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Petit guide de survie du débutant

Publié vendredi 4 juillet 2008
Dernière modification samedi 5 juillet 2008
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Par Kendra

Dossier A la découverte du cinéma indien
▶ Le cinéma indien

Voilà, vous venez de voir votre premier Bollywood, toutes nos félicitations ! Vous avez mis un pied dans le monde merveilleux du cinéma indien. Merveilleux certes, mais parfois un peu compliqué à appréhender culturellement parlant. D’ailleurs, c’est bien pour ça que vous vous retrouvez sur cet article !
Voici le premier petit guide de survie pour pouvoir décoder quelques points qui peuvent paraître obscurs…


Commençons par le commencement, le geste que l’on voit le plus souvent, la salutation mains jointes. Accompagnée, selon la région, par un namaste, namaskar, vanakkam, namaskaram, il symbolise le respect que l’on témoigne à son interlocuteur, et pourrait se traduire par : « Je salue le divin qui est en vous ».
En regardant plus attentivement, vous remarquerez une hiérarchie dans ces salutations. Les mains jointes au niveau du cœur, on salue nos semblables ; jointes devant le visage, on salue un guide spirituel ; les mains jointes au-dessus de la tête, on salue Dieu.


Si vous avez vu Kabhie Khushi Kabhie Gham par exemple, vous aurez remarqué que Kajol utilise également une autre forme de salutation, typiquement urdu, le adab, qui se fait de la main droite que l’on monte doigts serrés vers le visage. Dans les formules utilisées, nous retrouvons tout aussi bien le asalam waleikum que le Khuda hafiz ou Allah hafiz, que l’on peut traduire par « Dieu vous protège ».
Afin de compléter ce petit tour indien des différentes salutations, vous pourrez rencontrer sur votre route des films indiens la salutation typiquement punjabie Sat Sri Akal, qui se trouve être la deuxième partie du cri de guerre sikh Jo Bole So Nihaal, Sat Sri Akaal, que l’on pourrait traduire par : « Béni soit celui qui affirme que Dieu est Vérité ».


On a tous en tête cette scène émouvante de K3G dans laquelle Rahul fait son grand retour à la maison. Sa mère l’accueille en ondulant une lampe sur un plateau. Ce geste s’effectue généralement en deux occasions, soit en accueillant un invité, soit pour prier un dieu. Cette dernière coutume est appelée l’aarti et consiste à faire une offrande à Dieu (en l’occurrence, ce qui se trouve sur ledit plateau). Le plateau est ondulé devant les invités, de cette façon l’hôtesse reconnaît la part de divin en lui et affirme l’honneur que représente cette visite.


Dans les films dits "traditionnels", vous pourrez remarquer que l’on touche les pieds des personnes plus âgées que soi, en signe de respect. La « formule longue » veut qu’on touche les deux pieds puis son cœur. Mais la simple esquisse du geste peut tout aussi bien faire l’affaire !
Vous devez sûrement vous demander en quoi ce geste est si respectueux. Simplement parce que dans la théologie hindoue, la partie du corps la plus sacrée, puisque la plus proche de Dieu, est la tête, et par conséquent la plus impure est le pied, sans cesse au contact de la terre (c’est d’ailleurs pour cela que l’on se déchausse pour entrer dans un temple). Donc accomplir ce geste signifie que vous respectez tellement cette personne que toucher la partie la plus impure de son corps reste un honneur pour vous…
Certaines femmes très traditionnelles accomplissent ce geste envers leurs époux, mais il n’est généralement utilisé que de la part d’une jeune personne face à un aîné.


Rappelez-vous Devdas, cette magnifique scène où notre héros se glisse sans bruit dans la même pièce où dort Paro, et lui pose un point noir sur les lèvres… Lorsqu’une personne est particulièrement belle, on pense qu’elle attirera la jalousie, et par là le mauvais œil. Afin « d’atténuer » la beauté de la personne, on pose un point de khôl. Généralement, cette coutume est utilisée sur les bébés, mais les femmes particulièrement bien habillées pour une occasion ne se priveront pas d’accomplir ce geste, tout comme les danseuses de bharatanatyam en fait… Mettre du khôl sur quelqu’un veut donc dire qu’on le trouve tout en beauté à ce moment-là.


Puisque nous en sommes à évoquer Devdas, vous vous êtes sûrement demandé que pouvait bien être cette poudre rouge que Paro porte sur la raie de ses cheveux une fois mariée… Cette poudre, le kumkumou sindoor, est utilisée par les femmes mariées hindoues pour faire connaître leur statut d’épouse. La poudre est soit placée tout au début de la raie du milieu, soit suit la raie entière. Si on trace une ligne à partir de ce point, on arrive aux parties génitales de la femme. Ainsi, par cette marque, elle fait savoir au monde qu’elle est mariée, qu’elle a perdu sa virginité et que son mari est vivant. En effet, une fois l’époux décédé, la veuve n’a plus le droit de porter ni kumkum, ni bindi, ni bijoux, ni cheveux longs et doit s’habiller de blanc pour le reste de ses jours.
La jeune femme porte également un point rouge ou bindi au milieu du front, qui sert également à marquer le statut de femme mariée. Une autre théorie voudrait qu’il représente le « troisième œil ». Au fil du temps, le bindi s’est popularisé, les jeunes filles l’ayant adopté, devenant un accessoire de mode que l’on coordonne au maquillage et aux vêtements, avec différentes formes, strassé ou pas.


