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Oh Darling Yeh Hai India

Traduction : Oh Chérie, ça c'est l'Inde

Année1995
LangueHindi
GenresComédie, Inclassable
RéalisateurKetan Mehta
Dir. PhotoW. B. Rao
ScénaristesDeepa Sahi, Parvati Balgopalan
ActeursShah Rukh Khan, Anupam Kher, Amrish Puri, Javed Jaffrey, Deepa Sahi
Dir. MusicalRanjit Barot
ParolierKetan Mehta
ChanteursVinod Rathod, Nusrat, Sudesh Bhonsle, Raghubir Yadav, Antara Choudhary, Javed Jaffrey, Alisha Chinai, Hema Sardesai, Ranjit Barot, Ranu Mukherjee, Shankar Mahadevan, Shweta Shetty
ChorégraphesFarah Khan, Saroj Khan, Naved Jaffery, Raju Khan
ProducteurKetan Mehta
Durée155 mn

Bande originale

Aaja Aaja
Baap Re Baap
Chhoo Le Ne De
Khullam Khulla
Main Hoon Kaun
Oh Darling Yeh Hai India
Par Mila
Public Ko Hasao
Pyar Bechti Hoon
Yeh Raat Hai Qayamat
Tujhpe Marta Hoon

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 14 janvier 2014

Note :
(7/10)

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Résumer le début de Oh Darling Yeh Hai India est une tâche presque impossible tant les auteurs ont fait de leur mieux pour brouiller les pistes. Tout d’abord, les personnages ne sont pas nommés, n’ont pas de passé et leur avenir est plus que douteux. À un seul moment dans le film, Shah Rukh Khan est désigné ironiquement sous le nom de « Hero ». C’est lui qui attribue à l’héroïne interprétée par Deepa Sahi le sobriquet « Miss India ». Ces deux marginaux se sont trouvés une nuit dans la rue. Leur route va croiser celle de « Don Quichotte » (Amrish Puri), un fou mégalomane qui ambitionne de vendre — littéralement — l’Inde. Pour arriver à ses fins diaboliques, il doit remplacer « Le Président » (Anupam Kher) par un sosie. C’est sans compter l’obsession de son fils, « Prince of Don » (Javed Jaffrey), pour « Miss India ».

Ensuite le film commence comme une comédie musicale avec pas moins de cinq des neuf morceaux dans la première demi-heure. Ils ne participent pas réellement à l’histoire, et introduisent des personnages étranges : « Miss India » la prostituée triste, « Hero » qui se rêve en acteur de cinéma, « Prince of Don » enfin qui joue les fils à papa habillé en Michaël Jackson de l’époque Smooth Criminal. Seule la chanson éponyme lève le voile sur le sujet réel de Oh Darling Yeh Hai India. Il s’agit d’une satire féroce de l’Inde moderne, où toutes les scènes peuvent se voir à de multiples niveaux…

Maya Memsaab était un film ambitieux. Ketan Mehta, Deepa Sahi son épouse, et Shah Rukh Khan, ont été plus loin encore cette fois en proposant une œuvre cryptique et totalement originale. Il y a bien sûr les ingrédients d’un film traditionnel comme le grand méchant, les gentils, la musique ou les combats épiques. Mais l’histoire se déroule en une seule nuit, dans le noir des rues de Bombay ou dans le sombre repère de « Don Quichotte ». L’unité de temps fait voler en éclat toute crédibilité au récit, et la tonalité caverneuse rend la vision très difficile. Nous sommes en réalité en face d’un conte philosophique où les paroles sont bien plus importantes que les images.

Le public déconcerté a boudé Oh Darling Yeh Hai India en masse. Pire il s’agit du seul film de Shah Rukh Khan dont il n’existe à ce jour aucune version DVD ou Bluray de qualité. L’échec commercial s’est doublé d’une cabale avant même la sortie en salles. Ketan Mehta a eu les pires difficultés avec la censure et les rigoristes ont été jusqu’à lui envoyer des menaces de mort. Le montage financier a été très difficile, ce qui a certainement motivé Shah Rukh Khan à distribuer le film lui-même. Bref, ce fut un échec commercial majeur.

À la décharge des spectateurs, force est de reconnaitre que Oh Darling Yeh Hai India ne livre pas facilement ses clés. Pour ajouter à la complication, la signification symbolique des personnages n’est pas nécessairement constante tout au long du film. Ainsi « Hero » apparait au début comme l’homme de la rue pétri de bon sens. Mais il se meut en foule imbécile et violente lors du dénouement. Par moments, il est aussi directement la voix de Ketan Mehta comme à la fin de Oh Darling Yeh Hai India.

