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La Légende de Baahubali : 1ère partie


Bande originale

Pacha Bottasi (telugu)
Jeeva Nadhi (telugu)
Dheevara (telugu)
Mamatala Talli (telugu)
Nippulaa Swasa Ga (telugu)
Manohari (telugu)
Sivuni Aana (telugu)
Dheevara (Version Anglaise)
Pachchai Thee (tamoul)
Jeeva Nadhi (tamoul)
Dheerane (tamoul)
Irul Konda Vaanil (tamoul)
Moochile Theeyumaay (tamoul)
Manogari (tamoul)
Siva Sivaya Potri (tamoul)
Dheerane (Version anglaise)

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La critique de Fantastikindia

Par Kendra - le 31 mai 2016

Note :
(8/10)

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Un royaume en guerre, un enfant sauvé des eaux, une histoire d’amour, de haine familiale, une pincée de réincarnation, de la vengeance et des combats à couper le souffle. Voilà le programme qui vous attend lorsque vous vous installerez devant La Légende de Baahubali… en effet, Rajamouli a pris le parti de scinder son récit en deux, sans vouloir dépendre du succès ou de l’échec de son œuvre.

Le film le plus cher de l’histoire du cinéma indien (on parle d’un budget de près de 17 millions d’euros pour ce volet) est un pari complètement fou tenu par une équipe hétéroclite soudée autour de la vision d’un seul homme, le très imaginatif Rajamouli, qui a obtenu pour ce projet le budget conforme à ses idées de grandeur.
Le réalisateur était assez connu jusqu’à l’an dernier par les amateurs de masalas telugus. Il est à l’origine de quelques-uns des meilleurs exemples de ce genre (Chatrapathi ou encore Vikramarkadu) jusqu’à ce qu’un jour il décide de se tourner vers la fantasy. Avec des moyens certes conséquents mais pas encore assez et peu inspiré dans son casting, cela donne l’ovni Magadheera qui déjà, en son temps, avait tout de même conquis le public. Le message est entendu par Rajamouli : le spectateur indien est prêt à une nouvelle ère du cinéma fantastique. Il enchaîne alors avec un second ovni : une histoire d’amour, de revanche, avec un héros qui se réincarne en… mouche. Énorme succès d’Eega ! Rajamouli gagne définitivement la confiance des producteurs et distributeurs indiens, l’amour du public, ainsi que les faveurs des festivals fantastiques à travers le monde.

Le scénario originel est écrit par Vijayendra Prasad, le père de Rajamouli, qui avait d’abord centré son histoire sur Sivagami. Au fil du travail en collaboration avec son fils, c’est finalement l’histoire de Baahubali qui sera contée. Bien qu’étant complètement inédite on retrouve une certaine inspiration du Mahabharata et du Ramayana (comme dans toute l’œuvre de Rajamouli, de l’aveu même du réalisateur), mais aussi des comics indiens Amar Chitra Katha (« Histoires captivantes et immortelles ») qui racontaient les grandes épopées, les mythologies et le folklore indiens. Toutes ces influences réunies donnent corps à Baahubali (« Celui aux bras puissants ») et en font un héros que le spectateur indien a l’impression de connaître depuis toujours et dont la démesure ravira l’œil néophyte. Il en va de même en ce qui concerne Balala Deva, l’antagoniste parfait pour notre héros non moins parfait. Mais qu’en est-il du reste des protagonistes ? C’est bien l’une des forces à reconnaître à La Légende de Baahubali, tous les personnages sont bien écrits, et donnent envie d’en voir plus. Qui, en sortant de la séance ne rêve pas d’un film entier sur le passé de Kattapa ? Ou sur Sivagami ? Le cinéma indien, plein de paradoxes, n’est pas avare en rôles féminins plutôt ingrats, mais aussi en personnages féminins incroyablement beaux et inspirants. C’est le cas ici, avec quatre femmes aux destins différents, plus ou moins développés (la seconde partie réglera cela). Sivagami la reine mère implacable et juste au service de son peuple, Sanga la figure de la mère nourricière, Avantika l’intrépide rebelle passionnée par sa cause, et bien entendu la mystérieuse Devasena.

