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Mr. X


Année2015
LangueHindi
GenreFilm fantastique
RéalisateurVikram Bhatt
Dir. PhotoPravin Bhatt
ScénaristeVikram Bhatt
ActeursEmraan Hashmi, Arunoday Singh, Amyra Dastur, Tanmay Bhat
Dir. MusicalJeet Ganguly, Ankit Tiwari
ParoliersAbhendra Kumar Upadhyay, Rashmi Singh, Mohnish Raza, Manoj Shukla
ChanteursArijit Singh, Neeti Mohan, Mili Nair, Palak Muchhal, Ankit Tiwari, Mahesh Bhatt
ChorégrapheRaju Khan
ProducteurMukesh Bhatt
Durée134 mn

Bande originale

Teri Khushboo (Male)
Tu Jo Hain
Mr. X (Title Song)
Teri Khushboo (Female)
Saad Shukraana
Alif Se

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 16 août 2016

Note :
(2/10)

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Vikram Bhatt est arrivé de bon matin aux bureaux de Vishesh Films, au quatrième étage d’un petit immeuble situé à deux pas de la mer à Bombay. Il est venu rencontrer ses « oncles » [1] Mukesh et Mahesh Bhatt pour leur parler de son projet de film.
— J’ai une idée de film ! lance-t-il tout de go.
— Génial, mon garçon. Tu nous fais le pitch ? répond Mukesh.

— Bon alors c’est l’histoire d’un super-flic que j’ai appellé Raghuram Rathod. Il est amoureux d’une super-fliquette, Siya Verma. Ils vont se marier dès qu’ils en auront assez de déjouer les plans des pires criminels indiens.
— Pas mal comme début. Je suppose que Raghuram sera joué par cousin Emraan [NdR. il fait référence à Emraan Hashmi]. Mais qui va faire la fille ? demande Mahesh intéressé.
— J’ai pensé à Amyra Dastur, une super jolie fille qui s’est illustrée dans Issaq.
— Mouais, mais Issaq a fait un bide, rétorque Mukesh en levant un sourcil.
— Peut-être, mais ne t’inquiète pas Tonton, je vais la mettre en maillot de bain.
— Ah ok, bonne idée. Continue fiston.

— Les tourtereaux ont un ennemi, l’infâme Bhardwaj qui se trouve être leur chef dans la police. Pour faire cette crapule, j’ai pensé à Arunoday Singh qui jouait l’agent secret amoureux dans Jism 2.
— Bonne idée ! dit Mahesh en esquissant un sourire complice [NdR. Mahesh est à l’origine de ce film dont l’unique raison d’être était d’étaler les rondeurs de Sunny Leone].
— Bon alors accrochez-vous, voilà le concept : Bhardwaj force Raghuram à assassiner un politicien. Le super-flic devient instantanément un super-vilain. Bhardwaj veux ensuite le tuer pour éliminer toute trace de sa trahison, mais Raghuram réussit à s’enfuir. Il se cache dans une usine chimique, et je vous passe les détails, l’usine explose, laissant Raghuram pour mort.
— Tu veux tuer cousin Emraan ? s’inquiète Mukesh.
— Non au contraire. Il n’est pas vraiment mort, mais il a quand-même bien morflé. Il a été recouvert de produits chimiques dégoûtants qui le rendent invisible.
— Wah Wah Wah ! s’exclament en cœur les deux oncles.
— Et c’est là que ça va vraiment commencer : Raghuram avec son super-pouvoir d’invisibilité va devenir un super-vengeur.
— Tu es génial fiston ! Ça va faire un carton ! On est riches ! Mukesh et Mahesh applaudissent à tout rompre.

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Mr. X qui rôde…

Pendant qu’un employé leur sert du thé, Mahesh prend brusquement un air sérieux et finit par demander :
— Mais il y a un problème dans ton histoire Vikram, il devient invisible juste en étant recouvert de produits chimiques ?
— J’y ai pensé. répond Vikram sûr de lui. Il faut quelque chose de mystérieux pour acquérir un super-pouvoir. Ici, comme on est en Inde, c’est Dieu qui sauve Raghuram et le dote du pouvoir d’invisibilité. Bagwan, ça a quand même une autre allure qu’une araignée radioactive ou des rayons gamma n’est-ce pas ? Et puis, ça permet de parler de notre mythologie multi-millénaire.
— Tu crois que les spectateurs vont adhérer à l’idée que Krishna aide un flic de Bombay à se venger… en 2015 ?
— Certain ! Ne dit-on pas que les cinémas sont aussi des temples et nos vedettes des demi-dieux ?

