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My Name Is Khan

Publié vendredi 12 février 2010
Dernière modification mercredi 17 février 2010
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Par Jordan White

Rubrique Albums
◀ Pyaar Impossible !
▶ Aisha

Les bandes originales des films de Karan Johar étaient souvent portées par les compositions inspirées du duo Jatin-Lalit (qui fut aussi associé à Aditya Chopra). L’association Shankar/Ehsaan/Loy sur Kabhi Alvida Naa Kehna ayant manifestement plu à Johar, celui-ci engage de nouveau le trio pour composer la musique originale de son quatrième et très attendu prochain film.

Si les BOF de ce début d’année ont oscillé entre le fort sympathique (Pyaar Impossible), le bon (Veer), le décevant (Teen Patti, sauf Life is a game, hindi version) le très inégal (Striker, sur laquelle figurent les deux meilleurs morceaux, Bombay Bombay, fruit d’une collaboration fructueuse entre Siddharth, chanteur de nouveau après son concluant Oy ! de la BOF éponyme, et le compositeur surdoué Amit Trivedi dont on attend le futur Aisha, et Cham Cham avec un Sonu Nigam en pleine possession de ses moyens, quasiment à son sommet), My Name Is Khan hisse la qualité un cran au-dessus. Pas de touches d’électronique, pas de beats syncopés, pas de vocoder. La BOF de My Name Is Khan est traditionnelle de par l’utilisation récurrente, souvent merveilleuse des instruments classiques (tablas, dholak, harmonium), d’inspiration soufie. Deux des titres les plus puissants émotionnellement parlant et les plus travaillés dans leur structure mélodique (harmonie, place des instruments, modulations vocales parfois phénoménales de Rahat Fateh Ali Khan, neveu de feu Nusrat Fateh Ali Khan) sont des qawwali virtuoses.

Le morceau d’ouverture avec la voix profonde, douce, enveloppante et chargée d’émotion de Richa Sharma fait déjà la différence. Depuis Dev. D et Rab Ne Bana Di Jodi et ensuite London Dreams, rarement une BOF aura donné l’impression de s’imposer tout de suite à l’auditeur comme une musique qui compte. La construction musicale du ghazal est ici respectée dans son crescendo (les émotions découlent de l’implication du chanteur, du mariage des voix et des instruments). Voix et mélodies se confondent, se répondent. La puissance rythmique du morceau prend de l’ampleur grâce au son du tabla et du dholak (on peut ressentir distinctement le jeu des paumes sur l’instrument frappé). Sajda est un chant harmonieux, basé sur l’équilibre idéal entre la poésie des paroles et la charge émotionnelle des voix aussi bien masculines que féminine (Richa, Rahat et Shankar). Les claps de mains à l’arrière-plan, les accélérations du rythme, les voix s’entrêmelant, ajoutent beaucoup d’authenticité. Nul doute que dans l’hypothèse d’un film réussi le visuel du film et sa chorégraphie ajouteront encore à sa propre force (réécouter à l’envi le morceau et le revoir avec plaisir). Dans le genre, en ce début d’année il n’y a guère que l’extraordinaire morceau de Road To Sangam Hum Subah Ke Bolon Ko de plus de 9 minutes qui puisse rivaliser. Et on se rappellera avec plaisir un classique d’anthologie : le Hum Kisise Kum Naheen éponyme de Hum Kisise Kum Naheen composé par RD Burman en 1977, chanté par Mohammad Rafi, avec la sublime Zeenat Aman, excusez du peu.

