruvar, Guru et Raavanan avec Mani Ratnam, HDDCS, Devdas et Guzaarish avec Sanjay (Leela Bhansali, ndlt). Ce sont des réalisateurs qui font des choses tellement différentes dans leur espace créatif propre et unique.

BLK : Vous avez tourné trois ou quatre films avec Sanjay Leela Bhansali que j’ai interviewé il y a deux ans.

ARB : Oui ! Oh ! Quand il était à Paris pour Padmavati ? (opéra qu’il a mis en scène pour le théâtre du Châtelet en 2008, ndlr)

BLK : Non, je suis allée en Inde il y a deux ans.

ARB : Oh vraiment ? C’était après Guzaarish donc.

BLK : Oui, c’était au moment de Ram Leela. On peut dire que vous avez beaucoup travaillé avec lui !

ARB : J’ai collaboré avec tous ces réalisateurs et j’adore le fait d’avoir eu autant d’expériences variées, donc comme vous pouvez le voir je suis incapable de choisir un film préféré !

BLK : Sanjay Leela Bhansali vous considère comme une déesse.

ARB : C’est un très très cher ami et il n’arrêtait pas de m’embêter avec ce film. Il n’arrêtait pas de dire qu’il avait fait exprès de faire beaucoup ressembler Leela au personnage d’Aishwarya dans HDDCS (Hum Dil De Chuke Sanam) et je le remerciais pour ça. Il n’arrêtait pas de rire et de dire « Tu sais je n’arrive pas à te sortir de ma tête donc j’invente un nouveau personnage mais qui est comme celui que nous avons créé ensemble il y a quelques années ». Il me dit aussi « tu es devenue mère, tant mieux pour toi, mais tu me manques et voilà, Leela est là ». Je trouve ça tellement mignon ! C’est tellement spécial quand un réalisateur me dit ce genre de chose adorable et Sanjay est un grand ami, un réalisateur exceptionnel, j’ai toujours adoré travailler avec lui.

BLK : Je voudrais vous poser une question à propos de la place des femmes dans le cinéma indien parce qu’il y a deux ans, j’ai eu l’opportunité d’interviewer Zoya Akhtar (oh, c’est une amie !) et elle m’a dit que c’était difficile pour une actrice en Inde parce que les réalisateurs veulent de jeunes et nouvelles actrices très rapidement et donc les actrices expérimentées ont de plus en plus de mal à obtenir des rôles.

ARB : Mais c’est une réalisatrice donc elle devrait plutôt réfléchir à la façon de changer cette situation ! C’est une amie proche, lorsque je vais rentrer je vais lui en parler et lui dire qu’au lieu de hausser les épaules et de dire que c’est difficile, il faut qu’elle fasse quelque chose pour changer ça ! Qu’elle ne joue pas avec ce cliché, tout simplement ! Voilà votre réponse !

BLK : Il y a de plus en plus de films qui ont pour personnages principaux des femmes, comme Queen, Kahani

ARB : Et bien vous savez, je pense qu’il serait temps que les films soient vus comme des films. Je souhaiterais que l’on n’ait pas à définir… vous voyez ce que je veux dire ? Nous sommes obligés de faire cela, à cause de la marginalisation ou des idées préconçues, de ces petites révolutions tranquilles ou rébellions dont les gens ne cessent de parler… mais j’attends impatiemment le jour où nous n’aurons plus à parler de « sujet féminin » comme d’un genre. Cela devrait simplement être du cinéma, un film qui doit être vu. Par exemple, Queen était un film en lui-même apprécié par tout le monde, pas seulement par les femmes. Kangana (Ranault, ndlt) a reçu des éloges pour sa performance, et le réalisateur, qui est un homme, a été applaudi pour le film qu’il a fait et c’est tout, c’est comme ça que cela devrait être !
Comme je l’ai dit, Zoya est une amie, une femme et une réalisatrice qui plus est, et si c’est vraiment ce en quoi elle croit, alors elle doit initier le changement et ne pas jouer sur les stéréotypes.

