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Kaagaz Ke Phool

Traduction : Fleurs de papier

Année1959
LangueHindi
GenresDrame, Classique
RéalisateurGuru Dutt
Dir. PhotoV. K. Murthy
ScénaristeAbrar Alvi
ActeursWaheeda Rehman, Guru Dutt, Johnny Walker, Baby Naaz, Nahesh Kaul, Veena
Dir. MusicalS. D. Burman
ParolierKaifi Azmi
ChanteursAsha Bhosle, Mohammad Rafi, Geeta Dutt
ProducteurGuru Dutt
Durée153 mn

Bande originale

Dekhi Zamane Ki Yaari
Waqt Ne Kiya Kya Haseen Sitam
San San Woh Chali Haawa
Hum Tum Jise Kehta Hain
Ek Do Teen Chaar aur Paanch
Ulte Seedhe Dao lagaye

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Suraj 974 - le 15 mars 2004

Note :
(8/10)

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Encore une fois il y avait foule en ce Dimanche pour assister à la rétrospective Bollywood du Centre Pompidou. Des gens de tous âges (même des enfants) mais étrangement peu d’Indiens (au mieux une dizaine) pour assister à la projection du grand classique de Guru Dutt : Kaagaz Ke Phool, Les Fleurs de Papier.

Le film suit la vie d’un cinéaste à succès de l’age d’or du cinéma populaire indien, Suresh Sinha, reconnu professionnellement, mais qui vit séparé de sa femme et surtout de sa fille chérie. Il fait tout pour obtenir le droit de la voir. Il cherche aussi désespérément l’actrice idéale pour jouer le rôle de Paro dans son prochain film, une adaptation de Devdas. Durant son voyage pour rendre visite à ses beaux-parents, responsables de la séparation de son couple, il rencontre celle qu’il cherchait. Peu à peu une relation intime se noue entre le réalisateur et son actrice, alors que sa fille essaie de réunir ses parents.

Ce film est généralement considéré comme le meilleur de Guru Dutt. Kaagaz Ke Phool est en effet un film assez déconcertant sur certains points. D’un côté des passages de pur génie, notamment dans la description des relations entre le réalisateur et son actrice, d’une finesse bouleversante. De même pour les rapports déchirants entre Suresh et sa fille qu’on lui arrache. Mais entre ces moments littéralement merveilleux, s’intercalent régulièrement des histoires et personnages secondaires certes utiles, mais exagérément développés dans une veine comique proche de la caricature. Ils sont souvent lourds et viennent parfois mal à propos, rompant le charme des moments précédents. Johnny Walker dans le rôle du beau-frère complètement anglicisé de Suresh Sinha, tient lieu de quota comique. Certes il est très bon et vient en contrepoint du drame, méthode classique du cinéma de Bollywood, mais là on atteint de tels sommets que la présence de ces moments comiques est par moment vraiment dérangeante et terre-à-terre. C’est le seul aspect négatif de ce film qui n’en demeure pas moins l’un des plus maîtrisés de Guru Dutt, même du point de vue technique (c’est aussi le premier film indien tourné en cinémascope).

Un des points forts de Kaagaz Ke Phool est indéniablement ses chansons. Comme dans chaque film de Guru Dutt, elles sont toutes plus sublimes les unes que les autres, et génialement mise en scène. On peut citer la séquence (« Ek Do Teen  ») où Wahida Rehman apprend a compter à des enfants et en fait peu à peu une chanson qu’ils reprennent tous en cœur, ou encore cette autre séquence où ils chantent sur un bus (« San san san who chali hawa »), portés par les voix de Asha Bhosle et Mohammed Rafi.
Les chansons jouent toutes un rôle clé dans le film. Chacune est une actrice à part entière du film, elle ne vient en rien relâcher la tension comme c’est le cas dans les films contemporains, mais elle y participe pleinement, et la crée parfois. Ainsi toute l’histoire nous est racontée en flash-back, initié par une chanson (« Dekhi zamane ki yaari », et se termine avec la fin du flash-back et de la même chanson… Les paroles sont très poétiques, la musique nous reste en tête longtemps après la fin du film.

Le film montre la solitude du cinéaste, qui a réussi professionnellement mais dont la vie sentimentale est triste : sa femme l’a quitté, emmenant sa fille qui a été mise en pension. Il fait tout pour la voir mais en est systématiquement empêché par les institutions ou ses beaux-parents. Il s’éprend de la jeune femme qu’il a découvert pour incarner Paro. Cet amour est réciproque, entre deux individus solitaires oubliés de leurs familles. On suit l’évolution de leurs sentiments qui ne sont jamais clairement exprimés, sauf par des chansons. Lorsque sa fille s’enfuit pour venir revoir son père, elle est jalouse de cette nouvelle femme dans sa vie et veut réunir ses parents. On bascule alors dans le drame, les problèmes de la vie privée de Suresh influencent son travail qu’il néglige. Du coups son film est un échec complet, le réalisateur connaît une déchéance sans fin. Tout cela est conçu selon une structure dramatique assez classique, mais avec un réalisme bouleversant, on s’identifie totalement à ce pauvre homme sur lequel le sort s’acharne sans cesse.

Kaagaz Ke Phool est empreint d’une tristesse, d’une mélancolie tellement profonde qu’elle nous pénètre tout au long du film et nous accompagne après. Il comporte beaucoup d’éléments autobiographiques, notamment dans la description du milieu impitoyable du cinéma, où tout est bon pour faire de l’argent, où la moindre erreur est fatale. Celui qui est au sommet un jour, au moindre faux pas se retrouve oublié de tous. Ainsi Suresh sombre dans la déchéance, l’alcoolisme et le vagabondage après l’échec de son film et le départ de ceux qu’il aimait.
De façon assez troublante ce film s’est révélé prémonitoire pour Guru Dutt, ce qui lui donne une dimension supplémentaire. Comme le film dont il est question dans l’histoire, Kaagaz Ke Phool connut un échec cuisant, les producteurs ne le pardonnèrent jamais au réalisateur après le succès énorme de Pyaasa. Comme le personnage qu’il incarne à l’écran, plus jamais Guru Dutt ne put diriger un film. Il se suicida en 1964.

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