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Kalloori

Traduction : L'université

Année2007
LangueTamoul
GenreDrame
RéalisateurBalaji Shaktivel
Dir. PhotoChezhiyan
ScénaristeBalaji Shaktivel
ActeursTamanna, Arun Kumar, Akil, Visu, Balamurugan, Hemalatha, Rajeswari, Sailatha, Mayareddy, Alex, Prakash
Dir. MusicalJoshua Shridar
ParolierNa. Muthukumar
ChanteursHaricharan, Rita, Krish, Prakash, Harini Sudhakar, Thiyagu, Ramesh
ProducteurS. Shankar
Durée141 mn

Bande originale

June July Matham
Sariya Ithu Thavara
Unnarugil Varugaiyil
Kalloori Theme Music
Vandanam Ayya Vandanam

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Kendra - le 17 novembre 2008

Note :
(7.5/10)

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Balaji Shakthivel a offert à l’industrie tamoule l’un des plus beaux films de ce troisième millénaire, Kaadhal, et voilà qu’il revient fin 2007 avec Kalloori. Autant dire que ce film était très attendu, le réalisateur a-t-il pu relever l’exploit d’égaler voire de surpasser son précédent succès ?

Un bus bondé, rempli de villageois se rendant au travail, mais également d’étudiants allant à l’université locale, le Government Arts college. Dans le fond, neuf amis, ensemble depuis des années, apparemment menés par Muthu et Kayal… Arrivés dans leur nouvelle classe, en première année d’histoire, ils font la connaissance d’une nouvelle élève, Shobana, élevée à Bangalore et visiblement riche. Rapidement et malgré la différence de classe, elle intègre la bande et voilà que les dix amis sont inséparables, clamant haut et fort que l’amitié fille/garçon est possible. Oui mais voilà… et si l’amour s’en mêlait ?

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Toujours unis

Pendant plus d’une heure et demie, le film se concentre sur l’amitié entre les dix étudiants, même si forcément, certaines personnes sont plus mises en avant que d’autres… Clairement, Muthu, Kayal et Shobana sont les trois principaux points autour desquels les autres gravitent. Même si en début de film, on a droit à une petite présentation de la difficile vie de chacun, développer de la sympathie pour les sept autres amis relève du défi. Muthu et Shobana voient rapidement leur relation évoluer vers quelque chose de plus fort, qu’ils entendent bien vivre seuls. C’est sans compter sur la perspicacité et le talent de persuasion de la traditionnelle Kayal. L’amitié mixte, oui, les sentiments amoureux, hors de question !

Le réalisateur, comme dans son précédent opus, s’est attaché à filmer la réalité d’une vie rurale, entre le travail des plus jeunes et les études pour les plus chanceux, les sacrifices de certains membres de la famille pour le bien du plus "intelligent". La soeur de Muthu, en à peine quelques scènes, arrive à faire une très forte impression sur le spectateur, et surtout sur Shobana. Si elle vient d’un milieu aisé et n’a jamais connu d’autre difficulté (déjà énorme, mettons-nous d’accord) que de perdre sa mère, sa nouvelle amitié lui permet d’ouvrir les yeux sur son pays, et de comprendre que ces jeunes qu’elle fréquente doivent non seulement étudier dur comme elle, mais travailler aussi pour aider leurs familles. Mais attention, Shakthivel est doué, même dans ces scènes-là, il évite le misérabilisme de base qui aurait été déplacé et aurait agacé le spectateur. Si l’homme a prouvé qu’il savait raconter les histoires d’amour, il montre ici un réel talent pour suivre les liens amicaux. Ces tranches de vie qui se tissent peu à peu devant nos yeux, dans une grande simplicité, font de Kalloori une oeuvre calme et empreinte de douceur, soulignée par une bande originale tout aussi douce et entraînante, signée par Joshua Sredhar, qui s’était occupé de la musique de Kaadhal déjà.
L’humour est également assez présent tout au long du film. Parfois un peu lourd à cause de la répétition (les deux amis qui ne peuvent jamais répondre), il est souvent utilisé à juste raison dans le cadre du film, pour preuve cet épisode où les étudiants tentent d’apprendre l’anglais ou le concours de danse, où l’un d’entre eux est absolument irrésistible dans son imitation de Kamal Hassan dans le classique Salangai Oli… Ces dix amis sortent ensemble, étudient mais, surtout, s’amusent ensemble et peuvent ainsi oublier, pendant les heures passées en groupe, les nombreux problèmes auxquels ils doivent faire face une fois rentrés chez eux.

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Daddy ?

Les acteurs, pour la plupart des inconnus, portent sur leurs jeunes épaules ce film. Tamanna, forte de son succès telugu Happy Days, se fait peu à peu une place méritée dans l’industrie du sud. Elle correspond parfaitement au rôle, sa douceur est vraiment attendrissante. Mais c’est un nouveau venu qui impressionne. Akil, dans la peau de Muthu, est simplement parfait. Sobre, sans en faire trop, ce nouvel acteur émeut, et on ne peut s’empêcher dans certaines scènes de lui trouver une ressemblance dans le regard et l’attitude avec un certain Pasupathy…

Balaji Shakhtivel s’est en fait inspiré d’un fait divers datant de 2000, impliquant des manifestations de partis politiques au Tamil Nadu. Afin de ne pas gâcher le film, je ne pourrais vous en dire plus sur ce sujet, mais l’affaire l’a tellement marqué, qu’il a décidé de créer autour de ce drame les histoires de ces jeunes gens, mais de situer le drame en Andhra Pradesh afin de ne pas éveiller de tensions politiques à la sortie de son film. Pour cela également, aucun parti n’est explicitement mentionné, et lors des manifestations, les drapeaux (blancs) sont floutés, produisant un étrange effet de malaise.

Lorsqu’on s’attarde quelques instants sur la (courte) filmographie de Balaji Shakthivel, on peut dégager les thèmes qui lui sont chers. Que ce soit dans Samouraï (avec Vikram au casting) ou dans Kadhaal, on retrouve la volonté de dénoncer les rouages d’un système familial archaïque et politique corrompu qui étouffe le pays, et surtout ses habitants. Dans Kalloori, le réalisateur tente de mêler les deux, à vrai dire, plutôt maladroitement.
Si l’histoire d’amitié et le début d’émoi sont magnifiquement mis en scène, le dernier quart d’heure arrive bien trop brutalement, et, même si l’on comprend où a voulu aller le réalisateur, tout va trop vite pour qu’on puisse ne serait-ce que s’émouvoir. Balaji Shakthivel rate là l’effet désiré.
Paradoxalement, la partie réelle est la moins "crédible" dans le film, alors que l’histoire d’amitié est tout à fait probable. Je ne savais pas que cet événement était tiré d’un fait réel, et j’avoue avoir été en colère contre le réalisateur pour avoir amené cela si rapidement et d’avoir gâché ce joli moment. Après avoir fait quelques recherches sur le sujet, je ne vois vraiment pas comment le réalisateur/scénariste aurait pu l’amener autrement. Il faut que ce soit brutal puisqu’on ne peut jamais s’attendre à ce genre de choses. Pourtant, il n’empêche que l’on garde un arrière-goût d’inachevé à cause de ces dernières scènes.

Cependant Kalloori vaut largement la peine d’être vu au moins une fois, ce n’est pas tous les jours que le cinéma offre une si jolie vision de l’université. On peut applaudir également l’audace du producteur Shankar, qui encore une fois a pris des risques en proposant une telle histoire mais qui gagne le pari de produire des films simples, sans grand budget ni grande star mais au potentiel énorme.

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