— Pourquoi pas effectivement, mais il y a une autre difficulté, s’inquiète Mahesh brusquement. Tu vas déshabiller cousin Emraan comme dans Hollow Man ??
— Mais non, répond Vikram tout fier de sa trouvaille. Il est invisible avec ses vêtements sur lui ! Comme c’est Dieu qui guide le héros, on a tous les droits et on est pas obligé de le mettre tout nu.
— Oui mais je suppose que ses vêtements ont été un peu abîmés par l’explosion de l’usine non ? En plus ils doivent être répugnants. Tu vas le faire déambuler en guenilles ?
— Je te le dis Tonton, c’est Dieu qui l’inspire. Donc il répare tout : il lui remet la tête en état (après l’explosion, il sera un peu défiguré) et il le rhabille comme il faut. C’est un Raghuram tout beau tout neuf qui va se venger.
Les deux oncles sont baba devant tant d’imagination.

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Une jolie Siya bien énervée

Au bout de quelques secondes, la mine réjouie de Mahesh se fige.
— Je suis désolé, mais ça ne marche pas. lance-t-il d’un ton las. Un film de super-héros requiert des effets spéciaux coûteux, je ne pense pas que nous puissions nous les offrir. Nous n’allons pas pouvoir produire ton film.
— Mais non Tonton, tu te trompes, rétorque un Vikram plus excité que jamais. Mon super-héros est invisible, ce qui veut dire qu’on ne le voit pas. Il n’y a pas besoin de trucage puisqu’il n’y a rien à voir lorsqu’il est à l’écran. Mieux même, si cousin Emraan à un petit coup mou, on peut le remplacer par une doublure. Personne ne pourra le remarquer. C’est pas beau ça ?

— Mais alors il est invisible tout le temps ? interroge Mukesh dubitatif.
— Mieux que ça, il peut apparaître et disparaître à volonté : il est visible dans l’ultra-violet et invisible dans toutes les autres conditions d’éclairage.
— Ce n’est pas un peu tiré par les cheveux ?
— C’est vrai, acquiesce Vikram, mais les desseins de Dieu sont insondables n’est-ce pas ? Au diable la vraisemblance. Bienvenue dans le Fantastique !
Il va bien falloir faire quelques trucages pour assurer les transitions, mais je me suis dit qu’il n’était pas nécessaire d’essayer de concurrencer Krrish 3. Un bon vieux logiciel des années 90 fera très bien l’affaire. Ça va donner un petit côté vintage qui ne pourra que plaire aux plus jeunes. Et les plus anciens vont adorer le rendu Playstation 1 qui leur rappellera leur premier Lara Croft. On pourra même repiquer sans se gêner des idées dans Abyss. Du moment que les ambitions restent modestes, le plagiat n’est pas un problème en Inde.
— Pas faux, opine Mukesh.

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La solitude de l’homme invisible

— Attendez, j’ai encore plus fort, ajoute Vikram intarissable. Les plus grands super-héros ont leur faire-valoir n’est-ce pas ? Batman a Robin par exemple. Et bien mon super à moi il va aussi avoir son Robin. Je l’ai appelé « Popo ».
— C’est un nom ridicule ! assène Mukesh d’un ton réprobateur. Emraan a déjà dû subir le coup du surnom grotesque dans Ek Thi Daayan. Tu veux recommencer ?
— Non, mon Popo n’est que la petite main du véritable héros, et l’acteur auquel j’ai pensé n’a pas peur du ridicule. Je lui ai demandé, il est d’accord.
— Ah oui ? De qui s’agit-il ?
— de Tanmay Bhat, le comique formidable co-fondateur d’AIB. Je crois que tu le le connais tonton Mahesh [2].
— Bien sûr embraye Mahesh, il est extraordinaire ce garçon. Il a juste fait une apparition dans Ragini MMS 2 avec ma chérie [NdR. il fait certainement référence à Sunny Leone qu’il a découverte dans une émission de télé-réalité.]. Mais je suis sûr qu’il saura se débrouiller d’un rôle plus conséquent. Je dois reconnaître qu’Emraan n’est pas toujours au mieux de sa forme ces temps-ci, Arunoday Singh a souvent l’air d’un imbécile, et ta plante verte, comment s’appelle-t-elle déjà ?
— Amyra Dastur.
— ne m’inspire pas vraiment confiance. Tanmay Bhat est un très bon choix ; surtout si croire en l’histoire est un acte de foi et que le personnage principal est transparent. Bravo fiston.