Kajol Mangalsutra Ah, le mariage… que serait un film indien sans sa scène de mariage ? Oui mais voilà, encore une fois, tout est extrêmement codifié, et pas forcément accessible à tous.
LE symbole du mariage en Inde, c’est le collier que le marié noue autour du cou de sa bien-aimée. Au nord, ce collier est appelé mangalsutra, il est composé d’un pendentif en or, sur une chaîne en or et perles noires. Au sud, on parle de thaali, un peu plus simple, puisqu’il s’agit d’un pendentif en or sur chaîne soit en or soit plus souvent, un fil de couleur de jaune. Le pendentif peut être remplacé par un bout de curcuma entouré d’une simple corde jaune pour les couples les plus modestes.
Nouer le collier est l’étape la plus importante lors du mariage. Généralement, trois nœuds sont effectués, parfois le marié fait le premier et ses sœurs les deux autres.


Les mariés doivent effectuer sept tours autour du feu sacré.
Au premier phera (tour), le couple invoque les dieux afin d’avoir une vie noble et respectueuse.
Au deuxième tour, ils réclament la force physique et morale pour bien mener leur vie commune.
Le troisième phera est consacré à l’accomplissement des engagements spirituels. Les dieux sont invoqués pour bénir le couple.
Au quatrième phera, le couple prie pour une longue et heureuse vie.
Le cinquième phera est une prière pour le bien-être de tous les êtres vivants de l’univers.
Au sixième phera, le couple prie pour les saisons.
Et enfin, au dernier phera, ils prient pour la paix et la fidélité.


Lorsque nous regardons pour la première fois un film indien, en tant qu’Occidentaux baignés dans l’Histoire, nous avons automatiquement une réaction de rejet à la vue des svastikas dessinées à divers endroits. Ce qui est pour nous synonyme de symbole hitlérien est en fait un signe que l’on retrouve dès le Néolithique (en gros vers 9000 avant J.C. !), et qui est encore aujourd’hui très utilisé dans les religions hindoue, bouddhiste et jaïne. Dans le symbolisme hindou, la svastika branches tournées vers la droite représente l’évolution de l’univers ; inversement, les branches tournées vers la gauche symbolisent la destruction de l’univers. En tout cas, la svastika est utilisée comme un signe de bonne fortune et de prospérité.


Vous avez déjà dû voir vos héros préférés faire ce geste, remuer le pouce, poing fermé, devant une autre personne. Ce geste signifie « honte sur toi », il est utilisé pour taquiner son interlocuteur, l’équivalent de notre trivial « nananère ».


Dans K3G, lors du mariage de la cousine de Kajol, sa maman fait le tour de la tête de sa fille avec les mains avant de faire craquer ses doigts sur sa tête… Par ce geste, la personne affirme vouloir prendre sur elle le mauvais œil qui pourrait tomber sur une telle beauté (fille ou garçon).


Shah Rukh s’était fait une spécialité dans les années 90 de se tirer les deux lobes d’oreilles en même temps… Par ce signe physique, on fait comprendre à son interlocuteur que l’on reconnaît avoir commis une erreur et que l’on demande pardon.


Autre petite question que vous avez tous dû vous poser en regardant Dilwale Dulhania Le Jayenge : pourquoi donc Kajol est-elle si choquée lorsque SRK lève son petit doigt pour dire ce qu’il a fait dans l’église en Suisse ?… Eh bien, lever l’auriculaire en Inde signifie simplement que vous avez besoin d’aller aux toilettes !


Intéressons-nous maintenant à la coutume du Karwa Chauth que l’on retrouve dans de nombreux classiques. Lors de cette fête, les femmes mariées doivent jeûner, en n’absorbant ni eau ni nourriture pendant une journée entière, afin de prier pour le bien de leurs époux.
Karwa signifie "pot en terre cuite", et chauth "quatrième nuit après la pleine lune". Les femmes portent pour l’occasion leurs plus belles tenues et leurs plus beaux bijoux et rendent hommage à la lune. Cela passe par des offrandes que l’on place dans les karwa, généralement de la nourriture spéciale et des bijoux, ainsi qu’un bout de tissu. Les karwa ainsi préparés sont ensuite échangés entre les femmes.
Le jeûne est rompu lorsque la lune se lève. Les femmes observent alors son reflet sur la surface de l’eau ou au travers d’un dupatta ou d’un tamis. Elles offrent de l’eau à la lune en demandant sa bénédiction. Les femmes se tournent alors vers leurs maris dont elles touchent les pieds, et pour lesquels elles prient. Cela marque la fin de la journée de jeûne.


En espérant que ce petit guide, loin d’être exhaustif, vous a été utile. N’hésitez pas à nous poser des questions s’il y a des aspects qui n’ont pas été abordés dans cet article, nous tenterons d’y répondre le plus rapidement possible !

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