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Ragini MMS 2


Année2014
LangueHindi
GenresComédie horrifique, Érotique
RéalisateurBhushan Patel
Dir. PhotoNaren Gedia
ScénaristeTanveer Bookwala
ActeursSunny Leone, Saahil Prem, Parvin Dabbas, Sandhya Mridul, Divya Dutta
Dir. MusicalMeet Bros Anjjan, Yo Yo Honey Singh, Pranay M. Rijia, Chirantan Bhatt
ParoliersKumaar, Ustad Bhagdarh Ali Khan Sahab, Manoj Yadav
ChanteursKanika Kapoor, Meet Bros Anjjan, Yo Yo Honey Singh, Mustafa Zahid, Arpita Chakraborty, Kshitij Tarey
ChorégraphesRaju Khan, Atul Jindal, Uma-Gaiti
ProducteursEkta Kapoor, Shobha Kapoor
Durée119 mn

Bande originale

Baby Doll
Chaar Botal Vodka
Maine Khud Ko
Lori of Death
Maine Khud Ko (Reprise)
Baby Doll (Remix)

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Fiche IMDB
Page Wikipedia
La critique de Fantastikindia

Par Fabrizio - le 20 septembre 2016

Note :
(2/10)

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Dans le premier volet du diptyque Ragini MMS, la jeune Ragini était partie avec la canaille d’Uday faire frotti-frotta, ni vus ni connus, dans une baraque isolée en pleine forêt (mec, total respect !). Mais dans leur précipitation ils n’avaient pas prévenu la proprio. Bien mal leur en a pris, la sorcière furibarde qui vaquait à ses occupations d’outre-tombe leur en a voulu grave, au point de descendre Uday sans ménagements : elle l’a crevé sec.

En ces temps de sextos graveleux et de narcissisme 2.0, le fripon et opportuniste Uday — peu avant son trépassement fatidique — avait quand même réussi à filmer en douce ses ébats intimes avec l’innocente Ragini (bénie soit l’ingénuité des filles !). La morale de cette histoire ? Ragini a fini dans un asile psychiatrique et sa vidéo coquine, nourrissant la vile gaudriole, passe de main en main pour le plus grand bonheur des onanistes s’adonnant, ter in die, à leur passe-temps solitaire. Ainsi punissent les Dieux la fureur utérine des filles de Durgā !

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Sunny rend visite à Ragini

Si en 2014 Ragini MMS 2 a crevé le box-office ce n’est certainement pas pour son originalité. D’ailleurs, il est très en dessous du Ragini MMS original, que nous venons tout juste de vous divulgâcher plus haut — et qui soit dit en passant ne volait pas très haut. Le premier volet de la série Ragini MMS surfait alors sur la vague des films dits de found footage, dans la lignée et le style du très pourrave Paranormal Activity et de sa franchise pondue outre-Atlantique [1]. Depuis, le cinéma et le public indiens ont connu un certain engouement pour des productions yankees, plutôt médiocres comme Conjuring, ou plutôt bien ficelées comme American Horror Story [2].

Certes, le scénario de Ragini MMS n’était pas très intellectuel : les tourtereaux fricotaient dans une maison hantée, ça se finissait mal, et plus tard on retrouvait l’enregistrement des événements ; cependant, là où le film tirait quand même son épingle du jeu c’était dans le mélange astucieux entre un érotisme soft et son histoire délirante particulièrement éprouvante : ouais, nous vous avons menti, Uday n’a pas été crevé sec, au contraire il en a bavé sa mère.

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Sunny is waiting you

Ragini MMS 2, le second volet de la franchise, lui, fait le minimum syndical et préfère jouer la carte de la provoc’ en mettant en avant la participation de la sulfureuse Sunny Leone, actrice porno indo-canadienne, aujourd’hui à la retraite, reconvertie en femme d’affaires avisée qui n’enchaîne plus les étalons bien montés mais les business — toujours aussi bien montés — en Inde et aux États-Unis.

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Sunny prend sa douche

Avant sa reconversion Sunny régalait ses admirateurs avec des prestations particulièrement remarquées, alternant dans sa courte carrière les rites saphiques les plus sophistiqués et des ateliers manuels des plus pratiques. Le genre humain a ainsi bénéficié de It’s Sunny in Brazil et The Dark Side of the Sun, où l’on reconnaîtra son indéniable talent pour nouer et dénouer des cravates de notaire, ainsi que son dévouement stakhanoviste pour le plus grand plaisir de ses fans. Retirée depuis 2013, ses adulateurs regrettent qu’elle n’ait pas mené à terme des projets européens plus ambitieux, pourtant si bien entamés, notamment les très prometteurs Tous dans ma bouche et Mon arrière-train prendra trois fois [3] qui auraient sans aucun doute marqué une révolution copernicienne dans l’industrie cinématographique [4].