Parfois j’ai peur que les gens pensent que je délire complètement, mais je n’ai aucune idée du temps que j’ai passé dans le milieu du cinéma. Ça fait un moment certes et j’ai eu de merveilleuses et fructueuses années. Elles se sont juste envolées en travaillant avec différents réalisateurs, expérimentant tous les genres cinématographiques. Pour être honnête pendant toute ma grossesse, j’ai reçu des scripts et la seule chose que je peux dire c’est que l’aisance et la liberté que les scénaristes et réalisateurs peuvent avoir avec moi vient sûrement du fait que j’ai brisé les clichés dès mon premier film. Je n’ai pas eu besoin de faire semblant dans les différentes phases de ma vie. J’ai fait Dhoom 2 au bout de 10 ans de carrière, ce n’était pas mon premier film. Mon premier film était Iruvar qui peut être qualifié de cinéma sérieux. J’ai joué des rôles de femmes matures, de femmes portant le sari (c.à.d. « sérieuses », ndlt) dès le début de ma carrière, et j’ai fait du cinéma régional et indépendant au début, mais aussi après Devdas. Il y a vraiment eu un mélange. J’ai joué une femme mature comme Sofia dans le Guzaarish de Sanjay Leela Bhansali, cela avant que je devienne mère. C’est un personnage très adulte, tout comme celle que j’interprétais dans Raavanan puis je suis passée à un film très léger comme Action Replayy et à du cinéma commercial avec Robot.
Donc à mon avis, si vous savez doser dès le début, alors vous ne pouvez pas être catégorisée, enfermée dans un rôle. On n’entendra pas « cette actrice peut jouer un rôle glamour, celle-ci peut jouer une jeune fille ou un rôle plus adulte », et quand on devient un peu plus vieille, on ne ressent aucun stress à jouer des rôles différents parce qu’on l’a fait dès le début. Ce genre de chose est intégré dans l’esprit des réalisateurs me concernant, donc je suis très reconnaissante pour les films que j’ai choisis depuis le commencement de ma carrière car aujourd’hui je n’ai pas à me soucier de cette étape de ma vie et du travail créatif me concernant. Pour moi ce n’est pas un bouleversement, parce que j’ai eu ce genre de propositions il y a dix ans, il y a cinq ans même. Je retrouve dans les scripts que je reçois depuis que je suis mère les mêmes idées que dans ceux que je recevais il y a cinq ans.

BLK : Ma prochaine question concerne votre nouveau film Jazbaa. Il est présenté, enfin une petite partie est présentée ici à Cannes.

ARB : Oui c’était à Variety (célèbre magazine de cinéma présent à Cannes, ndlr) l’autre jour et demain il y a une autre présentation à laquelle j’espère vraiment que vous viendrez. C’est un film de Sanjay Gupta dont il me parle depuis assez longtemps…

BLK : Est-ce que c’est un nouveau tournant de votre carrière de jouer une avocate ?

ARB : Non pas vraiment, je sais que cela va être perçu de cette manière, mais c’est le rôle d’une femme forte que j’aurais pu jouer il y a quelques années déjà. Comme le personnage principal est une mère, aujourd’hui c’est plus réel pour moi… en fait, il y a simplement certaines choses qui deviennent plus réelles dans notre travail grâce à nos propres expériences et c’est extraordinaire. C’est vraiment un rôle fort, sur un sujet intéressant et complexe.

BLK : On se rapproche du thriller ?

ARB : Oui en effet, notamment parce que c’est le langage cinématographique de prédilection pour Sanjay Gupta. Il y a des aspects palpitants, ce qui n’empêche pas un contenu fort et sérieux.
Nous somme si heureux du casting réuni, nous avons des acteurs tels que Irrfan Khan ou Shabana-ji (Shabana Azmi, ndlr) qui vont permettre d’amener la voix de la vérité au sujet.

BLK : Avez-vous terminé le tournage ?

ARB : Il ne me reste qu’une petite séquence de tournage en juin mais on a fini plus de la moitié du film.

BLK : Y a-t-il des réalisateurs européens avec lesquels vous aimeriez travailler et voudriez- vous tourner en France ? Je sais que vous avez tourné en Suisse et nous sommes très jaloux parce que la France est juste à côté !

ARB : J’adorerais ! En fait nous sommes venus quelques fois au fil des années pour de très brèves séquences, et j’ai toujours adoré ça. En fait Thierry (Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, ndlr) n’arrête pas de me demander si je ne voudrais pas faire un film français et moi de répondre que j’aimerais vraiment ça. Si Dieu le veut !

BLK : Merci beaucoup !

Interview recueillie par Brigitte Leloire Kérackian
Festival de Cannes 2015, 18 mai.
Traduction de l’anglais par Kendra.

Commentaires
1 commentaire
Galerie