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Jazbaa

Traduction : Passion

Année2015
LangueHindi
GenresDrame, Film d’action, Thriller
RéalisateurSanjay Gupta
Dir. PhotoSameer Arya
ScénaristesRobin Bhatt, Sanjay Gupta
ActeursAishwarya Rai Bachchan, Shabana Azmi, Atul Kulkarni, Jackie Shroff, Irrfan Khan, Chandan Roy Sanyal
Dir. MusicalAmar Mohile, Arko Pravo Mukherjee, Badshah, Amjad-Nadeem
ParoliersArko Pravo Mukherjee, Badshah (parolier), Sanjay Gupta, Amjad-Nadeem
ChanteursShraddha Pandit, Vipin Aneja, Badshah, Jubin Nautiyal, Nilofer Wani, Arko, Asees Kaur
ProducteursNittin Keni, Akash Chawla, Anuradha Gupta, Sachiin Joshi, Raina Sachiin Joshi
Durée123 mn

Bande originale

Bandeyaa
Kahaaniya
Bandeyaa (reprise)
Aaj Ka Raat Scene
Jaane Tere Shehar

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Alineji - le 20 octobre 2015

Note :
(7.5/10)

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On l’attendait avec impatience. Jazbaa marque le grand retour sur les écrans d’Aishwarya Rai Bachchan, aperçue depuis sa maternité seulement sur les marches du festival de Cannes et lors de quelques fêtes et cérémonies de remises d’Awards. Pour être tout à fait honnête, certains l’attendaient même un peu au tournant, après cette longue interruption de cinq ans. Le pari était risqué.

Eh bien !, Aishwarya nous revient en forme et en beauté, et pour le prouver, elle court, elle court. Et ce dès les premières images du long métrage de Sanjay Gupta dont Gandhi Tata vous a déjà parlé dans la news sur la sortie du film en France. Il y expliquait notamment que Jazbaa, distribué par notre partenaire Night ED Films, était l’adaptation d’un film coréen multi-récompensé de Won Shin-yeon, Seven Days, sorti en 2007. N’ayant pas vu l’œuvre originale, je ne m’avancerai pas sur le terrain de la comparaison, et je ne parlerai donc sans aucun a priori et sans état d’âme que du seul Jazbaa qui nous occupe ici. Et cela « Parce qu’il le vaut bien ! », pour pasticher une célèbre marque de cosmétiques dont Miss Rai est l’égérie depuis plusieurs années.

Anurada Varma, dite Anu (Aishwarya Rai), est une brillante avocate pénaliste qui n’hésite pas à défendre des clients peu recommandables et qui surtout gagne tous ses procès. Au début de l’histoire, elle vient de faire un jogging le long de la plage et part rejoindre à l’école sa fille Sanaya (Sara Arjun) car elle doit participer avec elle à une course de relais dans laquelle s’affrontent plusieurs équipes mères-filles. Cette entrée en matière donne le ton sur la relation fusionnelle qu’elle entretient avec son enfant, élevée seule. Mais à l’issue de la compétition, Sanaya est introuvable, elle a été enlevée. Commence alors l’attente d’une demande de rançon. Lorsque le kidnappeur se manifeste, il ne réclame pas d’argent mais exige qu’Anu fasse libérer Nyaaz Sheikh (Chandan Roy Sanyal), criminel récidiviste, condamné à mort en première instance pour le viol et le meurtre d’une jeune fille. Son procès en appel doit avoir lieu dans quatre jours seulement. C’est le temps qui reste à Anu pour le faire sortir de prison si elle veut revoir sa fille.

La jeune femme va être aidée par son vieux copain Yohaan (Irrfan Khan), ex-officier de police revenu de tout et fraichement suspendu pour faits de corruption — il venait le matin même de faire appel à Anu pour sa défense. A ses côtés, Yohaan se lance à la recherche des kidnappeurs de Sanaya, et en parallèle à celle de nouveaux éléments qui pourraient soit innocenter soit prouver la culpabilité de Nyaaz. Mais une question reste en suspens et ils vont aussi tenter ensemble de la résoudre. Qui a intérêt à faire libérer ce malfrat parfaitement ignoble dont on sait tout de même qu’il avait par le passé déjà été condamné pour viol ? Rapidement, les deux amis rencontrent Garima (Shabana Azmi), la mère de Sia, la jeune femme martyrisée, pour tenter d’en savoir plus sur la vie de cette dernière. Mais Anu lui cache qu’elle est la nouvelle avocate du meurtrier présumé de sa fille… Ils découvrent bientôt que Sia avait un petit ami, Sam (Siddhanth Kapoor), qui n’est autre que le fils d’un homme politique, joué par Jackie Shroff.

Thriller et film d’action, Jazbaa ne déçoit pas, autant grâce à son rythme, rapide sans être excessif, qu’à ses nombreux rebondissements. On a droit à quelques surprises assez épatantes qui évoqueraient presque, dans un autre style, celles du premier Don. Sanjay Gupta sait aussi maintenir l’anxiété du spectateur, sans jouer avec ses nerfs (ce que j’appelle l’effet « diable qui sort de la boîte »), on lui en sait gré. Il met plutôt l’accent sur les tensions entre personnages, leurs réactions incontrôlées et souvent inattendues. Mais le metteur en scène s’intéresse particulièrement aussi aux rapports et à la dualité entre les deux mères, l’une dans l’angoisse de la disparition de sa fille, qu’elle est obligée de taire, l’autre dans la douleur de la perte définitive de la sienne. Quand la seconde s’aperçoit de la manipulation dont elle a été victime de la part d’Anu, leurs échanges font mouche, et seul le spectateur, au courant du rapt, sait à quel point les flèches décochées par Garima-Shabana Azmi atteignent Anu-Aichwarya au cœur.

