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Irudhi Suttru

Traduction : Round final

Année2016
LangueTamoul
GenreFilm sur le sport
RéalisateurSudha Kongara
Dir. PhotoSivakumar Vijayan
ScénaristeSudha Kongara
ActeursMadhavan, Ritika Singh, Zakir Hussain, M. K. Raina, Radha Ravi
Dir. MusicalSanthosh Narayanan
ParoliersVivek, Muthamil
ChanteursPradeep Kumar, Dhee, Santhosh Narayanan, Sean Roldan, Shri Shyamalingan, Vijaynarain
ProducteursS. Sashikanth, Madhavan, C.V. Kumar
Durée109 mn

Bande originale

Poda Poda
Ey Sandakaara
Usuru Narumbeley
Maya Visai
Vaa Machaney

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Gandhi Tata - le 15 mars 2017

Note :
(8/10)

Article lu 312 fois

Un entraîneur de boxe, Prabhu Selvaraj (R. Madhavan), est suspendu de ses fonctions à Delhi et se voit muté à Chennai, dans le sud de l’Inde. De sa rencontre avec Madhi (Ritika Singh), une jeune boxeuse indisciplinée, mais déterminée, naîtra une relation mouvementée et inattendue.

Dans la même lignée que Bhaag Milkha Bhaag et Eeti, Irudhi Suttru appartient au genre du film sportif, très peu exploré dans le cinéma tamoul et considéré à tort comme un domaine casse-gueule. Même si le sport est un sujet pouvant faire fuir ou grimacer n’importe quel producteur tamoul, c’est un genre porteur qui a donné par le passé de très bons films et surtout de très gros succès. On a tendance à oublier que des cartons comme Ghilli, Ethir Neechal, Badri, Chennai 600028, Aadhukalam ou encore Vennila Kabadi Kuzhu ont marqué l’histoire du box-office, mais aussi la mémoire des cinéphiles par leur originalité, leur casting, mais aussi l’ambiance sympathique façon buddy movie et leur incroyable richesse scénaristique qu’on ne retrouve jamais dans une production commerciale calibrée pour le grand public.

Contrairement à Kollywood, Bollywood a très bien su exploiter ce filon depuis maintenant quatorze ans. Tout n’a peut-être pas commencé avec Lagaan, mais le film d’Aamir Khan est un modèle du genre qui a non seulement ouvert la voie du cinéma indien vers l’international, mais s’est également frayé un chemin dans le club très privé des longs-métrages nominés pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Depuis, toutes les grandes stars se sont essayées au genre avec un certain succès : Shah Rukh Khan avec Chak De ! India, Priyanka Chopra dans Mary Kom et Aamir Khan (encore) dans le rôle d’un lutteur dans Dangal.

Irudhi Suttru semble vouloir emprunter un chemin différent en proposant une histoire complexe, qui se penche aussi bien sur le noble art que sur des thèmes comme la rédemption, l’amour, le dévouement et le rapport entraîneur—boxeuse assez compliqué. On peut faire le rapprochement assez facile avec Million Dollar Baby, mais l’attirance entre le personnage de Prabhu et celui de la jeune combattante Madhi, leurs travers, ainsi que les problèmes qui rongent ce sport, nous donnent une idée sur la volonté et l’approche singulière de la réalisatrice Sudha Kongara Prasad.

Le chemin emprunté par Irudhi Suttru ne diffère pas des autres films sportifs et on y retrouve presque tous les clichés du genre, comme l’émergence d’un talent, la relation conflictuelle entre deux marginaux, les séquences d’entrainement, les rivalités sportives, les défis gagnés comme perdus et enfin, le combat final avec la victoire inespérée qui consacre les sacrifices consentis par le duo entraîneur—boxeuse. Si on peut reprocher à Sudha Kongara Prasad son manque d’inspiration concernant l’ossature de son scénario, il n’y a en revanche rien à redire sur l’exploration de ce milieu fermé et impitoyable, et la dimension humaine qu’elle a voulu donner.

