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NH10


Année2015
LangueHindi
GenreThriller
RéalisateurNavdeep Singh
Dir. PhotoArvind Kannabiran
ScénaristeSudip Sharma
ActeursAnushka Sharma, Deepti Naval, Neil Bhoopalam, Darshan Kumar, Tanya Purohit Dobhal, Arindam Goswami
Dir. MusicalSanjeev-Darshan, Bann, Ayush Shrestha-Savera Mehta , Samira Koppikar
ParoliersKumaar, Varun Grover, Manoj Tapadia, Bann, Abhiruchi Chand, Neeraj Rajawat
ChanteursMohit Chauhan, Arijit Singh, Neeti Mohan, Shilpa Rao, Kanika Kapoor, Dipanshu Pandit, Nayantara Bhatkal, Savera Mehta, Samira Koppikar, Rachel Varghese
ProducteursAnurag Kashyap, Krishika Lulla, Vikas Bahl, Vikramaditya Motwane, Anushka Sharma, Karnesh Sharma
Durée107 mn

Bande originale

Chhil Gaye Naina
Le Chal Mujhe (Male Version)
Main Jo
Khoney De
Maati Ka Palang
Le Chal Mujhe (Female Version)
Kya Karein
Le Chal Mujhe (Reprise Version)
Khoney De (Instrumental)

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 6 septembre 2015

Note :
(8.5/10)

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Meera (Anushka Sharma) et Arjun (Neil Bhoopalam) forment un adorable couple de trentenaires. Ils appartiennent à une classe moyenne supérieure aisée et décomplexée qui évolue aussi bien à New-Delhi, où ils habitent, qu’à Singapour, Londres ou Paris. Comme toutes les grandes métropoles, la ville tentaculaire bouillonne jusqu’à en devenir dangereuse. C’est ainsi qu’un soir, en rentrant chez elle au volant de sa petite voiture, Meera est victime d’une tentative de car jacking à laquelle elle échappe miraculeusement. Pensant bien faire, Arjun lui obtient une arme destinée à la protéger. La vie continue, et à l’occasion de son anniversaire, il offre à Meera le temps d’un week-end, une escapade en amoureux dans une villa qu’il a louée en Haryana, un peu au nord sur la NH 10 [1].

Vient le moment de sortir de l’autoroute et de faire une pause dans une station-service. Alors qu’ils vont pour se garer, leur gros SUV manque d’écraser un petit couple affolé se tenant par la main. Pinkie et Mukesh fuient, supplient qu’on les aide, mais personne ne bouge. Meera elle aussi ferme les yeux. Ça ne la concerne pas. Un 4x4 s’arrête. Une bande en descend. Les individus se précipitent sur les deux jeunes et les entraînent à coups de poings et de pieds dans leur véhicule. Arjun ne peut s’empêcher d’intervenir. Celui qui semble diriger le groupe (Darshan Kumaar) le gifle. C’est le frère de Pinkie, il a tous les droits sur sa sœur. Le 4x4 repart laissant une station-service médusée.

Arjun et Meera reprennent la route sans un mot. Quelques minutes plus tard, ils aperçoivent le 4x4 qui file à grande vitesse. Meera l’adjure de ne pas s’en occuper et d’aller à la villa comme prévu. Mais Arjun ne peut pas se résoudre à laisser faire. Il entame la poursuite. Le pistolet est dans le coffre…

Certains ont accusé Navdeep Singh d’avoir réalisé un remake indu d’Eden Lake, un film d’horreur anglais sorti en 2008. Il a tenté maladroitement de se défendre en indiquant que NH10 ressemblait à des dizaines d’autres films et qu’en conséquence, ce n’était pas une copie. La vérité est un peu plus complexe car la trame de base est effectivement la même : un couple innocent se trouve pourchassé par un groupe monstrueux dans une région coupée du monde. La différence de taille réside dans les raisons de la traque et la motivation des tueurs. Le plaisir sadique et l’effet de groupe sont les seuls moteurs du film anglais. Il en devient même difficile d’imaginer que de telles atrocités puissent être commises dans la réalité.

En revanche dans NH10, le point de départ est un crime d’honneur tristement vraisemblable et affreusement commun. Il s’inspire en partie de l’affaire Manoj-Babli où un jeune couple d’Haryana a été assassiné par sa famille dans des conditions atroces. Le meurtre est ici montré dans toute son horreur au point d’être difficilement regardable [2]. Longtemps après on se souvient du regard affolé de Pinkie et des coups de barre de fer que reçoit Mukesh. Les auteurs nous proposent des images de fiction mais nous savons bien qu’elles reflètent la réalité. Un mois seulement après la sortie du film, les corps effroyablement mutilés de deux jeunes mariés ont été retrouvés dans des caisses métalliques en bordure d’une autre autoroute, non loin du lieu où est située l’action de NH10.

On a reproché à Eden Lake une forme de racisme de classe, car il dépeint des Anglais modestes sous un jour détestable. La même critique a été faite à NH10, cette fois au sujet des habitants d’Haryana. Il suffit d’avoir vu le médiocre Heropanti pour réaliser que les auteurs du film indien ont effectué un choix assumé. Les réactions des personnages que rencontrent Arjun et Meera sont profondément liées à une mentalité encore présente dans certaines couches de la population de cette région. Rien que pour cette raison, cela absout les auteurs de toute accusation de plagiat d’un film étranger. L’identification avec le jeune couple de yuppies [3] est tellement facile qu’on se surprend alors à haïr les habitants de ce petit état rural de l’Inde. Ishaqzaade pouvait nous laisser un minuscule espoir, NH10 est noir au point d’en être éprouvant.

