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Karnan


Année1964
LangueTamoul
GenreFilm historique
RéalisateurB. R. Panthulu
Dir. PhotoV. Ramamurthy
ScénaristeA.S. Nagarajan
ActeursSivaji Ganesan, Devika, N. T. Rama Rao, Asokan
Dir. MusicalM. S. Viswanathan, T. K. Ramamoorthy
ParolierKannadasan
ChanteursT. M. Sounderarajan, Seerkazhi Govindarajan, P. Susheela, Trichy Loganathan, Soolamangalam Rajalakshmi, P. B. Srinivas
ProducteurB. R. Panthulu
Durée176 mn

Bande originale

En Uyir Thozhi
Iravum Nilavum
Kangal Engey
Kannuku Kulam Yedu
Maharajan
Mazhai Kodukkum
Manjal Mugam
Maranathai Eni
Poi Vaa Magale
Ullathil Nalla Ullam
Naanichivandhana
Parithraannaaya
Aayiram Karangal Neeti
Ennakoduppan
Malargal Sutti
Mannavar Porulkalai

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La critique de Fantastikindia

Par Suraj 974 - le 27 janvier 2008

Note :
(8/10)

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L’histoire de Karnan est un des récits les plus populaires tirés de la saga mythologique du Mahabharata. Il se déroule en marge de la rivalité entre les Pandavas et leurs cousins les Kauravas, et prend fin pendant l’affrontement qu’ils se livrent.

Karnan est le fils de la Reine Kunti et du Dieu du soleil Surya. Etant né hors mariage il est abandonné à la naissance, et sera recueilli par un pauvre conducteur de chariot, et plus tard adoubé par le roi Dhuryodhana, pendant que sa mère qu’il n’a jamais vu se mariera au roi Pandu. Les deux souverains sont rivaux, et Karnan va fidèlement se ranger aux cotés de celui qui l’a sauvé, sans savoir que cela va l’amener à s’opposer à sa propre famille, à sa mère et à ses demi-frères de sang les Pandavas.

Karnan est un personnage complexe, infiniment bon, le symbole même de la droiture et de l’honnêteté, que les principes ont conduit du mauvais côté du champs de bataille. Personnage tiraillé entre ses propres tourments et ses principes inamovibles, il est l’exemple même de la générosité. N’ayant jamais oublié qu’au début il n’avait rien, ignorant qu’il est de sang divin, il n’hésite pas à tout donner aux pauvres et aux moins pauvres. Il donnerait même sa vie sans hésiter, si on la lui demandait. Cela n’est jamais arrivé car sa vaillance sans égale au combat en fait un allié de choix, et personne ne saurait de toute façon le vaincre à moins qu’il y consente. Jusqu’à ce que pendant la bataille le Dieu Krishna intervienne.

Karnan, fait Roi par Dhuryodhana

La légende de Karnan est par essence même dramatique, et comme la plupart des récits mythologiques (qu’ils soient hindous, grecs, ou autres) semblent fait sur mesure pour une adaptation cinématographique, qui plus est indienne. Cela pourrait donc paraitre très facile, encore faut il avoir les bons acteurs pour jouer un tel personnage, éminemment complexe, tourmenté, multifacettes… Et c’est ce qui fait la qualité de cette adaptation, car Sivaji Ganesan dans le rôle titre est magistral.

Il fallait un acteur de cette stature pour interpréter un personnage aussi controversé. Sa formation de théâtre se ressent nettement dans l’interprétation, aussi bien dans la diction impeccable que dans la manière de jouer. Il était fait pour ce genre de rôles, et jouera d’ailleurs dans nombre de films mythologique au cours de sa carrière.
Il a tendance à en rajouter, et cela peut choquer un public contemporain qui privilégie plutôt les interprétations "naturelles" mais les mythes ne sont-ils pas eux-mêmes exagérés ? Son exubérance n’en exprime qu’avec plus de puissance les tourments du personnage, sa présence magnétique à l’écran n’en donne que plus de rayonnement à ce personnage fils du soleil. Il joue Karnan avec une passion et une intensité telle que ses sentiments en deviennent universels et qu’on n’a aucun mal à s’identifier à lui près d’un demi-siècle plus tard.

Krishna (NTR)

Face à lui on retrouve l’autre grande Légende de l’époque, l’acteur telugu N.T. Rama Rao (NTR). Il interprète Krishna avec la sérénité et le naturel qui l’ont élevé au rang de demi-dieu. Tout le long du film Krishna et Karnan se livrent un affrontement tacite et permanent d’une réelle compléxite, car non manichéen. Karnan qui est la droiture et la bonté par excellence est du côté des fautifs, alors que Krishna, qui est d’essence divine et du côté des justes, a le mauvais rôle car il va jusqu’à mentir pour vaincre et rétablir l’ordre nécessaire du monde.
Le face à face entre les deux personnages mythologiques interprétés par deux acteurs eux-mêmes devenus légendaires, confère à toute la partie finale un parfum tout particulier qui rejaillit sur le film dans son ensemble.

Un souverain pieux

La mise en scène montre elle aussi clairement l’influence du théâtre. Mais il ne faut pas oublier qu’à l’époque le cinéma était un vecteur nouveau pour ces récits mythologiques. Pendant des siècles ils se sont transmis par le théâtre populaire, et à l’époque l’Inde n’étant pas aussi ouverte que maintenant aux médias étrangers, c’était le théâtre qui était le point de comparaison privilégié pour faire une adaptation. Toutefois ce film a bénéficié de moyens importants, avec de nombreux décors et une reconstitution du combat final en décors naturels. Il s’agissait en effet d’une co-production bilingue en tamoul et telugu, un fait courant à l’époque surtout pour les films mythologiques, puisque tout le monde en Inde les connait. Si certains passages font très ‘théâtre filmé’, la mise en scène s’en écarte finalement assez souvent, avec de longs passages-clés tournés en extérieur qui dynamisent vraiment le récit. Certains moments sont même assez étonnants pour l’époque au niveau des effets spéciaux, comme le passage où Karnan recoit l’enseignement du sage Parasuraman, ou la mise en scène de sa mort.

Un destin cruel

Dans l’ensemble il faut reconnaitre que visuellement le film a vieilli, comme tout les films tamouls de cette époque. Mais à la différence de beaucoup, il a conservé toute sa force car celle ci réside essentiellement dans son histoire éternelle et ses personnages complexes. Evidemment il ne faut pas le comparer aux films américains de la même époque (qui avaient des moyens autrement plus conséquents) et encore moins aux adaptations récentes de péplums en costumes (Troie, Gladiator). Il faut le regarder pour ce qu’il est, c’est-à-dire un drame mythologique à visage humain, et avant tout un film d’acteurs.
Cela reste la meilleure adaptation du mythe… d’ailleurs il n’y en a pas eu d’autre digne de ce nom en tamoul depuis, tellement cette version est restée dans toutes les mémoires comme LA référence.

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