Irudhi Suttru dénonce les tares qui gangrènent un sport, et surtout un art qui n’a de noble que son surnom, mais dont les coulisses recèlent de profonds maux comme la discrimination, le harcèlement sexuel, la corruption et les pratiques douteuses au sein des plus hautes sphères de la fédération sportive. Bien heureusement le film ne se contente pas d’une mise en abîme des défaillances, et se concentre pleinement sur tout ce qui peut unir un sportif à son coach. Ce sujet est traité de manière convaincante et audacieuse, avec une paire atypique, de sexes opposés, milieux sociaux éloignés, à des moments différents de leurs vies, mais à fort tempérament et passionnés de boxe.

Il n’y a pas que de la violence et de l’hostilité dans l’air, et chaque personnage tente de se dépasser pour l’autre afin de gagner son respect ou son amour… L’ambiguïté des rapports homme—femme est au cœur du récit, car la méfiance laisse très vite place à un rapprochement qui finit par parasiter leur travail d’équipe. J’ai beaucoup aimé la manière dont la réalisatrice n’a pas éludé cette question et l’a pleinement traitée. Les acteurs principaux ont largement contribué à la vision de Sudha Kongara Prasad par leur interprétation et leur extrême sensibilité. Car au-delà du jeu impeccable de R.Madhavan et l’exceptionnelle présence de l’actrice débutante et ex-championne de MMA (free-fight), Ritika Singh, c’est leur alchimie et leur façon de convier les émotions, qui créent véritablement l’adhésion du public et rendent crédibles ces deux personnages.

Comprenant le potentiel de son script et l’engouement du public pour des films comme Mary Kom, qui racontait la véritable histoire d’une championne de boxe, Sudha Kongara Prasad a décidé de proposer une version hindi du film et s’est entourée de producteurs hindis et tamouls prestigieux pour donner de meilleures chances à Irudhi Suttru. D’ailleurs, la liste des noms a de quoi donner le tournis : S. Sashikanth (Kaaviya Thalaivan), C. V. Kumar (Pizza), R. Madhavan et l’immense Rajkumar Hirani (PK, 3 Idiots). Le titre hindi du long-métrage est Saala Khadoos, et il ne s’agit pas d’un simple doublage car Sudha Kongara Prasad a tourné en simultané, dans les deux langues, étant donné que la majeure partie du casting se débrouille très bien en hindi, comme R. Madhavan — vu dans Tanu Weds Manu Returns. Côté musique, le talentueux Santhosh Narayanan est aux manettes de l’album, pour un résultat qui est aussi bon sur la bande-son que sur les chansons.

Irudhi Suttru est un film d’une rare noblesse à l’image du sujet qu’il traite, le noble art de la boxe. Plus proche de la référence du genre — Rocky — que de Million Dollar Baby, dont il n’est aucunement le remake, comme certaines rumeurs l’ont laissé entendre, Irudhi Suttru est un grand moment de cinéma, à la fois tendre et brutal comme un K.O qu’on ne voit pas venir. Le duo de personnages, incarné par R Madhavan et Ritika Singh, est profondément attachant avec ses travers et ses qualités. Exit donc l’histoire d’amour ou d’amitié, trop facile ; ici la greffe se fait péniblement, comme dans la vraie vie. La réalisatrice Sudha Kongara a fait le choix du brut de décoffrage et de l’émotion, pour donner une épaisseur trop souvent absente dans la production cinématographique indienne actuelle. De la première minute au dernier son de cloche, on suit avec passion ce magnifique combat qu’un coach et son apprentie mènent contre les difficultés de la vie. Irudhi Suttru est un film coup de poing, il ne baisse jamais sa garde pour nous livrer de véritables tranches de vie, avec en prime un uppercut final inoubliable. On tient à coup sûr le plus grand film de boxe indien jamais réalisé.


Bande-annonce

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