« Miss India » pourrait symboliser l’Inde elle-même, mise sur le trottoir par son propre père, l’Angleterre évidemment. Il est savoureux de voir les difficultés qu’elle a à échapper au joug paternel et refuser que « Hero » le tue. Car c’est bien là la difficulté de ce film en trompe-l’œil permanent. Au premier degré, il peut paraître irritant, ennuyeux, même choquant parfois. Au second, il peut être drôle et rafraîchissant, parlant avec malice de l’Inde d’aujourd’hui. C’est ce qu’exprime son titre qui est une expression ironique et désabusée, analogue à ce que pourrait donner en français : "Ah ma pauvre dame, c’est ça la France".

L’Inde et son peuple sont confrontés ici aux visées maléfiques du crime organisé, représenté par un Amrish Puri en très grande forme. Il est chauve avec un cobra tatoué sur le crâne et roule des yeux comme jamais. Ce personnage burlesque terriblement imbu de lui-même pourrait n’être qu’un clin d’œil amusé à Mogambo de Mr. India, mais c’est plutôt à un sinistre Dawood Ibrahim qu’il fait penser en définitive. Il déclenche les bombes qui défigurent Bombay avec une zappette grotesque, puis donne les ordres pour que le pays entier soit mis à feux et à sang. Cette évocation des attentats de 1993, tournée sur un registre tragi-comique, agit comme un exutoire tout en parvenant à être touchante.

À l’évidence, tous les acteurs ont cherché à incarner leurs rôles avec intensité. Et pour une fois, on ne peut s’empêcher de penser que leurs excès sont volontaires. Shah Rukh Khan déploie toute l’énergie dont il est coutumier, et le surjeu qu’on pourrait lui reprocher colle parfaitement avec le personnage d’homme modeste qui essaye de se montrer maladroitement sous son meilleur jour. Il en va de même pour Javed Jaffrey qui incarne à la perfection l’archétype du fils à papa né avec une cuiller en argent dans la bouche, qui méprise la culture de son propre pays et s’imagine que tout lui est dû parce que son père est puissant. « Miss India », bien que prostituée, se devait de garder un peu de dignité et de réserve, voire de distance. C’est tout à fait l’attitude de Deepa Sahi. Il faut également mentionner Anupam Kher qui incarne avec beaucoup de retenue et de talent aussi bien « Le Président » que ses sosies.

En débutant sur des faux airs de Hair, Oh Darling Yeh Hai India se devait d’offrir une partition musicale à la hauteur. Mais, une fois encore, le film excelle là où ne l’y attend pas. La partition occidentalisée de Ranjit Barot, bien qu’agréable, n’est pas des plus mémorables. En revanche, les paroles et la mise en scène resteront longtemps gravées dans les mémoires. Qui pourra oublier par exemple la chorégraphie hallucinée de Yeh Raat Hai Qayamat ? Elle se déroule sur un fond de massacres, avec un Amrish Puri extatique qui se dandine sur un rythme eurodisco des plus entraînants.

La meilleure chanson est sans conteste Oh Darling Yeh Hai India que je n’ai pu m’empêcher de présenter plus bas. Elle a le côté subversif des chansons de Jean Yanne et Michel Magne, placée dans un contexte indien. Le texte de Ketan Metha est lui aussi à la fois drôle et percutant. Entouré d’une troupe de saltimbanques qui fait penser au Big Bazar, l’homme de la rue anonyme décrit sans fard les travers de son pays et fait passer un message politique fort qui ne peut laisser insensible. Le risque d’être mal compris était grand dans une jeune nation ou la moindre remarque appuyée peut déclencher la colère d’une partie de la population. C’est ainsi que lorsque cette chanson a été présentée sur scène à l’occasion des 38e Filmfare Awards, elle a été suivie d’une annonce explicative permettant d’assurer le public de l’amour des auteurs pour la patrie.

Le spectateur qui s’attend à voir une fois de plus Shah Rukh Khan faire tomber dans ses filets la jolie demoiselle ne pourra qu’être très déçu en tentant de voir ce film obscur — dans tous les sens du terme. À première vue il tire en longueur, certaines scènes sont à la limite d’être compréhensibles, d’autres enfin semblent de très mauvais gout. Seulement Oh Darling Yeh Hai India n’est pas du tout ce qu’il semble et ce n’est certainement pas par hasard si le seul personnage nommé s’appelle « Don Quichotte ».

Ketan Mehta et Deepa Sahi nous offrent un conte philosophique ancré dans l’Inde d’aujourd’hui. Les scènes et les chansons qui s’enchaînent peuvent en fait se voir presque indépendamment. Les dialogues et les situations sont parfois délicieux pour peu qu’on ait réalisé de quoi les auteurs nous parlent. Or ce n’est pas toujours facile, et 2h35 ne suffisent certainement pas à faire le tour de cette œuvre riche et compliquée.


Oh Darling Yeh Hai India

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