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Ki & Ka

Traduction : Elle et lui

Bande originale

High Heels
Ji Huzoori
Most Wanted Munda
Foolishq
Pump It (The Workout Song)
Kabir Most Wanted Munda

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Marine, Nady - le 5 juillet 2017

Note :
(7/10)

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Kia (Kareena Kapoor) est une jeune femme dynamique et indépendante, chargée des campagnes de communication d’une grande entreprise. Ambitieuse, elle n’aspire qu’à gravir les échelons afin de prendre un jour la place de PDG, qui serait pour elle l’ultime consécration. Elle sait qu’en tant que femme elle doit s’imposer et redoubler d’efforts. Dès lors, pour ne pas mettre entre parenthèses ses rêves de carrière, elle serait prête à faire une croix sur une vie conjugale dans laquelle elle devrait s’effacer pour soutenir un mari. Lorsqu’elle croise le chemin de Kabir (Arjun Kapoor), elle est désarçonnée par le projet de vie du jeune homme qui n’aspire pas à une vie professionnelle mouvementée mais se verrait plus dans le rôle d’un homme au foyer. En effet, Kabir — qui a pourtant fait des études brillantes — souhaite suivre l’exemple de sa défunte mère, qu’il considère comme une artiste ; épouse aimante, mère courage se consacrant à l’harmonie familiale, c’est elle qui a permis le succès de son père, véritable magnat de l’immobilier.

Évidemment des sentiments naissent entre nos deux protagonistes, qui décident de se marier. C’est l’union parfaite puisque celle-ci permettra à chacun de s’épanouir dans ses aspirations respectives : Kia derrière le bureau, et Kabir derrière les fourneaux. On assiste à une inversion des rôles traditionnels avec ce couple qui défie les normes : c’est Kabir qui s’installe dans la maison de son épouse, il dépend financièrement de Kia et il est aux petits soins pour faire plaisir à sa chérie tout comme à sa belle-mère, avec qui il entretient une belle complicité. Le début de leur relation est en grande partie artificielle et on a presque l’impression que c’est davantage un contrat qu’une véritable histoire d’amour. Heureusement qu’au fil du film, une fois mariés, le duo fonctionne un peu mieux avec plus de complicité dans les interactions entre Kareena et Arjun.

Cuisinier, professeur de sport pour surmonter les aléas financiers du ménage, décorateur d’intérieur (avec l’installation d’un train électrique pour faire circuler les plats), Kabir enfile toutes les casquettes et se plie en quatre pour satisfaire le moindre désir de sa dulcinée. Kia est ravie et peut pleinement se consacrer à l’explosion du plafond de verre. Tout est bien dans le meilleur des mondes avec ce nouvel équilibre qui se crée, si ce n’est le regard des autres : des collègues de Kia et du père de Kabir, déçu par son fils.

C’est bien le monde extérieur qui met le couple à l’épreuve, la situation semble si inouïe qu’elle suscite la curiosité et beaucoup de monde s’intéresse à celui-ci. On ressent bien la gêne de Kia, lorsque ses collègues l’interrogent sur les activités de son mari, le sentiment de honte devant cette impression de ne pas respecter les conventions. Le caractère inédit de leur couple propulse de façon surréaliste Kabir sur le devant de la scène, il gagne en notoriété, et en fin de compte le jugement des autres se transforme en une forme d’admiration qui éclipse dès lors Kia et sa réussite professionnelle aux yeux du monde.

Un point intéressant du long-métrage consiste en la manière dont le réalisateur s’attache à montrer que le personnage de Kabir, homme au foyer, n’en est pas moins masculin, et ne perd en rien sa virilité. Et dans le même temps, l’inversion des rôles complètement assumée, peut dérouter le spectateur, avec le mangalsutra [1] noué autour du poignet de Kabir.

On voit bien où veut nous emmener le film, et le(s) message(s) que celui-ci veut véhiculer. Ki & Ka pose les questions de la place de la femme dans le monde du travail, de la poursuite d’une carrière professionnelle en tant qu’épouse, de la répartition des tâches dans le couple, du rôle socialement (et traditionnellement) défini des genres et de sa possible inversion… Une vision des choses assez progressiste, voire complètement révolutionnaire, aussi bien pour une audience indienne qu’un public occidental. Un film intéressant, qui malheureusement est quelque peu brouillon à certains moments, avec un jeu inégal de la part des acteurs.

Dans toute romance portée à l’écran, le public est impatient de savoir si le couple d’acteurs fonctionne. S’il y a la fameuse « alchimie ». Entre d’une part, Arjun Kapoor, jeune acteur à ses débuts (mais ayant 30 ans quand même à la sortie du film), et d’autre part Kareena Kapoor qui, à plus de 35 ans, est à un tournant de carrière — à la fin des rôles de jeune fille et ce d’autant plus avec sa récente grossesse — cela ne semblait pas gagné sur le papier. Pourtant le couple fonctionne bien à l’écran. Mieux même que le Kareena Kapoor/Imran Khan des précédentes romances de l’actrice (Ek Main Aur Ekk Tu et Gori Tere Pyaar Mein !). Cependant, on est loin de pouvoir leur attribuer le prix de "meilleur couple de l’année". La faute à l’écriture des personnages. En effet, Kia est particulièrement antipathique, même si on peut la comprendre ; vouloir devenir chef d’entreprise dans un monde d’hommes ce n’est pas du gâteau ! On ne peut qu’être partagé devant son comportement parfois agaçant, je pense à la scène d’ouverture du film, lorsqu’elle joue les trouble-fête, ou encore sa jalousie, son égocentrisme face au succès de son mari en tant que « mari indien le plus désiré ».
Aussi, Arjun Kapoor se révèle assez décevant, il ne se départit pas de ses expressions prêtes à l’emploi, notamment de son visage de chien battu.

En fait, le couple auquel on adhère le plus, c’est celui formé par Jaya et Amitabh Bachchan… dans leurs propres rôles. Ce caméo est même l’une des scènes les plus amusantes de ce film qui manque parfois d’humour. Grande fan de l’actrice, c’est avec plaisir que je l’ai revue sur l’écran, ses piques sont drôles et font mouche. On s’amuse de voir le grand Amitabh Bachchan bouder et l’on s’émeut d’entendre sa femme lui dire que si elle a renoncé à sa carrière au bénéfice de sa famille, c’est que finalement elle n’avait pas vraiment le choix. Quand la fiction rejoint la réalité ?

Finalement, Ki & Ka, c’est un plaidoyer pour les femmes au foyer, pour leur accorder le mérite qui leur revient, en espérant que le public masculin (majoritaire dans les salles indiennes) s’émeuve davantage de leur situation en se projetant dans le personnage de Kabir. Effectivement, English Vinglish nous exposait il n’y a pas si longtemps, le manque de reconnaissance de ces femmes qui en viennent à s’oublier, tant elles se dévouent corps et âmes à leur famille. Ki & Ka peut-il convaincre de devenir femme au foyer ? Non, sauf si c’est déjà un choix.
En conclusion, c’est un bon divertissement — malgré l’absence de chanson vraiment mémorable —, avec une histoire convaincante qui pose de bonnes questions mais de manière trop maladroite, et un jeu d’acteur inégal.

La bande-annonce


[1Collier que l’époux attache au cou de sa femme, et symbole porté pour la longévité du mari.

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