Le film apporte également un éclairage sans concession sur la façon de rendre la justice en Inde et sur quelques autres tares de la société du sous-continent. Au demeurant, quel film social ou thriller policier indien de qualité peut échapper aujourd’hui à un chapitre sur la corruption policière ou politique ? Mais la dénonciation du réalisateur cible essentiellement l’impunité du viol dans ce pays, en dépit d’une loi rendue plus répressive depuis le viol collectif et la mort de l’étudiante de New-Delhi, crime qui avait ébranlé le pays entier en 2013. Pour enfoncer le clou, un texte déroulant énonce les statistiques au moment du générique final. Il ne faut toutefois pas trop chercher de morale à ce qui reste une histoire, une fiction, et non un film social ou à thèse, malgré les faits de société très peu ragoutants, ou carrément ignobles, qu’il convoque. Si on veut à tout prix tirer une leçon, elle porterait plutôt sur les métamorphoses intérieures des protagonistes principaux, confrontés à leurs limites, et sur les choix qu’ils font.

La qualité de la photographie est un autre point fort du film. Dieu que Bombay offre des décors stupéfiants que de nombreux réalisateurs savent aujourd’hui mettre à profit, d’Anurag Kashyap à Ritesh Batra, en passant par Hansal Mehta ! Quand la ville est bien filmée, c’est un plaisir dont on ne se lasse pas. Les images des marges interlopes de la grande cité, hangars désaffectés, zone portuaire, bidonvilles périphériques, etc., sont splendides sans parler des magnifiques couleurs plombées des ciels de la mégapole. On ne peut qu’applaudir le directeur de la photographie, Sameer Arya, qui avait déjà œuvré pour Shootout of Wadala du même Sanjay Gupta. Ses cadrages et grands panoramiques sont eux aussi particulièrement réussis.

Le film n’échappe pas cependant à quelques facilités, voire complaisances. On ressent un agacement certain face à la répétition de la scène de viol et de meurtre, à trois reprises, dans une pénombre bleutée qui ne permet pas de distinguer les traits de l’assassin, au prétexte de changements de point de vue. Le pathos de certaines séquences, qu’on aurait souhaitées plus sobres, est l’autre faiblesse de Jazbaa : les cris et grimaces de douleur d’Aish — la caméra s’attarde longuement sur son visage —, griffant de ses jolis doigts la poussière ocre d’un entrepôt ferroviaire abandonné, n’étaient sûrement pas indispensables à la compréhension de la scène. D’autant plus qu’on la voit deux fois, avant et après l’Intermission… et qu’il n’y a pas d’entracte dans les salles françaises.

Heureusement, la qualité des dialogues, tout particulièrement ceux d’Irrfan Khan et leur humour au second degré, rééquilibre l’ensemble. Ses réparties ciselées sur mesure sont particulièrement jouissives. On les attend comme des sucreries. Pour ne prendre qu’un exemple, on en citera une qui figure dans la bande-annonce : « Je suis le père que ta mère t’a toujours caché », dit-il en guise de présentation à un malfrat chez lequel il déboule. Ça a l’air d’une facilité, mais dans le contexte c’est très drôle. Ces répliques ont pour double effet de faire redescendre d’un cran la tension ou l’excès larmoyant et de rappeler au spectateur que Jazbaa est un divertissement. Mais, la sobriété dans le registre émotionnel n’est pas exclue et les derniers mots, qui appartiennent aussi au personnage joué par Irrfan, sont merveilleux de simplicité et de tendresse.

Pour le jeu des acteurs, Jazbaa vaut largement le déplacement. Tous sont bons. Rien à redire au jeu de Jackie Shroff ou de Siddhant Kapoor par exemple. Mais la palme va pour moi à Shabana Azmi et à Irrfan Khan, magistraux. On a beau savoir qu’ils sont deux très grands comédiens, ils parviennent pourtant toujours à surprendre. Ici, ils se surpassent dans la composition de personnages complexes, ni blancs, ni noirs, simplement humains, trop humains, comme aurait dit certain philosophe. Irrfan parvient à faire de son personnage parfois archétypal, un individu sensible et touchant. Et Aishwarya enfin, direz-vous ? Elle est tout simplement à la hauteur du rôle et de ses partenaires. On oublie rapidement que c’est « le grand retour de la star », « Aishwarya Rai Bachchan dans le rôle d’une mère éprouvée », etc., pour ne voir que l’avocate Anu dans son combat, forte et vulnérable à la fois. À tel point qu’on se demande en sortant si, alors qu’elle nous paraissait au début du film avoir du mal à entrer dans le rôle, ce n’était pas plutôt nous, spectateurs, qui avions du mal à oublier que nous étions venus voir « le » grand come-back d’une actrice. On regrette seulement les excès démonstratifs que lui impose parfois le metteur en scène dans la manifestation de sa détresse.

Quelques mots encore sur la musique. Bonne sans être exceptionnelle. Un peu trop disparate peut-être et donc forcément inégale pour une oreille comme la mienne aux préférences marquées pour les mélodies du type de Bandeyaa plutôt que de Aaj Raat Ka scene de Badshah. Mais on ne va pas chipoter sur le talent des compositeurs, six, comme vous l’avait dit Gandhi Tata (voir le lien au début de l’article).

En guise de conclusion, s’il est loin d’être parfait, Jazbaa est quand-même un film extrêmement agréable à voir, en raison de la combinaison harmonieuse entre le jeu des acteurs, la qualité de la photographie, le rythme et les effets de surprise très bien orchestrés. Un bon masala policier avec des tas de rebondissements qui font qu’on ne s’ennuie jamais, même quand il fait appel aux grands sentiments (normal, un enlèvement d’enfant !) et qu’il en abuse un petit peu.



Bande-annonce

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