]]>

Queen

Traduction : Reine

Année2014
LangueHindi
GenreDrame
RéalisateurVikas Bahl
Dir. PhotoBobby Singh, Siddharth Diwan
ScénaristesVikas Bahl, Chaitally Parmar, Parveez Sheikh
ActeursKangana Ranaut, Rajkummar Rao, Lisa Haydon, Mish Boyko, Joseph Guitobh, Jeffrey Ho, Marco Canadea, Yogendra Tikku
Dir. MusicalAmit Trivedi, Rupesh Kumar Ram
ParoliersAnvita Dutt Guptan, Raghu Nath
ChanteursArijit Singh, Amit Trivedi, Mohan Kanan, Nikhil D’Souza, Shefali Alvares, Neha Kakkar, Sonu Kakkar, Nandini Srikar, Labh Janjua, Rupesh Kumar Ram
ChorégrapheBosco-Caesar
ProducteursAnurag Kashyap, Vikramaditya Motwane
Durée145 mn

Bande originale

London Thumakda
Badra Bahaar
O Gujariya
Taake Jhanke
Jugni [Queen]
Harjaiyaan
Kinare
Ranjha

En savoir plus

Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Mel - le 13 mai 2014

Note :
(10/10)

Article lu 4732 fois

Rani Mehra (Kangana Ranaut) va se marier avec Vijay Dhingra (Rajkummar Rao). Elle a 24 ans et vit chez ses parents dans la banlieue de New-Delhi. Lui travaille à Londres et revient en Inde pour le mariage arrangé par leurs parents quatre ans plus tôt. Deux jours avant la noce, les préparatifs battent leur plein chez les Mehra où toute la famille est réunie pour le Mendhi ; lorsque les mains de la mariée sont décorées de henné. Rani est folle de joie.

Contre la tradition qui veut que les futurs époux ne se rencontrent pas avant la cérémonie, Vijay insiste pour voir Rani dans un café la veille du mariage. Il lui annonce alors qu’il ne veut plus l’épouser. La décision est définitive, elle est même confirmée par M. Dinghra à M. Mehra. Rani est effondrée et s’enferme dans sa chambre sans comprendre.

Elle n’en sort que le lendemain, en demandant à son père de faire son voyage de noces, toute seule…

Je dois vous faire une confidence, parler de ce film de Vikas Bahl, son second après Chillar Party, n’est pas si facile car on tombe instantanément amoureux de Rani. Son physique n’est en rien spectaculaire et elle a souvent des airs « nunuche ». Mais, la future mariée qui nous est montrée dès le tout début du film est belle à tomber par terre. Elle irradie l’écran de ses yeux magiques et de son sourire resplendissant. Et lorsque, l’instant d’après, Vijay lui transperce le cœur avec autant d’émotion que s’il ramenait un achat inutile dans un magasin, c’est nous qu’il foudroie. Elle le supplie, on voudrait lui casser la figure.

L’empathie tout autant que l’identification sont totales. Nous sommes tout à la fois Rani, son père qui bredouille au téléphone, sa grand-mère qui pleure en silence, son petit frère qui lance un geste de défi inutile. Alors qu’elle sanglote désespérée dans sa chambre, Rani se souvient de la cour assidue de Vijay. Même pour nous, ces flashbacks sont douloureux. Il avait l’air gentil ce garçon. Mais elle aurait dû se méfier du soupçon de suffisance qui se cachait derrière son ambition ; elle, la fille simple d’un confiseur pendjabi de New-Delhi.

Pour tenter de panser ses blessures, ou peut-être par défi, elle décide d’entreprendre seule la lune de miel qu’ils avaient prévue. La voilà partie pour Paris, puis Amsterdam après l’entracte. On reconnait notre capitale dans ces images qui ne cachent pas ses travers. Il y a bien quelques exagérations comme la formidable scène du restaurant ou quelques grossièretés bien senties en français. Mais cette vision lointaine de l’Europe continentale est d’une justesse rare. La Suisse n’était qu’un joli décor irréel dans Dilwale Dulhania Le Jayenge, le périple de Rani est un véritable voyage initiatique. Le choc culturel qu’elle subit est intense.

C’est un choc tout d’abord au niveau de la langue. Elle ne parle pas français et son anglais est moyen. L’entendre par exemple se présenter d’un modeste « Myself Rani » qui laisse poindre l’hindi sous-jacent est extrêmement touchant. Heureusement, elle tombe sur la délurée Vijayalakshmi (Lisa Haydon) qui va la guider dans Paris et l’aider à faire une partie du chemin de sa reconstruction. Elle parle très peu hindi, mais parvient encore à communiquer directement avec Rani. Ce n’est pas le cas de tous les amis rencontrés plus tard à Amsterdam. Taka (Jeffrey Ho), qui ne parle que japonais, nous donne même l’occasion d’assister à de charmants monologues polyglottes. Queen suit le même chemin qu’English Vinglish en nous montrant que la barrière de la langue est facile à franchir lorsque le cœur est de la partie.