Malgré ses nombreuses qualités on ne peut passer sous silence quelques points regrettables. Si les personnages féminins sont bien écrits, multidimensionnels et présents la plupart du film, il n’empêche que Baahubali lorgne encore un peu trop du côté telugu et « culte du héros » de la chose. Avantika par exemple, perd toute volonté dès que Shivudu la séduit et passe de personnage principal à intérêt amoureux peu pertinent. Quel dommage d’avoir fait autant d’efforts pour lui donner vie et l’éteindre si rapidement.
Enfin on n’échappera pas à la vision toute binaire de Rajamouli quand il s’agit des ennemis à combattre. Cela avait déjà été mentionné dans Magadheera, film dans lequel le peuple envahisseur porte des emblèmes similaires à ceux de l’Islam. Cette fois-ci les sanguinaires Kalakeyas sont noirs et parlent une langue qui fait penser aux langues khoïsan et leurs clics si caractéristiques. Avec la richesse de la mythologie indienne, Rajamouli aurait pu faire preuve d’idées moins problématiques que celles-ci.

Pour les plus réticents de nos lecteurs quand il s’agit d’effets spéciaux dans le cinéma indien - traumatisés (à juste titre) par Kochadaiiyaan, par exemple - rassurez-vous, le budget colossal a été utilisé à bon escient et a servi à engager les meilleures équipes d’Inde. En effet, malgré les rumeurs disant qu’il avait fait appel aux mêmes fournisseurs d’effets numériques que Jurassic World, Rajamouli a tenu à rester local jusque dans ces aspects-là. Ce ne sont pas moins de six compagnies d’effets spéciaux, la plupart d’Hyderabad, qui se sont occupées de donner vie à l’imaginaire du réalisateur. Et si tout n’est pas parfait, la beauté de la cascade et du royaume de Mahishmati feront oublier les petits ratés.

Rajamouli s’est encore une fois associé au directeur musical Keeravani, son meilleur atout (et accessoirement son cousin). Leur collaboration débouche régulièrement sur des chansons et des clips de grande qualité, entrainants et agréables. C’est encore le cas cette fois-ci. À grande épopée, il faut des grands airs épiques qui vous donneront la chair de poule et galvaniseront votre moral en cas de baisse de forme. Les deux perles de ce répertoire sont sans aucun doute Sivuni Aana et Manohari, l’item-song la mieux utilisée et chorégraphiée depuis une éternité dans le cinéma indien.
Petite précision, cependant, concernant les séances au cinéma en France : c’est a priori la version internationale éditée par les soins du français Vincent Tabaillon, et présentée dans les festivals, qui sera sur nos écrans. Elle est donc malheureusement amputée de la plupart des chansons et d’un caméo tout à fait délicieux.

Baahubali est décidément le film de tous les records. Le plus cher de l’histoire indienne (pour le moment), mais aussi celui qui a atteint l’emblématique tranche des 100 crore de recettes en seulement 35 heures d’exploitation… et 200 crore en 5 jours. C’est le premier film telugu (ou du Sud tout simplement) à être doublé en hindi et à pulvériser les records même dans le Nord. Il a été présenté dans de nombreux festivals à travers le monde, dont l’Étrange Festival en septembre 2015 à Paris et a remporté le prestigieux National Award du meilleur film. Il est nominé dans plusieurs catégories, dont meilleur film, aux Saturn Awards qui se tiendront en juin 2016 en Californie et récompensent les meilleurs films de genre.

Baahubali offre un spectacle de grande qualité, laissant le spectateur sur sa faim avec son cliffhanger digne des meilleures séries du moment, des personnages attachants, une musique envoûtante et des combats complètements jouissifs collant le spectateur à son fauteuil.
La seconde partie est en cours de tournage, et puisque les équipes et la dynamique sont exactement les mêmes nous pouvons d’ores et déjà nous impatienter de retrouver l’univers de Mahishmati et être certain d’avoir un objet filmique de la même qualité que ce 1er volet.

Retrouvez nos interviews d’Anushka et Tammanah lors de leur passage en France pour le tournage de Thozha en août 2016 et dans lesquelles elles nous ont fait le plaisir de nous parler de Baahubali.

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