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Le gentil Popo

Les trois hommes s’auto-congratulent en rêvant à d’interminables files d’attente devant les cinémas quand Mukesh demande :
— Au fait Vikram, comment s’appelle ton film ?
— J’ai pensé à Mr. X. C’est aussi le nom de mon super-héros. Ça le fait non ? C’est le titre d’un film de mon grand-père qui est sorti en 1938. La grande Ratan Bai en était la vedette…
— Il n’a pourtant pas très bien marché si je me souviens bien, objecte Mahesh.
— Le public ne comprends rien. Maintenant, il n’était pas question d’homme invisible, c’est peut-être pour ça que les critiques ont été si cruelles.
— Alors qu’en 1957, le Mr. X de notre père a fait école, lui. Ashok Kumar jouait à l’homme invisible et c’était peut-être la raison du succès.
— Ou alors c’était le talent de papa, ajoute Mukesh nostalgique. Enfin, du moment que ça reste dans la famille, c’est très bien.

— Je suppose que pour la musique tu vas faire appel à ton cousin Chirantan, demande Mahesh [NdR. il fait allusion à Chirantan Bhatt, qui a participé à plusieurs films de Vikram dont Ankur Arora Murder Case].
— Non, il n’était pas libre. J’ai discuté avec Ankit Tiwari qui a accepté de suite. Il a peut-être des impôts à payer, je ne sais pas. En tous cas, il a adoré l’idée de mon item-number.
— Ah oui ?
— J’ai engagé Nora Fatehi pour Alif Se. Elle ne sait pas danser, mais je suis sûr que le public va adorer la voir se dandiner. En plus, elle fait le grand écart.
— Shava Shava ! Les brunes à forte poitrine, c’est la clé du tiroir-caisse ! Mahesh est aux anges. Je vais produire ton film mon petit Vikram, on aura peut-être pas de prix, les critiques vont peut-être hurler, ton Mr. X ne rentrera peut-être pas dans l’histoire du cinéma, mais il ne sera certainement pas le pire que tu aies fait. Quelques mois plus tard, Mr. X est devenu une réalité. Vikram Bhatt retrouve ses oncles pour discuter des résultats des séances de test préalables au lancement du film. Mahesh tient entre ses mains une liasse de feuilles remplies de chiffres.
— Comment ça se présente ? demande Vikram.
— Mal, mon garçon, mal… répond Mukesh
— Le public rejette globalement le film. Il obtient le meilleur score auprès des 6-10 ans, mais au delà, c’est le plongeon. Et même dans la tranche des garçons de moins de 12 ans, ils se sont ennuyés. Et je ne te parle pas des filles…
— C’est affreux ! Pourquoi ? larmoie Vikram.
— Ils n’ont pas compris, c’est tout, rétorque Mahesh. Rassure-toi, on lance quand même. Mais si on fait une suite, il faudra qu’on incorpore Sunny Leone, histoire d’assurer.


Bande-annonce


[1Les Bhatt se sont mis tous ensemble pour accoucher de Mr. X. Là où ça se complique, c’est qu’il n’y a pas une famille Bhatt, mais deux. Elles ne partagent que le même nom, mais ont tellement souvent travaillé ensemble qu’on en fait souvent une seule et même Bhatt Factory, spécialisée dans les films au budget modeste. Leur histoire remonte aux balbutiements du cinéma parlant…

Au départ il y avait Vijay Bhatt. Après des débuts de scénariste puis de producteur, cet ancien ingénieur gujarati a fondé le studio Prakash Picture en 1934. Devenu son propre patron, il a produit ou réalisé environ 70 films. Vijay a eu deux fils, dont Pravin Bhatt, le célèbre directeur de la photographie qui a mis son talent au service de Mr. X. Pravin Bhatt est le père de Vikram Bhatt, le réalisateur d’un grand nombre de films de série B, dont Mr. X.

Par ailleurs, dans les années 30, un certain Nanabhai Bhatt débutait comme ingénieur du son chez Prakash Pictures, le studio dirigé par Vijay Bhatt. Le jeune homme, gujarati lui aussi, n’avait pas de lien de parenté avec son illustre patron. Cela ne l’a pas empêché de devenir un réalisateur apprécié de films de genre. Il s’est marié deux fois et a eu neuf enfants dont Mahesh et Mukesh qui ont produit Mr. X sous la bannière de Vishesh Films, leur propre société de production. Sa seconde épouse et mère de ses enfants, l’actrice Shirin, était la sœur ainée d’une autre actrice, Purnima. Or Purnima est la grand-mère d’Emraan Hashmi. De ce fait, Mahesh et Mukesh Bhatt sont les oncles d’Emraan Hashmi, l’acteur principal de Mr. X.

[2All India Bakchod est un groupe comique indien qui fait, en particulier, les belles heures de Youtube. Vikram fait ici référence à ce sketch mémorable dans lequel Mahesh Bhatt fait une courte apparition.

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