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Purab aur Pacchim

Traduction : Est et ouest

Année1970
LangueHindi
GenresMasala, Films sociaux
RéalisateurManoj Kumar
Dir. PhotoV. N. Reddy
ScénaristeManoj Kumar
ActeursManoj Kumar, Vinod Khanna, Pran, Ashok Kumar, Prem Chopra, Madan Puri, Saira Banu
Dir. MusicalKalyanji-Anandji
ParoliersPrem Dhawan, Indeevar, Santosh Anand
ChanteursAsha Bhosle, Mukesh, Manhar Udhas, Mahendra Kapoor, Brij Bushan, Shyama Chittar
ChorégrapheSurya Kumar
ProducteurManoj Kumar
Durée178 mn

Bande originale

Dulhan Chali
Koi Jab Tumhara Hriday
Om Jai Jagdish Hare
Purva Suhani Aayi Re
Raghupati Raghava
Twinkle Twinkle Little Star
Bharat Ka Rahnewala

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Marine - le 22 janvier 2013

Note :
(4.5/10)

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Vous avez vu la jaquette et vous vous demandez « Marine ? C’est quoi ce film que tu nous chroniques ? » En fait, c’est un film que vous avez sûrement déjà entraperçu puisqu’il s’agit de celui que l’on voit en arrière plan dans la salle de cinéma où Darcy administre une correction à Wickham dans Coup de foudre à Bollywood !

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Un cinéma de Londres dans Coup de foudre à Bollywood

Dans Purab aur Pacchim beaucoup de personnages ont une place importante pour la cohérence des évènements. Tout commence donc sous le joug des anglais. Un combattant de la Liberté est dénoncé par son voisin et abattu. Voici le nœud de l’histoire. Sa veuve met au monde un garçon : Bharat, le héros. Le voisin (Pran) s’enfuit en Angleterre avec son fils, laissant sa femme enceinte sur place. Les années passent en Inde et le héros (Manoj Kumar) va vivre chez un ami de son défunt père, à Londres, afin d’y poursuivre ses études. Cet ami, bien qu’indien, a deux enfants au mode de vie totalement occidentalisé et qui ne connaissent rien à leur pays d’origine…

L'anglais et le traître

On peut traduire le titre du film par « Est et Ouest ». D’emblée, cela nous fait penser à la guerre froide de nos manuels d’Histoire. Seulement ici, il s’agit plutôt de l’opposition entre le monde occidental et la société que l’on qualifiera de « traditionnelle », représentée ici par l’Inde. Si le film avait été fait à hollywood, on l’aurait plutôt appelé « Nord et Sud ».
Si l’on rajoute en fil rouge l’histoire d’amour mouvementée entre la fille typiquement londonienne et le bon garçon indien, ce film a un faux air de Namastey London.

Concernant les personnages, ils frisent souvent la caricature. Preeti (Saira Banu) passe ses soirées à boire et à fumer plus que de raison en écumant Londres. Mais ni elle, ni son frère, ne connaissent la culture indienne. Des exemples ? Preeti ne lit pas l’hindi (en fait elle ne sait même pas le reconnaître quand elle le voit écrit), ne connaît pas les légendes fondatrices de la culture hindou : Ramayana et Mahabharata, pire : les héros de la résistance indienne face à l’anglais, elle ne les connaît pas non plus. Et je ne vous parle même pas de la géographie de l’Inde. On se demande même si l’héroïne n’est pas un peu… "blonde" sur les bords… sauf que j’ai oublié de vous dire qu’elle était peroxydée. Bref, c’est une âme en détresse qu’il faut sauver. Et heureusement pour son papa, qui commence à s’en préoccuper (au bout de presque 20 ans ce n’est pas trop tôt), il y a un héros qui va se charger de tout ça.

Je suis le héros

Parlons-en du héros. « Mais qu’il est lisse ! » Voici l’expression qui me vient à la bouche, en y repensant. D’abord ses parents : sa mère porte le nom de Ganga (qui renvoie bien sûr au Gange) ; quant à son père, c’est un héros, on l’a déjà dit. Lui-même porte le prénom de Bharat (Mr. Bharat est également le surnom de Manoj Kumar en tant qu’acteur jouant les héros patriotique). Il est l’incarnation de toutes les vertus. D’ailleurs, logiquement, il aurait dû tomber amoureux de la bonne fille indienne avec laquelle il a grandit (et qui, elle, est folle de lui). Seulement il accepte d’épouser Preeti. On a même le droit à un petit duel de danse, dans Purva suhani aayee, entre les deux femmes, un peu à la Dil to Pagal Hai avec Madhuri Dixit et Karisma Kapoor.

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Purva suhani aayee

Saira Banu, qui a elle-même passé une grande partie de son enfance à Londres, interprète la jeune et indomptable Preeti. A l’image de son personnage, elle est tour à tour laide et attirante. Un véritable tour de force. Comme toujours, Prem Chopra a le rôle du méchant. Pran est le traître. Ashok Kumar est le patriarche. Madan Puri est assez émouvant dans son rôle de père totalement dépassé. Au milieu de ces acteurs chevronnés, on entrevoit plutôt rapidement un Vinod Khanna tout jeunot. Le héros est joué par Manoj Kumar, celui que SRK singe dans Om Shanti Om en mettant sa main devant son visage. Acteur connu pour ses rôles et films à forte dimension patriotique, c’est lui qui a produit, réalisé et coécrit ce film dont il est le personnage principal. Pour sa deuxième réalisation, il s’est appuyé sur un casting très solide, ce qui aide le film à tenir la route malgré ses nombreux défauts.

