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La Reine des cipayes

Publié lundi 11 mars 2013
Dernière modification vendredi 8 mai 2015
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Par Alineji

Rubrique Littérature
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Il n’est pas trop tard pour lire le livre de Catherine Clément, la Reine des cipayes, roman épique à la gloire d’une héroïne entrée dans la légende de l’émancipation indienne, et l’une des actrices centrales du premier mouvement de révolte contre les colons britanniques.

L’ouvrage nous conduit sur les pas de la reine de Jhansi, royaume libre du centre de l’Inde. Au milieu du XIXe siècle, Lakshmi Baï dite Chabili, la Chérie, se leva pour combattre « John Company », le colonisateur de l’Honorable Compagnie de l’Inde orientale qui mettait son pays en coupe réglée. Surnommée par les Anglais « Jézabel » ou « Jeanne d’Arc », c’est-à-dire la sorcière, elle mourut en leur faisant la guerre, devenant ainsi pour les Indiens la première héroïne de leur libération et l’une de leurs grandes figures féminines. Après une enfance heureuse et assez libre pour une femme de sa caste, elle fut mariée très jeune à un souverain travesti, impuissant et malade. Devenue rapidement veuve, la Rani Chabili assuma le pouvoir. Refusant de livrer sa citadelle de Jhansi, au moment où les Anglais annexaient les autres royaumes les uns après les autres et capturaient ou assassinaient les derniers princes moghols, elle finit par prendre la tête de son armée, composée de 15 000 hommes dont quinze cents cipayes, soldats indigènes, hindous et musulmans, enrôlés par l’armée britannique.

La rébellion était partie d’un petit groupe d’une cinquantaine de cipayes qui s’étaient mutinés, refusant d’utiliser des cartouches qu’une rumeur disait graissées avec de la graisse animale, de bœuf ou de porc (c’est-à-dire impures aussi bien pour les Hindous que pour les Musulmans). Elle s’étendit et dura deux ans avant d’être étouffée dans le sang. Ce mouvement commencé le 10 mai 1857, nommé par les Européens « la révolte des cipayes », fut en fait la première manifestation de la volonté des Indiens de se libérer du joug. Mais, mal préparée et mal organisée, elle échoua. La reine fut tuée dans un verger de manguiers, le 17 juin 1758, laissant ses armées désemparées et découragées. La défaite renforça durablement le pouvoir des Anglais qui supprimèrent, dès 1860, la Compagnie et nommèrent un vice-roi des Indes chargé d’administrer directement le pays.

Avec brio, Catherine Clément mène son récit dans les traces de Lakshmi Baï au rythme du galop de son cheval. Depuis son enfance à Bénarès jusqu’à sa mort sur le champ de bataille, le crâne fracassé par un hussard britannique, le lecteur suit les émois, les joies, les chagrins, les doutes et enfin la révolte d’une femme forte et libre devenue une légende dans son pays, où les enfants d’aujourd’hui apprennent en classe une chanson à sa gloire. Vivant, alerte et très documenté, son roman permet, sans reprendre souffle, de découvrir une part d’histoire très peu connue en France, en tout cas beaucoup moins que l’épopée de Gandhi qui cent ans plus tard permit la libération de l’Hindoustan. A l’exception de deux personnages entièrement fictifs, pour les besoins de la narration, on croise au fil des pages d’autres figures historiques de l’histoire du sous-continent, comme le dernier Moghol qui mourut exilé, ou Mangal Panday, premier martyr de ce soulèvement.

Pour les curieux qui souhaitent en apprendre davantage, l’auteur donne une orientation bibliographique pour la plupart de ses personnages et renvoie au beau film de Ketan Mehta pour celui de Mangal Pandey, The Rising : Ballad of Mangal Pandey, avec Aamir Khan et Rani Mukherjee dans les rôles principaux. On aimerait que son roman soit lui aussi adapté au cinéma.

Catherine Clément, philosophe et essayiste et romancière, est une grande amie de l’Inde où elle a vécu pendant cinq ans et exercé pour l’AFAA (Association Française d’Action Artistique) des fonctions officielles. Ce pays lui a inspiré plusieurs livres, poèmes, essais et ses plus grands romans. Productrice sur France Culture de l’émission « Cultures de soi, cultures des autres » où l’on a souvent le plaisir de l’entendre, elle dirige l’Université populaire du musée du quai Branly depuis 2003. La Reine des cipayes est son dernier roman paru.

Titre : La Reine des cipayes
Année de parution : 2012
Auteur : Catherine Clément
Éditeur : Seuil, 383 pages, commentaires bibliographiques, table et bibliographie de l’auteur
ISBN : 978-2021026511

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