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Sunny a vraiment une gorge profonde

Le seul intérêt de Ragini MMS 2 est donc la présence de Sunny Leone, c’est dire la facilité de la pellicule. Dans ce film dans le film Sunny joue son « propre rôle » : une actrice candide qui s’est écartée du porno pour s’essayer au cinéma d’auteur expérimental écolo (quand on lui dit « t’es vraiment chaude » elle répond engagée « c’est le réchauffement climatique » !). Le très louche et plutôt miteux Rocks (Parvin Dabas) veut en effet réaliser un « horror-ex film », soit un film racoleur, au contenu horrifiquement sexuel, basé sur l’histoire de Ragini et Uday. Ouf !

Ainsi, dans une scène des plus cocasses le partenaire de Sunny se permet de questionner son jeu affirmant qu’elle n’est bonne que pour les adult films (bel euphémisme). Elle répond illico simulant l’extase féminine de façon très convaincante — et affriolante, on ne va pas se mentir. La contradiction est géniale, car mis à part les scènes érotiques (et les clips musicaux) le jeu de Sunny est très douloureux. Mal à l’aise, elle est un pantin désarticulé, une poupée désincarnée, jamais sur ses marques, aussi fantomatique que la sorcière qui va tous les buter. Son bégaiement au moment de lire son texte est toutefois rattrapé par les expressions plus ou moins sincères de son joli minois. Et, nous pouvons vous le dire sans vous dévoiler la fin, au bout de ces 119 minutes Sunny sera possédée plusieurs fois… par son texte ? par un étalon ? par la sorcière ? Mystère.

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Sunny n’a pas mis son baby doll et n’arrive pas à dormir

S’il n’y avait pas la poitrine de Sunny Leone, occupant à elle seule un volume considérable, Ragini MMS 2 serait bien plat [5]… Le film et le jeu des acteurs s’apparentent à un mauvais soap bien desservi par des dialogues d’un crétinisme à faire pâlir les plus oligophrènes.

Et alors même que le genre utilisé est porteur de thématiques fécondes (transgression des tabous, dévoilement d’interdits,…) il ne se dégage aucune idée de Ragini MMS 2. Cela est certainement dû à Bhushan Patel, le réalisateur, auteur aussi de 1920 : The Evil Returns, une sous-m#&$ indigeste qu’on ne prendra même pas le temps de vous résumer ; mais aussi à la productrice Ekta Kapoor (par ailleurs fille de Jeetendra), qui après le très bon The Dirty Picture s’est écartée… du droit chemin [6].

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Sunny entourée de vide et d’ennui : Un bon résumé du film

Le cinéma d’horreur a toujours entretenu des relations plus que cordiales avec le sexe, sa représentation symbolique et sa figuration visuelle. En témoignent les thrillers érotico-horrifiques des années 70, les pellicules tournées par l’inénarrable Jesús Franco, ou encore les films de feu Wes Craven (notamment Les Griffes de la nuit ou cauchemar et sexualité adolescente étaient indissociables). Plus récemment, ce principe a été assez bien travaillé dans le cauchemardesquement génial It Follows et sa MST — malédiction sexuellement transmissible — frappant la plus innocente jeunesse [7].

Il n’en est cependant rien dans Ragini MMS 2 qui cherche à faire du chiffre capitalisant sur la présence de l’actrice sans pour autant satisfaire ni nos plus basses pulsions (pas d’amour more canino) ni nos attentes de frisson (le maquillage est une médiocre copie de The Grudge). Cette timidité est très étrange, et ce d’autant plus que dans son générique d’ouverture le film balance une version très sophistiquée du Hanuman Chalisa, un chant dévotionnel qu’il convient de fredonner ou siffloter pour se protéger des mauvais esprits, comme si le film était une invitation à l’exorcisme de certains tabous sociaux. Or, nous n’aurons droit ni a des scènes torrides de sexe bestial ni à une brutalisation de nos cerveaux par une horreur traumatisante. C’est bien dommage.

Baby Doll

Sunny émerge de l’écume de sa baignoire telle une Vénus anadyomène. Ses lèvres roses — comme des fleurs récemment écloses — nous annoncent (dans une paronymie des plus réjouissantes) que ses copines plutôt bien roulées — juste après leur tuning — vont venir la rejoindre pour un festival de déhanchés lascifs et autres dandinements très maîtrisés à l’indécence délicieuse.