Ce voyage sous nos contrées est un électrochoc qui sert sa résilience, tout autant qu’une critique acerbe d’une partie de la société indienne ignorante du monde et enfermée dans ses traditions. Les auteurs mettent la jeune femme sage et bien élevée en face de ce qui constitue pour elle de véritables tabous : l’alcool, la fréquentation des hommes et surtout le sexe. Et là, ils y vont fort avec par exemple une visite détaillée du quartier rouge d’Amsterdam. Les spectateurs francophones auront aussi droit à un court dialogue particulièrement salé au travers de la porte de la chambre d’hôtel parisienne de Rani. Elle qui s’était pieusement réservée pour sa nuit de noces ne comprend pas. Ses trois amis de rencontre, Oleksander (Mish Boyko) le russe, Tim (Joseph Guitobh) le français et Taka le japonais la moquent gentiment et la font s’ouvrir à grande vitesse. Elle fait le chemin inverse d’Omi dans Luv Shuv Tey Chicken Khurana, sans jeter pour autant sa culture aux orties. Nous aussi, nous nous ouvrons à son monde à travers son regard lumineux.

Comme Sashi dans English Vinglish, Rani retrouve peu à peu l’estime d’elle-même et suffisamment de clairvoyance pour appréhender l’attitude de Vijay. Au travers de courts dialogues, Vikas Bahl réalise ici une charge sévère contre le comportement de « certains » hommes. Il a eu l’intelligence de nous arrimer fermement à Rani, alors nous scrutons avec suspicion le moindre mot de ce garçon, la moindre de ses attitudes. Force est de constater que ce n’est pas brillant… Ce que nous n’aurions même pas remarqué dans un autre contexte prend ici des proportions effrayantes. C’est simple, il a toujours été à côté, pas une seule fois, il n’a su trouver les mots justes. Au fond, il l’a toujours méprisée, lui l’ingénieur parti travailler à Londres alors qu’elle n’a fait que de modestes études d’Arts ménagers (Home Science). Queen nous fait toucher du doigt le machisme ordinaire comme jamais. Et sans en donner l’impression, Vikas Bahl réalise une œuvre authentiquement féministe.

Cette réussite totale, il la doit en grande partie à Kangana Ranaut. Elle porte le film de bout en bout avec un talent exceptionnel. Elle est toujours dans le vrai, le moindre de ses gestes est absolument magique. Sa voix est toujours juste. C’est elle qui nous embarque dans cette histoire et qui nous fait voir à travers ses yeux. Elle n’a pas besoin de rivières de larmes pour nous faire pleurer ni de grimaces pour nous faire rire. Ce caméléon avait effacé Priyanka Chopra dans Fashion et sauvé ce qui pouvait l’être de Krrish 3. Avec ce film tourné en seulement 45 jours, elle est enfin en tête d’affiche et nous offre une performance d’actrice mémorable.

Rajkummar Rao dépeint avec une grande finesse un Vijay totalement convaincant qui se dévoile petit à petit. Alors qu’il est peu présent à l’écran, il offre un contrepoint formidable à Kangana Ranaut. Les autres personnages qui émaillent le voyage de Rani, de Lisa Haydon à Marco Canadea sont souvent réussis quoique parfois plus ordinaires. Ils délivrent des dialogues en en partie improvisés, d’autres écrits par Kangana elle-même, ce qui donne à l’ensemble un sentiment de spontanéité et une fraîcheur remarquable.

Malgré son budget modeste, Queen offre une bande-son de première grandeur. La chanson phare, Hungama Ho Gaya, est un remix extraordinaire par Amit Trivedi d’un morceau de 1973 du duo Laxmikant–Pyarelal, chanté par Asha Bhosle et incarné à l’écran par Bindu. Non seulement la musique s’écoute littéralement en boucle, mais sa présentation à un instant charnière du voyage de Rani déchire le cœur.

Ce film de Vikas Bahl, produit par Anurag Kashyap et Vikramaditya Motwane, a été le succès commercial du début de l’année 2014 avec un parcours en salles atypique. Il a débuté modestement au point de faire croire à un échec, puis jour après jour, le public s’est présenté toujours plus nombreux, si bien que 7 semaines plus tard, il est toujours à l’affiche. Il ne met pourtant pas en scène une grande vedette musclée qui casse les mâchoires de méchants patibulaires. Non, il nous raconte juste le voyage en Europe d’une jeune femme seule, ni très brillante, ni très jolie.

