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Paruthi Veeran

Traduction : Le colosse de coton

Année2007
LangueTamoul
GenreDrame
RéalisateurAmeer Sultan
Dir. PhotoRamji
ScénaristeAmeer Sultan
ActeursPriyamani, Saravanan, Karthi, Ponvannan, Sujatha
Dir. MusicalYuvan Shankar Raja
ParolierSnehan
ChanteursShreya Ghoshal, Yuvan Shankar Raja, Maestro Ilaiyaraaja, Madhumitha, Manikka Vinayakam, Pandi, Kala, Lakshmi, ’Madurai’ S. Saroja, Raja, Ameer Sultan, Krishnaraj
ChorégrapheDinesh Kumar
ProducteurK. E. Gnanavelraja
Durée162 mn

Bande originale

Ariyadha Vayasu
Iayyayo
Nathaswaram
Sari Gama Pathani
Tanka Dunga
Oororam Puliamaram

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La critique de Fantastikindia

Par Suraj 974, Gorkita - le 26 février 2008

Note :
(8/10)

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Paruthi Veeran, l’un des plus gros succès de l’année 2007 ne laissera pas indifférent, et mérite qu’on s’attarde sur lui d’une autre manière.
Avis croisés sur un film qui a de quoi susciter le débat.

L’avis de Suraj :

Un film discutable mais aux qualités indéniables. Voilà qui pourrait résumer selon moi Paruthi Veeran. Ses contradictions s’expriment dans son titre même qui peut être traduit par Le colosse de coton, et qui est aussi le nom d’un des personnages.

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Paruthi et Muthazhagu heureux…

En 2005 le réalisateur Ameer avait illuminé l’année cinématographique avec son très bon Raam. Cet ancien assistant du réalisateur Bala (sur Pithamagan notamment) y démontrait toute l’expérience qu’il avait acquise auprès de lui, aussi bien dans la maîtrise technique que dans la direction d’acteur, révélant au passage l’acteur Jeeva qui a fait un joli parcours depuis.

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Les 2 frères et la belle dans une mare

Dans Paruthi veeran il confirme tout le bien qu’on pensait de lui, puisque son film est une réussite incontestable d’un point de vue technique. Les interprétations sont tout simplement époustouflantes, d’autant plus qu’elles sont le fait d’acteurs presque débutants. Karthik, qui tient son tout premier rôle au cinéma, est absolument sensationnel de charisme et d’intensité dans un rôle-titre qui aurait de quoi inhiber n’importe quel acteur. Pour incarner son personnage de brute campagnarde il s’est musclé en conséquence, est passé sur la table de bronzage, et a travaillé sa démarche et son langage. Il est totalement bluffant.

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Un air pas commode…

Priyamani dans le rôle de Muthazhagu, la belle des champs aussi dure à cuire que charmante, est du même niveau, sinon plus impressionnante encore grâce à ses grands yeux expressifs.

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Le regard candide de Muthazhagu

Techniquement le film est une belle réussite. La photographie retranscrit à merveille l’ambiance brûlante de ce village, tout en tons jaune et ocre. Il y a de gros moyens techniques qui se voient à l’écran (louma, grues etc) et donnent au film une grande fluidité. L’une des qualités principales de Paruthi Veeran est de mettre dans un film de village finalement très traditionnel, les moyens d’habitude alloués aux grosses productions commerciales urbaines. Le résultat est soigné et d’une efficacité totale. Cela explique sans aucun doute pourquoi ce drame villageois a cartonné en salles dans les villages reculés du Tamil Nadu, autant que dans les multiplexes des grosses villes comme Chennai.

Ce succès est sans aucun doute à mettre sur le compte d’un scénario taillé sur mesure, puisqu’il fait partie de ces films au réalisme sombre presque déprimant que le public tamoul affectionne tant. Il en présente toute les caractéristiques, c’est ce qui fait la grande qualité du film… mais aussi son principal défaut, et là c’est une question de points de vues.

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Un tatouage à l’ancienne

Les personnages sont bien développés, le film est empreint d’une réalité sociale bien réelle qu’il se permet même de critiquer, mais en dehors de cela il prend finalement la tournure d’une histoire d’amour impossible des plus classiques – ici entre deux jeunes de castes différentes – dont on sait dès le commencement qu’elle va mal finir, puisqu’elle est impossible. La manière accompagne assez bien l’histoire, jusque dans les dernières minutes du film où quelque chose se brise, au propre comme au figuré. Peut être était ce le but recherché, mais le final est d’un glauque tel qu’il étend son ombre sur tout le reste du film et en fin de compte en devient l’argument principal, occultant la valeur du reste.

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La grand mère aveugle

Car Paruthi Veeran est finalement un film très simple, qui n’a comme argument-choc que sa terrible fin. L’histoire est pourtant d’une simplicité rafraîchissante, et une fin tout aussi simple lui aurait tout autant convenu, mais aurait rendu le film très plat. Une conclusion aussi sordide, même si elle est représentative d’une réalité bien réelle, vient en quelque sorte gâcher la sauce et peut faire tache. C’est une question d’équilibre, de dosage, à laisser à l’appréciation de chacun, mais qui me semble mettre un bémol non négligeable quant à la qualité du film selon qu’on se situe d’un coté ou de l’autre.