Le méchant et son traître de papa

Le résumé de l’histoire ainsi que le parcours personnel du réalisateur/acteur principal vous indiquent très rapidement qu’il s’agit d’un film très moralisateur. Et effectivement, nous n’y coupons pas. Certes, il n’est pas le dernier film où l’on encense les valeurs traditionnelles indiennes qui doivent perdurer quelque soit le pays où l’on vit. On ne citera que Dilwale Dulhania Le Jayenge.

Nous sommes à Londres

L’Occident est donc mère de tous les vices. On boit, on fume (même les femmes, qui parfois se teignent en blonde !!!!). On renie ses valeurs… L’Inde et ses valeurs traditionnelles sont montrées de façon positive. D’ailleurs, même les occidentaux s’en rendent compte et cherchent à se rapprocher de ces valeurs en se convertissant au culte de Krishna. Le réalisateur n’a pas été tendre avec eux car les pauvres bougres semblent bien ridicules dans ces passages-là. Cependant, au milieu de tous ces bons sentiments il y a des scènes qui m’ont choquée (différence d’époque et de culture sûrement, mais quand même). Par exemple, cet homme qui a quitté sa femme et son enfant pour aller vivre une vie de débauche à Londres. La seule chose qui pourrait rendre sa femme heureuse c’est qu’il revienne ? Mais franchement, quand on voit de quel mari il s’agit, on devrait plutôt lui souhaiter qu’il ne revienne jamais ! Surtout si la pauvre femme en question est votre propre fille, vous ne pouvez pas souhaiter pour elle une vie à côté de lui. Pourtant dans Purab aur Pacchim c’est le cas.

Une seule variante nous est offerte dans ce florilège de clichés : l’avenir, ou plutôt le devenir, des indiens élevés hors de l’Inde. L’une « redevient » une bonne indienne après qu’on lui ait montré le bon exemple et surtout ce qu’il ne fallait pas faire. L’autre dégénère et fini par être rejeté par les siens. Deux options sont donc possibles. Mais de toute façon, la mauvaise branche est éliminée… rappelez vous de Mother India.

Bref, tout ceci est bien beau (enfin c’est voulu comme tel), mais on espère quand même, que si la peinture que l’on nous fait de l’Inde est « idyllique », et vous aurez compris que cela peut dépendre du point de vue, c’est aussi autre chose et que les années 70 sont loin derrière nous.

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Dulhan Chili

Enfin, les chansons aussi ont une dimension patriotique. A commencer par la première : Dulhan Chili, derrière laquelle on nous montre des défilés de l’armée indienne, des portraits de héros de l’Inde, et bien sûr le drapeau indien. Je n’avais jamais vu autant de drapeau de la République d’Inde sur un écran, dans un laps de temps aussi court. La dimension religieuse n’est pas oubliée avec le chant Om Jai Jagdish Hare. Les chansons n’ont rien de mémorables mais on retiendra peut-être Twinkle twinkle, un passage avec des marionnettes qui met en abîme la situation des personnages.

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Twinkle Twinkle

Côté narration, attention, préparez-vous : nous allons remonter le temps par deux fois. La première, avant 1947. « Dis Mamie ? Quand tu étais jeune, la vie était en noir et blanc comme sur les photos ? » Et bien là, oui. Lorsque l’Angleterre gouvernait les Indes celles-ci vivaient en noir et blanc. Si le procédé n’est pas très subtil, il faut toutefois noter que cette première partie, en noir et blanc, jusqu’à l’indépendance de l’Inde, est très belle. Paradoxalement, alors que la couleur annonce la naissance de l’Inde contemporaine, elle déçoit quelque peu. Elle est moins jolie.

La maman et le papa du héros

Notre second retour dans le passé se fait… au temps de lord Brett Sinclair… Mais si, souvenez-vous d’Amicalement Vôtre, la série avec Roger Moore et Tony Curtis. Les bottes en plastique, les pantalons pattes d’eph, le psychédélique. Parfois cette profusion donne un peu mal à la tête : le meilleur exemple étant le club indien de Londres avec ses plateaux tournants effets "les tasses à Disneyland Paris". Moi, ça m’a donné la nausée.

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Les plateaux tournants

Nous avons également droit (cerise sur le gâteau) à un album photo plutôt intéressant. Après avoir visité les beaux lieux d’Europe, ou du moins des plus connus (Tiens la Tour Eiffel !), on visite l’Inde. Histoire de bien montrer que cette dernière n’a rien à envier à la première en termes de monuments, paysages et diversités. Bref, l’Inde des années 70.

En conclusion, il est fort possible que vous ne rentriez pas du tout dans le film. A aucun moment. Pour ma part, j’avais l’impression d’être attachée malgré moi à mon écran, une sorte d’alliance vicieuse entre fascination et répulsion comme on pouvait en avoir avec les toutes premières émissions de téléréalité, même si cela n’a rien à voir. Que ce soit à cause du côté très très kitch : les années 70 ça ne vieillit pas toujours très bien. Ou à cause du côté très moralisateur et très manichéen du film. Je pense qu’il vaut mieux être prévenu avant d’insérer le dvd dans le lecteur.

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