Seulement, cette reine nous attrape pour ne plus nous lâcher. Elle nous fait rire et pleurer. Mais surtout, elle nous fait voir le monde à travers ses propres yeux, et son parcours devient le nôtre. On a beau connaître l’Avenue Rapp ou Rembrandtplein, le terminal C de Roissy ou Volendam, c’est en pensant à Rani qu’on les reverra.

 


Bande-annonce

Commentaires
14 commentaires
En réponse à francelisel - le 13/05/2014 à 15:50

Je vais chercher le DVD pour l’acheter. Enfin du cinéma hindi intelligent et divertissant qui ne nous demande pas de subir les films stéréotypés de super héros musclés qui cognent et sont entourés d’actrices sexys alibis version plantes vertes. Ces films savent changer des scénarios usés et recopiés. Ils sont les meilleurs ambassadeurs du cinéma hindi. Divertissant ne veut pas dire vulgaire et banal, la preuve ici.

Laissez un commentaire :

savoy1 le 28/09/2015 à 21:46

Pour rigoler : l’Officiel des Spectacles nous apprend l’existence de Bollyhood !

D’autre part, toujours pour rigoler ?, la même news de l’Officiel nous informe que Queen est une adaptation très libre de Alice au Pays des Merveilles (!) Info ou intox ?

Marine le 29/09/2015 à 10:00

Une mauvaise pub c’est quand même une bonne pub ? Mais pour Alice, je pense qu’il faut mener une enquête. tu crois que Maigret est dispo ? En tout cas, c’est l’info du matin ! Merci.

Maya le 12/09/2015 à 18:12

Merci pour cet article Mel ! je regrette encore plus de ne pas avoir pu le voir au Gaumont Opéra jeudi, il n’y avait plus de place ! En même temps, contente de voir qu’il y a toujours un public pour Bollywood à Paris ! et Kangana entr’aperçue était splendide. J’irai voir Queen au Brady…

Didi le 02/06/2014 à 18:55

La bonne réputation qui précède ce film n’est pas usurpée. Le film, l’histoire et les personnages sonnent très juste en dépit de quelques exagérations (certes, on ne sert pas de tête de poisson crue, mais le manque de courtoisie des serveurs de la capitale est très réaliste et on peut imaginer la tête de non initiés ayant commandé de la tête de veau, des pieds de cochon et autre cervelas). Je tire mon chapeau à Kangana Ranaut. Alors qu’elle m’avait exaspérée dans Gangster ou Fashion (ses personnages d’alcooliques torturés trop peu pour moi) et que je l’avais trouvé à la limite du tolérable dans Tanu weds Manu, j’avoue que j’ai été bluffée. Une très bonne surprise et je précise, je ne suis pas sous le charme.

vijay ouest le 29/05/2014 à 14:40

L’objectivité absolue est certes impossible. Mais l’objectivité est avant tout un état d’esprit, il s’agit de faire l’effort de dépasser sa perception immédiate et ses préférences personnelles. Donc, l’analyse d’un film devrait être accompagnée d’un effort pour réduire la part de subjectivité dans l’appréciation du film. Or, la référence au sentiment amoureux (ici, en tant que spectateur, tomber amoureux d’un personnage du film) est probablement le degré le plus élevé de la subjectivité. Ce que je veux dire c’est que cette référence trop subjective réduit l’intérêt de l’analyse proposée dans ta critique, Mel, ça peut donner l’impression que l’ensemble de ton propos ne concerne que ceux qui sont eux aussi "tombés amoureux" de l’héroïne du film.

Mel le 07/06/2014 à 01:50

Les films sont des propositions artistiques auxquelles nous, spectateurs, sommes sensibles ou non. Mes petits billets malhabiles ne reflètent que ma réaction à ce que les auteurs m’ont offert, sans aucune autre prétention.

J’ai été ici particulièrement troublé par le fait de me retrouver, sans y être préparé, dans la peau d’une jeune femme du bout du monde avec laquelle je n’ai a priori rien de commun, à commencer par le sexe. "Dans la peau" veut dire que les auteurs sont arrivés à me faire croire que je pouvais la comprendre, que l’espace de 2h25, j’étais elle. Pardon, mais c’est une expérience particulière et je ne me souviens pas d’un autre film récent qui m’ait donné ce sentiment.

Comment être objectif ? Je ne peux pas plus l’être que ceux qui tentent de décrire la Femme en bleu qui lit une lettre de Vermeer exposé au Rijksmuseum. Elle m’a fait une impression extrêmement forte lorsque je l’ai découverte par hasard au détour d’un couloir. Les spécialistes parlent de la perfection de la composition, de la narration suspendue, de l’harmonie qui s’en dégage. C’est terriblement vain. La vérité est qu’en un clin d’œil, j’étais moi-même à sa place en train de lire cette lettre.

