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Kaminey

Publié vendredi 31 juillet 2009
Dernière modification jeudi 30 juillet 2009
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Par Jordan White

Rubrique Albums
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Après Maqbool et Omkara, Vishal Bharadwaj compose à nouveau la BOF de son nouveau film intitulé Kaminey. Le film est promu par UTV motion pictures qui a sorti quelques-uns des grands succès de ces derniers mois/années. Vishal est l’homme-orchestre et entend bien nous le faire comprendre.

Une page semble s’être tournée. Un avant et un après Kaminey. Quelle que soit la valeur du film, la BOF est déjà considérée comme un classique par bon nombre de papiers de la presse indienne qui consacrent une oeuvre "audacieuse", "originale", "révolutionnaire", voire "expérimentale". Ce n’est malheureusement pas aussi simple. Un mot en préambule avant d’aller plus loin dans l’exploration de cette BOF considérée comme "un chef-d’oeuvre absolu", à propos de Vishal Bharadwaj. Le cinéaste est talentueux : pour preuve ses films Maqbool et Omkara, tous deux des adaptations inspirées de Shakespeare (en l’occurrence Macbeth et Othello), l’immense et indémodable auteur anglais, qui démontrent une maîtrise de la narration et de la mise en scène, avec une utilisation remarquée de la caméra portée (qu’il semble à nouveau apprécier et mettre en avant dans Kaminey). Ses films sont à la fois poisseux et démontrent un certain talent de portraitiste. Même si Omkara, le film, était à mes yeux une déception au regard de l’attente, sa musique était une réussite. Kaminey tient sans doute d’un autre univers, d’une autre ambiance. Même si les promos vidéos tendent à montrer un jeu basé sur la performance (cheveux longs, barbe de quatre jours pour Shahid, travail sur le bégaiement, à croire encore une fois que cela suffit pour en faire un virage de carrière, mais attendons de voir avant de nous prononcer sur le soudain génie de cet acteur abonné pour le moment à des rôles tendres de gendre idéal).

On sent avec Kaminey, que Vishal veut absolument nous plonger dans l’ambiance électrique, se voulant tel quel dès le début, dès le fameux Dan de Than. Le morceau a été survendu, d’abord comme prodigieux, ensuite comme le véhicule du film. L’intro est la même que celle de Mirsilou, un morceau instrumental de 1963 signé Dick Dale and the Del Tones, qui fit aussi le bonheur de Pulp Fiction en 1994 dès le générique d’ouverture du film. La reprise ici est-elle un hommage conscient ou un pompage éhonté ? Parce qu’à ce jeu, Pritam a déjà fait fort mais n’est dans ce cas pas (plus) le seul à blâmer. Les basses sont énormes, écrasantes, mais le morceau est très linéaire (la boucle initiale se répète inlassablement jusqu’au point de rupture qui est l’arrivée du flow hip-hop, très moyen). Le riff de guitare a un son proche de la chanson Johnny Gaddaar en beaucoup plus rapide. Les percussions écrasent tout le reste. La trompette est un instrument qui en rajoute beaucoup ici. Sukhwinder Singh et Vishal Dadlani se parodient eux-même, s’époumonent et les paroles Dan Tana Tana Tana sont lassantes. A chaque chanson son contexte, on imagine sans mal que proposer une chanson aussi rentre-dedans a son intêret. Même pendant la pause, il ne semble pas que la finesse soit à l’ordre du jour : le pied de grosse caisse sert de base mélodique. Les images du clip qui tournaient il y a encore peu en ligne ne faisaient pas dans la dentelle : shaky-caméra virevoltant dans la discothèque, tournant autour du pot, agitation de Shahid en bad boy, vocifération, idée d’un chaos organisé, etc. On est aussi en droit de ne pas aimer.

Omkara respirait la mélodie, le travail sur le couplet et le refrain, avec ses défauts (Namak inférieur au reste) mais l’alchimie entre les chanteurs parvenait à hisser le disque vers le haut, soit dans la mélancolie avec O Saathi Re, soit dans le basculement électro. Le compositeur jouait déjà sur le vieux et le neuf avec Beedi Beedi et ses géniales notes de synthé. Vishal Bharadwaj a suffisamment de talent pour adopter des ruptures de tons et de rythmes. Il le fait avec Pehli Paar Mohabbat, un morceau qui utilise un kit de batterie classique (a contrario d’autres plages composées sur synthé). C’est sans doute le morceau le plus réussi du disque. Il doit beaucoup à Mohit Chauhan. Même si on peut se poser la question du pourquoi de ce rythme électronique métronomique durant le pont, juste après le deuxième refrain, avant la reprise dudit refrain, avec les légers tapotements. Le morceau très classique, sans surprise laisse cependant poindre une réelle qualité d’écriture mélodique qui aurait pu toucher à quelque chose de plus universel encore avec une guitare acoustique, c’est-à-dire en recourant au minimalisme là où le morceau en fait beaucoup à sa manière. Khudaya Ve dans le même registre, avec la voix douce et chaude de Salim Merchant, n’a rien à lui envier tout en étant moins célébré.

C’est un moment de répit avant Raat Ke Dhai Badje, qui est le titre qui s’approche de Beedi d’Omkara, un "classic desi", tout en cherchant à avoir une identité électro forte avec un zeste de traditionnel (présence des dhols et dalaks). Mais que viennent faire le hip-hop, la voix de Kunal Ganjawala et ce versant "m’as-tu entendu" prégnant qui gâche tout avant d’irriter ? Malheureusement la dynamique de l’ensemble, le mix des voix, l’emporte au final sur la mélodie (à ce titre le final du morceau est très éloquent).

L’intro à rallonge permettant de se reposer sur les voix de Sukhwinder Singh et Kailash Kher ainsi que son air de santoor veulent faire de Fatak, qui mêle piano, accordéon, percussions classiques et rupture de rythmes (une ligne d’accords suspendue avant que la mélodie originale ne recommence, une accélération soudaine du rythme après avoir laissé un faux silence s’installer, du neuf avec du vieux à moins que ça ne soit l’inverse), un morceau expérimental. Dans le genre on a connu plus original avec le joyeux et emporté Maurya Re.

L’utilisation que fait Vishal du saxo dans le titre éponyme Kaminey, est peut-être ce qui est le plus intéressant mélodiquement parlant, au milieu des plages de synthé, d’électroniques, de riffs de guitares dont Kaminey porte aussi la griffe. C’est aussi le seul morceau qui propose du violon et celui dont la ligne de basse est la plus discrète. L’air grave affecté, fait penser à ce que certains films font lorsqu’ils veulent absolument mettre de la musique classique pour bien que l’on comprenne que le film ou les images de telle et telle séquence sont forcément dramatiques.

Le titre instrumental Go Charlie Go se veut une petite montée en puissance du thème original. Dispensable.

Pour ce qui est de l’expérimentation, jetez une oreille ou deux à la BOF (et au film) Inland Empire, de David Lynch. Celle de Kaminey paraît beaucoup plus classique à côté tout en se voulant très moderne (Don 2006 est passée par là, et même paradoxalement et surtout d’ailleurs Omkara). Reste que les films n’ont sans doute pas du tout les mêmes intentions.


Année : 2009

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