Peut-être pour nous rendre les monstres archaïques plus détestables encore, Arjun et Meera nous sont montrés comme étant extrêmement modernes. On les voit ainsi préparer leurs présentations du lendemain sur leurs ordinateurs portables dans le lit conjugal. Mieux, celle que détaille Meera au comité de direction est étonnante de réalisme. Elle propose un plan marketing pour lancer une gamme de produits d’hygiène féminine sur le marché chinois. Malgré la présence exclusive d’hommes autour de la table, elle n’est pas intimidée. Le sujet, pourtant tabou en Inde, ne lui pose pas de problème. Meera est définitivement une femme libérée à l’instar du personnage incarné par Sonam Kapoor dans Bewakoofiyaan. Tout n’est pourtant pas si rose. Une foule de détails distillés tout au long du film montrent que l’acceptation des femmes indépendantes n’est pas toujours évidente dans l’Inde d’aujourd’hui. NH10 est à cet égard bien plus crédible que Mardaani par exemple qui ne laissait transparaître aucun signe de misogynie.

Comme on pouvait s’y attendre, Meera et Arjun se retrouvent en quelques heures embarqués dans une chasse à l’homme dont ils sont le gibier. Les tueurs les traquent indistinctement. Lui essaye désespérément de se raccrocher à un modèle viril. Il devait nécessairement intervenir, agir quoiqu’il lui en coûte, même avec la trouille au ventre. Comment surmonter l’humiliation de la gifle qu’il a reçue s’il s’enfuit ? Comment regarder Meera en face s’il ne tente rien ? Ce « non-héros » est montré avec une finesse qui le rend très attachant. Mais ce n’est pas lui le personnage principal. Meera, qui n’avait pas vraiment fait de choix, finit par se retrouver poursuivie seule dans la nuit sans avoir rien décidé. Elle prend le relais d’Arjun et nous emporte à sa suite.

NH10 n’est pas un film féministe pour autant. Les individus abjects sont certes des hommes — pas tous d’ailleurs — mais les femmes ne sont pas victimes parce qu’elles sont femmes. L’égalité de traitement est remarquable. Meera est simplement le héros fort auquel même un spectateur masculin peut facilement s’identifier. On a peur avec elle et pour elle, on souffre avec elle. Si elle avait été un homme, cela n’aurait rien changé. C’est une approche rafraîchissante dans le cinéma hindi qui est souvent déséquilibré dans un sens ou dans l’autre.

La mise en images est d’un réalisme de tous les instants. Il n’y a pas ici d’effets spéciaux ridicules ni de bagarres qui défient les lois de la physique. Même le nombre de balles que peut tirer le pistolet est limité à la contenance d’un chargeur ordinaire. Les coups sont difficiles à regarder. Leurs bruits sont insupportables. La nuit, le décor semi-désertique, la poussière, la sueur mêlée de sang, la saleté qui vient, tout est d’une exactitude et d’une rigueur qui nous plongent irrémédiablement dans l’action. Le montage nerveux nous happe et nous empêche de détourner le regard. La bande-son extrêmement prenante contribue elle aussi à l’immersion dans cet univers de cauchemar.

Anushka Sharma, qui a coproduit le film, nous emmène sans nous lâcher une seconde dans un des plus grands rôles de sa jeune carrière. On lui pardonnera sans hésiter quelques plans de la séquence finale où elle est un peu en retrait. Neil Bhoopalam est parfaitement à sa place comme toujours. Mais celui qui fait la plus forte impression est Darshan Kumaar. Il était le mari transparent de Mary Kom. C’est ici un monstre froid au regard glacial dont on se souviendra longtemps. Deepti Naval dans un petit rôle surprenant passe avec une facilité déconcertante d’un personnage à un autre.

NH10 comporte quatre chansons dont heureusement aucune n’est chorégraphiée. Main Jo est un joli morceau jazzy bien intégré à l’histoire. En revanche les trois autres sont des nuisances en décalage total avec le rythme du film. C’est particulièrement le cas de Le Chal Mujhe qui semble interminable.

NH10 n’est que le second film de Navdeep Singh après Manorama Six Feet Under sorti huit ans plus tôt. Il a pris son temps, mais le résultat est à la hauteur avec un thriller moderne aussi éprouvant qu’haletant. La violence extrême inspirée de la réalité des crimes d’honneur pourrait perturber certains spectateurs. Le comité de censure a d’ailleurs été très réticent à autoriser la distribution du film en Inde.

La dénonciation de pratiques barbares qui perdurent encore aujourd’hui est magistrale. Elle en fait un film original et profondément indien qu’il faut avoir vu ; si on a bien le cœur bien accroché….



Bande-annonce


[1National Highway 10

[2La description du martyr des deux jeunes époux est proche de ce que l’on sait de ce qu’ont enduré Manoj et Babli.

[3young urban professional, de jeunes cadres aisés.

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