C’est un schéma qui me rappelle un peu Dil Se, qui malgré ses qualités pourtant nombreuses a longtemps été résumé à sa fin surprenante mais pourtant beaucoup plus soft.

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Paruthi danseur

Personnellement je m’interroge vraiment sur cette fin. Peut être est elle à mettre sur le compte des producteurs. On sait en effet que dans l’industrie tamoule, une fin triste est bizarrement un argument plus vendeur qu’un happy-end… de quoi faire rêver les cinéastes américains et bollywoodiens ! On se rappelle par exemple que dans le film Kaakha Kaakha les producteurs avaient exigés une fin triste qui fasse mourir un des personnages, alors que le réalisateur voulait une fin heureuse ! mais du coup le film a marqué le public et a été un super hit, alors…

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Le respect des forces de l’ordre , toujours

L’avis de gorkita :

Paruthi Veeran m’a soufflé. Par sa perfection technique que souligne Suraj, par son portrait en profondeur de ses personnages, incroyablement réels, par la crédibilité de l’ensemble. Mais aussi et surtout par le coté inéluctable, fataliste, de la progression de l’histoire.

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Les yeux clos pour oublier la détresse

Dans Raam, son précédent film, le réalisateur Ameer Sultan nous conduisait aussi vers un drame annoncé : le film étant construit comme un long flash-back dont le tragique dénouement nous était proposé en ouverture. Dans Paruthi Veeran le metteur n’a pas choisi de nous montrer dès le début la fin de l’histoire. Et c’est inutile : Dès les premières minutes on s’attend à une fin dramatique, les personnages tels qu’ils nous ont présentés, le contexte lui-même, tout nous le fait présentir.

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Cachée

Car le film s’appuie fortement sur l’implicite, sur une certaine culture cinématographique du spectateur. En effet le cinéma du Sud regorge de film ruraux, réalistes et dramatiques dont le public est friand. Les codes scénaristiques et stylistiques de Paruthi Veeran, le type de personnages que l’on croise, le contexte géographique même d’un aride village près de Madurai, tout nous conduit obligatoirement à nous attendre au pire.

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Muthazhagu et Paruthi Veeran, en crise…

Le film contient de nombreux éléments qui sont autant d’indices qui ne nous laissent aucun doute : l’issue sera terrible. Et c’est là tout le génie du film, car la construction de l’intrigue est fondée sur cette tension, cette implacable certitude que cela finira mal. Tension d’autant plus forte, insoutenable parfois, que le réalisateur joue sur l’attachement qui nous lie aux personnages, sur cette histoire touchante qui les unit et nous donne envie de leur crier : « Tirez-vous de là ! Ne faites pas ça ! ». En effet à chaque instant les personnages prennent les mauvaises décisions, celles qui les conduisent vers cette issue fatale que l’on sent poindre tout en en ignorant les détails.

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Le papa de Muthazhagu

Comme le dit Suraj, les acteurs sont stupéfiants, Priyamani a d’ailleurs obtenu le titre de meilleure actrice au festival du cinéma arabe et asiatique Osian à New Dehli, tandis que le film lui-même a raflé la récompense de meilleur long-métrage. Quant à Karthik, qui est le frère de la super-star Surya, auquel il emprunte d’ailleurs quelques postures et expressions du film Pithamagan , il est tout simplement époustouflant pour ce qui est son premier rôle. Hormis cette excellence des interprètes, la maîtrise technique du réalisateur et de toute l’équipe sert indiscutablement l’histoire : on respire la poussière en suspension dans l’air surchauffé, on sent la transpiration des hommes à l’écran, comme dans un Sergio Leone peut-être.

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Paruthi avait pourtant toutes les cartes entre ses mains…

Le metteur en scène et scénariste Ameer aurait sans doute pu choisir de sauver ses personnages, les laisser profiter de cet amour que l’on voit naître et qui nous capte tant. Mais n’eut-ce pas été une fuite ? Une dérobade ? La terrible force de ce long-métrage repose précisément sur cette conviction qu’on n’évitera pas le pire. Alors pour surprendre son public le réalisateur choisit une autre voie : le drame qui guette Paruthi Veeran et Muthazhagu est totalement, abyssalement, inéluctablement choquant. Plus sombre et désespérant que dans aucun autre film que j’ai pu voir. Le spectateur n’est pas choqué, il est assommé, écrasé par une gueule de bois infligée par la douleur des personnages que l’on partage. Mais le public en redemande ! Le film a dépassé les 300 jours d’exploitation en Inde et a rapporté 100 Millions de roupies de par le monde.

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Un flash back très touchant

On pourra penser que le réalisateur se complait à torturer ses personnages, il me semble au contraire que dans cet épilogue tragique il leur donne une aura de martyrs qui sublime le film, le couvrant d’un voile de boue ocre, constituée de poussière de Madurai et de sang mêlés.

La note de Suraj : 7/10

La note de Gorkita : 8,5/10

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