Savant mélange de hip hop et de rap urbain punjabi, Baby Doll respecte les codes du genre : il contient son lot de scènes inutiles et improbables ; ses femmes hypersexualisées, dans un cadre luxurieux, et dont le passe-temps préféré c’est de se frotter contre les murs ; ainsi que des paroles passablement absurdes certainement crachouillées par un adolescent attardé [8]. Quoiqu’il en soit Baby Doll nous régale d’une Sunny réifiée à souhait et d’autres femmes décoratives, dépourvues de toute individualité.

Dans une photographie plus que correcte, la très aguichante Sunny apparaît comme un objet de désir consommable (des dizaines de mains anonymes se l’arrachent). Entre deux mouvements convulsifs de son arrière-train elle s’exhibe passive et offerte à la possession marchande (étalée sur un canapé ou dans une cage dorée servant de vitrine). Elle n’est qu’un corps désirable. On notera d’ailleurs les corsets cadrés serrés débordants de promesses ; les gros plans sur une bouche excessivement gourmande (dont la couleur oscille entre le russian red, le rouge vermeil et le carmin mat) ; ainsi que les mouvements de bassin filmés au ralenti, dans des légères contre-plongées avec vue imprenable sur un entrejambe des plus alléchants [9].

La musique est composée par Meet Bros Anjjan, rappeurs sikhs ayant troqué la capuche gangsta du métier par un turban dastar du meilleur effet. Avec leurs lunettes fumées, leurs grosses bagouzes, les chaînes en or et toutes ces femelles à leur disposition, ils honorent les traditions du rap [10] tout en exerçant en tant que représentants de produits ayurvédiques pour Zandu ®™— lubrifiant de fortune ? vaseline à 5 roupies ?

Celle qui pousse la chansonnette c’est Kanika Kapoor, débutante en 2014, dit-on spécialisée dans la musique soufie. Non seulement elle prête sa voix appétissante à Sunny Leone, mais elle remporte aussi le Filmfare Award de la meilleure chanteuse de playback pour son implication chatoyante dans ce morceau. D’ailleurs elle fera une figuration remarquée dans Baby Doll Remix… morceau remarquablement abject par l’utilisation de gamines de 10 ans déguisées en Sunny. (Pour voir cette immondice c’est par ici.)

Que dire de plus ?
Bah, que nous ne remercierons jamais assez les dieux du vidéoclip de nous laisser contempler Sunny et ses copines faisant le petit train bougeant lascivement leur arrière-train tout en se tapotant allègrement la croupe. Ce fut un grand moment de bonheur. Ce morceau s’est révélé d’ailleurs être la preuve ultime de l’intercession virile du grand Ordonnateur contre le féminisme.


N.B.
2’16’’ : On vous laisse interpréter la tendresse délicatement impudique de ce geste.


[1Très médiocres, ces films prétendent profiter du succès des pionniers du found footage comme Le Projet Blair Witch et Cannibal Holocaust.

[2Il inspire même, dans sa version Asylum, le générique de Ragini MMS 2 et le clip Baby Doll.

[3L’auteur de ces lignes exprime ses plus sincères remerciements à notre chère Madame Ledoux.

[4Dans une note de bas de page de son De revolutionibus orbium coelestium Copernic prophétissait « The Earth will revolve around the Sunny. »

[5Laissez-nous vous aider : le volume d’une demie-sphère est de 2/3 πR3 ; dans le cas présent, pour des raisons évidentes, il faut multiplier le résultat par deux. À vos calculatrices !

[6La belle Vidya Balan remporta d’ailleurs de nombreux prix pour son rôle de femme forte et courageuse dans The Dirty Picture.

[7Le réalisateur emprunte son travail sur la contagion et l’aliénation à des réalisateurs comme Cronenberg, Carpenter et Craven — les trois « C » de l’horreur.

[8Ou peut-être qu’il s’agit d’une libre lecture de la part de Kumaar de l’excellent essai de Claude Alzon, La femme potiche et la femme boniche. Pouvoir bourgeois et pouvoir mâle.

[9L’équipe de Fantastikindia se désolidarise des propos de l’auteur de ces lignes.

[10Enfin, d’un certain type de rap, cf. Jacques Denis, « Rap domestiqué, rap révolté », Le Monde diplomatique, septembre 2008, p. 31

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