Considérant que je ne pouvais trouver de motif objectif qui mérite d’être écrit, je me suis essayé à décrire les ressorts de l’identification dans une construction qui ne dévoile pas l’histoire et n’enferme pas lecteur. C’est pour cette raison que le texte commence par le choc du "sentiment amoureux" pour finir par le renversement des genres où Vijay, pourtant si proche, me semble odieux.

C’était peut-être maladroit.

vijay ouest le 26/05/2014 à 15:44

Je parlais bien du film "Queen". Pour le désigner, j’ai employé le titre "Rani" par confusion entre les deux mots.

vijay ouest le 26/05/2014 à 15:41

Le 10/10 devrait être réservé aux films qui marquent profondément l’histoire du cinéma. Ce n’est pas le cas de "Rani" qui au fond est un petit film. L’argument "on tombe instantanément amoureux de Rani" est tellement subjectif qu’il s’annule de lui-même.

Mel le 27/05/2014 à 00:34

En ce qui concerne le cinéma, les arguments sont toujours subjectifs. Ils évoluent avec le temps et les modes.

J’ai vu 9 des 14 autres films notés 10 sur Fanta. Pour moi Queen a sa place dans ce groupe. Si j’avais eu à en faire la critique, ni Sholay, ni Devdas et encore moins Guzaarish ne seraient dans la liste.

Noella le 25/05/2014 à 19:24

Suisse dans DDLJ ? Où à Paris sert-on des têtes de poisson crue ou de cochon crue aussi ? La corruption d’un policier avec un litre de vin ?Peut-on imaginer sur les champs élysées un tel hôtel ?Quand à la vulgarité :Le personnage de Lisa Haydon - qui ne sait pas parler français mais jurer surtout - est plus que délurée,elle frise la vulgarité comme les scènes des boites de nuit etc .. L’Italien aussi frise plus que le cliché .Rien n’est très réaliste.. Le film est sauvé par le trio et Rani à Amsterdam …Il est difficile de savoir quel est le propos puisque Rani s’immerge avec sa candeur dans un univers européen glauque ,qu’on ne peut qu’avec une extrême naïveté vivre sans "dégât" et ce d’autant plus que l’univers décrit, on ne sait si il est sciemment des clichés symboliques ou non . Difficile aussi d’imaginer que sa lune de miel puisse se passer dans un hôtel des champs élysées .. Des films comme, Tanu weeds Manu, Go Goa Gone ou english vinglish sont largement au dessus de celui-ci dans la maîtrise du scénario .

Mel le 26/05/2014 à 01:35

De la tête de poisson, non. Mais la tête d’étrangers dans un restaurant français devant le plat qu’il leur est amené et qu’ils ont commandé au hasard, cent fois oui. Notre cuisine fait la part belle à de nombreuses recettes qui choquent/surprennent une partie du monde. Les escargots bien sûr, mais aussi les abats (tripes, foie, langue, andouillette, cervelle etc.) ou les huîtres (vivantes !) par exemple. Et l’amabilité du service français…

La tête de poisson m’a fait penser à une tête de mouton, qui m’a été servie une fois, certes pas en France. Je n’ai pas vomi, mais ce n’’était pas loin :-)

Quant à l’hôtel, il n’est effectivement pas sur les Champs (on voit la rue un moment). Mais il est très vrai avec ses chambres minuscules, ses escaliers, son petit front-desk etc. Je l’imagine très bien dans une rue adjacente.

C’est un film indien sur une indienne confrontée au monde, pas un documentaire sur l’Europe. Alors dans la représentation de la France surtout, les auteurs ont forcé le trait. Mais pas tant que ça. En Hollande, ils y ont aussi été fort, mais pas tant que ça non plus. Ma tête la première fois que j’ai du me loger dans le quartier rouge ne devait pas être si éloignée de celle de Rani :-)

L’invraisemblance criante, c’est de voir Rani prendre le volant de la deux-chevaux dans les rues d’Amsterdam. Là, c’est sûr que les auteurs n’ont pas essayé…

Masette le 15/05/2014 à 21:18

Je partage ces avis. Et hop je le rajoute sur ma liste de plus en plus longue à voir…

Merci pour cette critique Mel.

Alineji le 13/05/2014 à 20:56

Tout à fait d’accord avec Francelisel, et ta critique Mel donne vraiment envie de voir le film.

francelisel le 13/05/2014 à 15:50

Je vais chercher le DVD pour l’acheter. Enfin du cinéma hindi intelligent et divertissant qui ne nous demande pas de subir les films stéréotypés de super héros musclés qui cognent et sont entourés d’actrices sexys alibis version plantes vertes. Ces films savent changer des scénarios usés et recopiés. Ils sont les meilleurs ambassadeurs du cinéma hindi. Divertissant ne veut pas dire vulgaire et banal, la preuve ici.