Noor-E-Khuda est un morceau saisissant : "Voir Dieu le tout-puissant". Avec un titre pareil, l’instrumentation et les voix ne doivent pas être en reste. La guitare acoustique et électrique, sur un riff simple, donne une tonalité entraînante et "enchantée", sur fond de dévotion et de foi. La voix d’Adnan Sami qui compose pas mal ces temps-ci dont une particulièrement mauvaise BOF de Chance Pe Dance, est ici plus à la fête. Le trio formé avec Shankar (qui participe à tous les titres majeurs du disque, depuis la composition jusqu’à l’interprétation) prend rapidement forme et liant. C’est également la seconde force de ce disque, s’appuyer sur des complémentarités, des chanteurs de musique soufie pour insuffler ce soupçon d’âme, oserons-nous dire. Le refrain est assuré, porté par les choeurs, l’association d’une rythmique classique, de violons un peu lancinants et de nappes de synthétiseur chaleureuses. On se met en tête des images de road-movie, d’aventures sur des routes conduisant à se découvrir soi-même (pour le personnage principal), à aller rechercher des choses en lui. Shreya Ghoshal, désormais incontournable sur les BOF (après l’omniprésente Sunidhi Chauhan), y met également du sien. Sans être très originale, sa participation est heureuse et apporte une note féminine bienvenue. On peut aussi se mettre à rêver de ce qu’aurait pu faire Shilpa Rao sur un titre pareil, comme elle avait pu nous laisser bouche bée par son interprétation de Dhol Yaara Dhol.

Tere Naina est LE morceau romantique de ce début d’année. A la première écoute son rythme rappelle un peu Sajda, pourtant très vite le morceau s’impose comme une composition originale avec un début magnifique sur des notes de sarangi. Là encore l’utilisation d’instruments classiques ajoute beaucoup de cachet et de profondeur au titre. La voix de Shafqat Amanat Ali très douce et ample charme d’emblée l’auditeur. C’est lui qui chantait sur le titre Mitwa de Kabhi Alvida Naa Kehna. Il ne serait pas surprenant que vous vous mettiez à fredonner le refrain de cette chanson aussitôt après l’avoir entendu deux ou trois fois. Pour se convaincre de la beauté simple de l’instrument classique, il suffit d’écouter le petit pont à partir de 2 min 10 s jusqu’à 2 min 35 s et de ressentir la profondeur qui s’en dégage. Ou bien l’alchimie créée par les instruments et les voix entre 3 min 25 s et 3 min 42 s. Le titre de la chanson nous rappellera également une autre chanson du trio : tout simplement celle de Chandni Chowk To China, un film étrangement conspué l’année dernière.

La dévotion et la foi apparaissent une fois de plus, en fil conducteur, pour le morceau Allah Hi Reham. Les paroles Allah et Maula se juxtaposent, se fondent dans une seule direction : celle du coeur. Toucher l’auditeur, profondément. Une chanson sur laquelle l’instrument roi est l’harmonium (les harmonies de premier comme de second plan), magnifié par les tablas et la voix de Rashid Khan.

Le morceau instrumental (pas de remix ici) permet non pas une respiration (toute la BOF en contient, entre des ponts et des intonations, des souffles, des reprises d’harmonie, etc.), mais d’apporter ce petit plus de souffle et de lyrisme laissant à l’auditeur le soin, s’il ferme les yeux, et on ne peut qu’encourager à le faire, de dessiner dans son esprit le film, et l’idée qu’il puisse s’en faire d’un grand voyage.

Rang De, à la tonalité rock, referme les plages musicales (avec un esprit proche de celui de Wake Up Sid, on peut d’ailleurs penser au titre éponyme comme à Life Is Crazy). Un morceau qui rappelle que le trio est à l’aise avec les sonorités électriques, s’étant déjà aventuré il y a quelques mois avec succès dans le rock masti sur leur titre Tapkey Masti.

Un disque attendu que ce My Name Is Khan. Les espoirs étaient fondés. Le résultat est à la hauteur et plus. La plus belle BOF de ce début d’année dans le ciné hindi devrait aussi selon toute vraisemblance être un beau succès public, et ce malgré la polémique deux jours avant sa sortie relayée par la news de Maya. Il y a comme un air musical de La Famille Indienne, un petit quelque chose qui se passe, et comme il ne faut jamais dire jamais (au revoir), on attend désormais ce My Name Is Khan comme un des événements cinéma de l’année.


2010

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